Agences de notation : la grande supercherie

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Les vacances d'été furent décidemment riches en annonces. Je ne fais bien évidemment pas référence à l'annonce de la grossesse de Beyonce mais bel et bien du krach financier infernal qu'ont subi les marchés financiers du monde entier. Avec en spectateurs les états impuissants et les agences de notation, toujours aussi promptes à décrier une situation qu'elles amplifient sans vergogne. Et si finalement tout ceci ne faisait qu'un tout ? Explications.

 

Les agences de notation n’en finissent plus d’étonner ! Longtemps décriées, jamais réellement inquiétées, elles continuent de déverser leurs notations que personne ne veut réellement mais dont tout le monde a les investisseurs ont pourtant besoin pour leurs outils d’analyse et de trading. Aujourd’hui, tous les regards se portent vers les dettes des états que les agences notent, bien évidemment. Avant d’aller plus loin, j’aimerais simplement rappeler que le fond Madoff, Lehman Brothers ou même les subprimes étaient notés AAA (meilleure note possible) par ces mêmes agences... avant la révélation au grand jour de la supercherie ! Niveau crédibilité, on repassera. Et pourtant, tout le monde ferme les yeux, guettant la moindre variation de notation pour ajuster ses positions, sans jamais remettre en cause leur jugement ou méthodes de calcul.

 

Dégradation de la notation américaine : tout va bien madame la Marquise

 

Le 6 août dernier, séisme magnitude 8 sur la planète finance : Standard and Poor’s abaisse la note des Etats-Unis d’Amérique de AAA à AA+. A titre de comparaison, c’est comme réviser la note du devoir de math’ d’un collégien de 20/20 à 19/20. Ca ne fait pas plaisir mais ça ne change pas grand-chose au final. Et pourtant, il s’agissait là d’un évènement sans précédent en direction de la 1re puissance économique mondiale, immense coup de pied au c** de l’oncle Sam qui risque d’attendre très longtemps avant de pouvoir s’asseoir de nouveau. Ce n’est pas faute de l’avoir prévenu à de nombreuses reprises. Mais visiblement (trop) sûrs d’eux, les USA n’imaginaient pas perdre leur précieux sésame. Car cette révision s’accompagne également d’une perspective négative. En d’autres termes, S&P se réserve le droit de rétrograder à nouveau la note si la situation économique et budgétaire du pays n’évolue pas significativement. Et quand on voit les discordances fortes et persistantes entre républicains et démocrates américains, on a plutôt tendance à penser que la Corse sera indépendante avant que cela n’arrive ! Un joli pied de nez à tous ceux qui critiquaient le fait que ces agences étaient à la solde de l’état américain ? Plutôt un joli coup de pub ! Et toutes les conséquences qui vont avec.

 

En effet, deux semaines plus tard, on apprend que Deven Sharma, big boss de S&P, se retire. Bien évidemment, tout lien entre la baisse de la note américaine et cette "démission" serait disproportionné et n’est que pure coïncidence… De son côté, Super Barack (Obama) fustige contre cette rétrogradation et remet en cause les méthodes de calcul de Standard & Poor's. Voilà donc la SEC, gendarme de la bourse américaine, qui débarque sur son cheval blanc pour enquêter sur les pratiques de l'agence qui auraient été "entachée[s] d'une erreur de 2.000 milliards de dollars". C’est vrai que 2 000 milliards de dollars, c’est que dalle, c’est juste le PIB d’un pays comme l’Italie en 2010. C’est forcément une erreur…

 

Notation : quelle(s) méthode(s) ?


Revenons un instant sur les méthode(s) de calcul de ces agences. A ce sujet, je me souviens des paroles de mon ancien boss qui m’avait retourné un de mes rapports parce que c’était "de la merde". En aucun cas mes compétences n’avaient été remises en cause (même si c'est dur à entendre), simplement mon travail qui avait été bâclé et, de facto, de piètre qualité. Il doit en être de même vis-à-vis de la notation des états. Dès lors, quelle note mérite le travail budgétaire de la Grèce ? Du Portugal ? Du Japon ?... Des Etats-Unis ? Certainement pas un 20/20 ou encore un AAA, à l’image de la France et de l’Allemagne "légèrement" endettées aussi.

 

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[Les agences de notation délivrent leurs notes aux états à l'image des prof' envers leurs élèves, c'est dire la marge de manoeuvre que possèdent les gouvernements !]

 

D’un point de vue plus général, si l'on considère que l’objet de toute notation est bien de mesurer la capacité financière d’une organisation (état comme entreprise) à rembourser un capital (et les intérêts qui vont avec), quel crédit donner aux notations se basant sur les politiques et annonces orchestrées par les états ? De manière objective, des données purement financières ont-elles le même poids qu’un simple communiqué annonçant un énième plan de rigueur ? Pourquoi alors certains pays avec des déficits budgétaires, taux d'endettement et taux de croissance identiques ont-ils des notations différentes ? Si quelqu’un parvient à en déduire une quelconque logique, qu’il m’appelle !

 

De la neutralité des agences

 

La neutralité des agences de rating demeure un débat sans fin digne des meilleurs épisodes de la série Dallas. Le conflit d’intérêt entre les intérêts privés de ces sociétés et les enjeux publics des notations des dettes souveraines divise largement l’opinion.

 

On le sait tous, Standar & Poor's et Moody's sont américaines. De manière générale, les 3 "grandes agences de notation" sont profondément anglo-saxonnes et, de facto, clairement anti-européennes, quoi qu’on en dise. De plus, elles restent très mesurées dans les notes données aux états. La dégradation de la note des Etats-Unis, aussi spectaculaire fut-elle, demeure un évènement rare. Moody’s et Fitch ont d’ailleurs confirmé le triple A des USA. Un seul coup de massue à la fois. Les nombreuses rumeurs de participation de ces agences à la crise des subprimes ainsi que les enquêtes menées (qui n’ont d’ailleurs jamais abouti) n’ont semble-t-il pas réussi à leur ôter leur suprématie.

 

C’est pourtant bien vite oublier l’agence Dagong. Mais si, vous savez, cette petite agence de notation issue d’un tout petit pays qu’on appelle la Chine. Bien moins partiale, l’agence a depuis longtemps dégradé la note de la France et d’autres pays. Bizarrement, on en parle peu, voire jamais ! Alors que l’on déplore le manque cruel de concurrence sur la scène des notations, il semble être de bon goût de dénigrer la seule agence susceptible d’obtenir un poids significatif sur le marché très privé du rating.

 

L’œuf ou la poule ?

 

Et si, finalement, les données du problème étaient inversées ? Le pouvoir exorbitant des agences de notation envers les états n’est-il pas un pouvoir de fait, un privilège octroyé par les états eux-mêmes ? Car c’est bien l'endettement exponentiel des états qui a nécessité la création d'agences privées pour surveiller les finances des émetteurs de dette, tant publique que privée. Le système de création de monnaie sous la forme de dettes (emprunt) requiert en effet la création d'organismes indépendants capables d'évaluer en permanence le risque de contrepartie (non remboursement de la dette) pour les investisseurs qui acceptent de souscrire à ces emprunts. Les nombreux textes successifs, à l’image de Bâle II, ont participé à ce mouvement.

 

Il est évident qu’en dénonçant l'influence exagérée des agences de notation, l'Etat reconnaît lui-même implicitement que le risque de défaut souverain existe bel et bien. Tout comme il est insupportable que des organismes privés se chargent d'une part de les auditer et d'autre part de leur faire payer leur note qui a conduit à un endettement hors de proportions avec ses capacités de remboursement, en période de croissance anémique.

 

Les gouvernements feraient mieux d’instituer un étalon de change fixe afin de mettre fin à la suprématie du dollar qui altère gravement les échanges mondiaux. Eux qui ont systématiquement trahis leurs engagements de rigueur budgétaire, pourtant inscrits en lettres d'or dans les traités européens successifs. Inscrire une "règle d'or" dans la constitution ne changera rien à l'affaire tant que le système monétaire basé sur l'émission de monnaie sous forme de dette ne sera pas réformé de fond en comble.

 

Mais il est tellement plus facile de tirer à boulet rouge sur les agences afin de détourner l’attention du public et ainsi éviter de voir ses propres faiblesses. Surtout à l'approche des élections présidentielles.

 

 


Sur le même sujet :

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Nicolas BOISVILLIERS 01/11/2011 17:09



C'est exact, grosse erreur de ma part aussitôt corrigée. Merci pour votre message ;)



ber075 01/11/2011 12:49



Une erreur dans votre article: Fitch est à 100% sous capitaux francais détenus par fimalac: wiki agences de notations.