Bâle 3 : les banques privées allemandes montent au créneau !

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

105 milliards d'euros, c’est le montant de capitaux supplémentaires dont pourraient avoir besoin les dix plus grandes banques allemandes au regard de Bâle 3. Une nouvelle qui ne passe pas, ces dernières menaçant d’être contraintes à restreindre leurs activités de crédit. La réforme ira-t-elle à son terme ?

 

La Fédération bancaire allemande (BdB) a annoncé hier que les dix plus grandes banques allemandes pourraient avoir besoin de pas moins de 105 milliards d'euros de capitaux supplémentaires dans le cadre de Bâle 3. La réforme, censée prévenir toute nouvelle crise financière, devrait exiger des établissements financiers qu'ils affichent un ratio de solvabilité dit Tier-1 d'au moins 6%. Un chiffre connu et convenu par l’ensemble de la profession. Sauf qu’à ce pourcentage viendrait s’ajouter un matelas supplémentaire de 4% : 2% pour préserver les fonds propres et 2% pour les "capitaux contracycliques".

 

Mais le nerf de la guerre se situe avant tout au niveau du "Core" Tier-1, "noyau dur" des capitaux des banques : afin d’obtenir un ratio de 8%, exigé par le texte du projet de réforme, les banques allemandes n’auraient d’autre choix que de restreindre leur offre de crédit. Selon un communiqué de la fédération BdB, "celui qui va trop loin menace la reprise économique et les développements positifs sur le marché du travail". Un nouveau chantage comme nous en avait déjà gratifié la FbF (Fédération bancaire française).

 

Définition du Tier-1 : enjeu majeur

 

Fin juillet, Berlin avait déjà émis des réserves sur le projet de réforme, sollicitant notamment une définition plus large des fonds propres. En effet, certaines banques allemandes, notamment les banques publiques régionales, sont largement dotées de capitaux hybrides. Des capitaux importants qui ne résisteraient pas à la définition restrictive des fonds propres émise par le Comité de Bâle. On comprend dès lors tout l’enjeu de la définition de ces fonds.

 

billets à gogo

 

Pour autant, l'Allemagne n'a pas l'intention de bloquer Bâle 3. Ce serait adresser un aveu de faiblesse aux marchés. En revanche, elle espère une période de transition suffisante pour mettre en place les nouvelles règles. Pour l’instant, les régulateurs prévoient de laisser entre 6 et 8 ans aux institutions pour s'adapter. Une période relativement longue qui avait déjà fait l’objet de prorogations. "Nous préférerions une période allant de 10 à 12 ans", a déclaré le porte-parole du BdB.

 

Réunion sous tension

 

Le Comité de Bâle se réunit aujourd’hui même pour finaliser Bâle 3. L’objectif étant d’être prêt pour la réunion du G20 qui aura lieu en novembre et la potentielle application des nouvelles dispositions à la fin 2012. Beaucoup de grandes banques ont déjà un ratio de capital Tier 1 de 10% (voire plus) mais d'autres établissements auront des difficultés pour s'adapter à la nouvelle donne et auront besoin de temps pour ce faire, a fait remarquer Hans-Joachim Massenberg, vice-président du directoire de la Fédération bancaire allemande. Celui-ci a rappelé que le secteur bancaire s'exposait déjà à des projets de taxe sectorielle, de taxe sur les transactions financières et à des changements dans les textes de loi gouvernant la restructuration des entreprises.

 

De son côté, Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas, se lance dans le spectaculaire. Selon lui, si l'obligation d'afficher un ratio de solvabilité Tier-1 (fonds qu'elles doivent détenir pour pouvoir accorder des prêts) de 10%, les banques françaises seraient obligées de devoir lever en quelques mois la bagatelle de 150 milliards d'euros. Soit autant que les fonds qu'elles ont levés en... 150 ans depuis leur création ! Quand bien même ces chiffres seraient faux, on ressent parfaitement toute l’inadéquation entre les activités des banques et leur soi-disant solidité… toute relative.

 

 

Pour plus d’infos sur la réforme Bâle 3 :

-  Bâle 3 : moins cher que prévu… et moins efficace ? (août 2010)

-  Les Etats-Unis disent « yes » aux nouvelles règles de Bâle 3 (août 2010)

-  Bâle 3 : exigences revues à la baisse en matière de fonds propres (juillet 2010)

-  Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire (mai 2010)

Publié dans Bâle 3

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