Bâle 3 : moins cher que prévu… et moins efficace ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Face aux plaintes constantes des banques, les "sages" du Comité de Bâle ont capitulé en apportant de nombreux assouplissements à la réforme. L’heure des comptes a désormais sonné… et ils sont plutôt bons ! En effet, Bâle 3 devrait coûter moins cher que prévu à nos chères banques. Ouf ?!

 

Parmi l’ensemble des réformes en chantier dans la sphère bancaire, Bâle 3 occupe une place toute particulière. Censée prévenir toute nouvelle crise financière, le texte original (et les ambitions qui vont avec) a été considérablement amoindri suite aux pressions des lobbies bancaires (cf. "Bâle 3 : exigences revues à la baisse en matière de fonds propres"). Tant et si bien que les analystes de JP Morgan (célèbre banque américaine) nous révèlent que Bâle 3 devrait finalement coûter bien moins cher que prévu… au détriment de son efficacité ?

 

En échantillonnant les plus grandes banques européennes et américaines (en termes de fonds propres), l’analyse nous montre que la rentabilité des fonds propres ne devrait baisser que d’environ 25% l’année prochaine, contre les 60% annoncés sur la base du projet initial. Pour parler chiffres :

- la rentabilité des banques oscillerait en moyenne de 13,3 % à 9,7 %,

- l’impact financier (en termes de coûts) des nouvelles règlementations (1) passerait de 110 milliards à 51 milliards de dollars,

- le montant total des fonds propres durs (le fameux "Core" Tier-1) (2) passerait de 377 milliards à 208 milliards de dollars.

 

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Les banques américaines sont les plus touchées, du fait de la combinaison Bâle 3 + réforme financière américaine, voyant la rentabilité de leurs fonds propres (3) passer sous la barre symbolique des 10%. Leurs homologues européennes sont un peu mieux loties, étant moins impactées par la réforme américaine. Ce qui n’empêche pas certains établissements de ne pas atteindre les 10%.

 

Rentabilité en hausse, coût amoindri, niveau des fonds propres abaissé, banques britanniques et françaises favorisées. Merci qui ? Merci les lobbies bancaires ! Le Comité de Bâle a offert aux banques une réforme très édulcorée suite à leurs prévisions apocalyptiques et pseudo-menaces sur l’économie. Des propos qui diffèrent étrangement avec les conclusions de nos dirigeants.

 

Bâle 3 : impact de la réforme fortement réduit

 

Le Conseil de stabilité financière, chargé par le G20 de coordonner la réforme financière au niveau international, et le Comité de Bâle ont rendu leurs conclusions relatives aux impacts de Bâle 3. S’appuyant sur la nouvelle version du texte de la réforme, leur rapport expose que le renforcement des ratios de fonds propres durs ("Core" Tier-1) et de liquidité des banques ne devrait avoir qu'un impact négatif  "modeste" sur la croissance économique.

 

Ainsi, chaque augmentation de 1% du ratio "Core" Tier-1 des banques impliquerait une baisse de 0,2 % du niveau du PIB des pays concernés, correspondant à un recul annuel moyen de 0,04 % du taux de croissance. Bien évidemment, tout dépend du nouveau seuil qui sera bientôt fixé (en sachant que le niveau minimal de ces fonds est aujourd'hui de 2 % et pourrait se situer entre 6 % et 8 % dans Bâle III) ainsi que de la durée transitoire avant application de la réforme. Bref, chacun ira là encore de son propre pronostic.

 

 

(1) Bâle 3 bien sûr mais sans oublier la réforme financière américaine promulguée le mois dernier, qui prévoit notamment la séparation des activités bancaires pour compte propre, la restructuration des activités de marché (dérivés, etc.) et la protection du consommateur.

 

(2) Pour plus d’informations, cf. "Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire".

 

(3) Aussi appelé "RoE" (pour "Return on Equity"), ce taux permet de mesurer, en pourcentage, le rapport entre le résultat net et les capitaux propres investis. C’est la capacité d’une entreprise à générer des profits à partir de ses capitaux propres nets (capitaux moins les dettes).

Publié dans Bâle 3

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