Bâle 3 : quels effets pour les banques ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La crise financière a révélé aux yeux de tous les risques inhérents aux grands groupes bancaires tout comme le manque de réglementation et de contrôle sur leurs activités. Les réformes bancaires engagées par Bâle 3 entendent bien apporter plus de solidité et de transparence au secteur. Quels en seront les effets sur les banques ? Eléments de réponse.

 

Depuis une vingtaine d’année, l’ensemble des établissements financiers ont su se développer de manière fulgurante en laissant de côté leur métier traditionnel (collecte de dépôts et octroi de prêts) pour devenir plus. Plus grands (mouvements de fusion-acquisitions), plus diversifiés (banque de détail, banque d’affaires, banque de financement et d’investissement) mais aussi plus complexes (niveau national-international, filiales/succursales-maison mère, législation étrangère, participations dans d’autres établissements…). La crise financière n’est que la résultante d’une déréglementation associée à une mutation du métier de la banque.

 

Les réformes bancaires initiées par les accords de Bâle, plus communément dénommées Bâle 3, ont pour objectif de palier à l’ensemble de ces insuffisances. L’impact de ces réformes sera variable suivant différents critères mais restera conséquent malgré tout.

 

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Fonds propres et activités des banques : quel(s) modèle(s) pour la banque de demain ?

 

La conséquence la plus directe et la plus importante concerne les fonds propres détenus par les banques. Bâle 3 vise en effet à :

 

> améliorer la quantité et la qualité des fonds propres. Cela permettrait aux banques, en cas de nouvelle crise, d’absorber des pertes élevées (et ainsi, de ne pas se tourner vers le contribuable),

> instaurer un ratio d’endettement,

> prendre davantage en considération les risques de marché et de contrepartie,

> mettre en place de nouveaux indicateurs renforçant les normes de liquidité.

 

De ce fait, on peut en déduire que :

 

> les nouvelles règles en matière de fonds propres (notamment en termes de quantités) toucheront davantage les banques qui investissent beaucoup que les banques commerciales "traditionnelles". Les banques d’investissement seront les plus concernées,

> Bâle 3 impactera avant tout les établissements bancaires européens (très forte concentration des banques universelles) et nord-américains (pondération plus élevée du risque sur la titrisation et le négoce),

> les réformes toucheront nécessairement les bilans et la rentabilité des banques. Et de facto leurs stratégies, ce qui pourrait conduire à accentuer des risques déjà présents (risque systémique) ou potentiels (migration dans des endroits où la réglementation est moins contraignante).

 

Pour autant, Bâle 3 n’est pas la seule réforme financière engagée. D’autres textes tels le Dodd-Franck Act, Solvency 2 ou les nouvelles règles comptables américaines auront des conséquences sur les établissements financiers internationaux (notamment les groupes bancassurantiels). L’effet combiné de ces différentes réglementations obligera ces derniers à s’adapter afin de limiter au mieux les coûts supplémentaires qui en découleront. Des réformes et des ajustements qui seront à la fois source de business pour les sociétés de conseil mais aussi de compétitivité accrue pour les groupes bancaires qui s’en donneront les moyens.

 

Toutefois, ces nombreux changements, jugés trop contraignants par certains, pourraient inciter les acteurs à glisser vers le secteur financier parallèle. Secteur moins (ou pas) réglementé.

 


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