Bâle 3 : ratios, financement et risques systémiques

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Dans le cadre des publications de leurs résultats trimestrielles, les grandes banques françaises se sont montrées confiantes dans leur adoption des règles relatives à leur solvabilité dans le cadre de la réforme Bâle 3. Une position qui contraste avec celle d'autres établissements qui déplorent l'absence de distinction entre les différentes classes d'actifs. Sans oublier la question du risque systémique qui refait surface.

 

La semaine dernière a démarré sur les chapeaux de roue avec les résultats des groupes Société Générale (SG) et BNP-Paribas qui battaient les consensus de la majorité des analystes. BNP-Paribas en a profité ainsi pour réaffirmer qu'elle n'aura pas besoin d'augmenter son capital pour satisfaire aux nouvelles normes bancaires du Comité de Bâle. Durant le 3e trimestre, celle-ci a su compenser  la baisse de ses revenus dans les activités de marché par sa banque de détail (1) et par un nouveau recul des provisions pour pertes sur le crédit (-47%). Conséquence directe : son bénéfice net pour la période s'envole à 1,9 milliard d'euros, soit une hausse de 46% ! De facto, son ratio de solvabilité financière "Tier -1" ressort à 11,2%  fin septembre, ce qui laisse le groupe dans une position relativement confortable.

 

Aujourd'hui, le groupe Banque Populaire - Caisse d'Epargne (BPCE) bombe lui aussi le torse en dévoilant des résultats rassurants. Des chiffres dus à un plan d'action soutenu : remboursement partiel d'aides d'Etat, ou encore diminution de son exposition aux risques, notamment via la vente de produits dérivés complexes de crédit chez Natixis.

 

Toujours à fin septembre, BPCE se prévalait de ratios satisfaisants :

- "Core tier-1" : 7,7% (+0,3% sur 3 mois), dont 10% pour sa filiale Natixis

- "Tier-1": 9,8% (+0,2%), dont 11,2% pour Natixis.

 

Le groupe bancaire se veut dès lors "confiant dans sa capacité à respecter, début 2013, un ratio minimal de Core tier -1 de 7 %, sans faire appel au marché, et après remboursement de l’Etat".

 

Des annonces qui ne surprennent guère malgré tout personne, le lobby bancaire ayant fermement lutté afin d'obtenir de nombreux assouplissements et échelonnements de la réforme Bâle 3 (2).

 

Nouvelle polémique : le financement à l'exportation et du commerce international

 

Tandis que le G20 s'ouvre aujourd'hui même à Séoul, de nombreux établissements étrangers (britanniques notamment) se sont élevés afin de protester contre les conséquences de Bâle 3 sur le financement à l'exportation et du commerce international. Concrètement, Bâle 3 oblige les banques à immobiliser en fonds propres l’équivalent de 100% de leurs engagements dans cette catégorie de prêts... soit cinq fois plus que le niveau requis actuellement (20%) ! Touchez au sacro-saint ratio de levier et c'est toute la profession qui s'émeut.

 

billets_banque.JPG

 

On ne peut cependant leur donner totalement tort : le risque lié à un financement à l'export est compensé par la marchandise qu'il finance. Dès lors, une couverture totale est-elle justifiée ? Néanmoins, prendre en compte cette spécificité ouvrirait la voie à une modification du calcul du ratio, contraire au principe de non prise en compte des différences entre classes d'actifs.

 

Risque systémique ou la question de l'équilibre économique mondial

 

Point d'orgue de ce nouveau sommet à Séoul, la question des établissements bancaires dits systémiques (3) devrait occuper le devant de la scène. Le Conseil de stabilité financière (4) doit ainsi présenter sa feuille de route sur ce sujet qu'il traite depuis maintenant un an. Et notamment une liste d'une vingtaine d'établissements SIFI si l'on en croit les dires du Financial Times.

 

Dans le lot on retrouve :

- 6 banques américaines : Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, Bank of America, Citigroup et Royal Bank of Canada,

- 4 banques britanniques : HSBC, Barclays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered,

- 4 banques japonaises : Mizuho, Sumitomo Mitsui, Nomura et Mitsubishi UFJ,

- 2 banques suisses : UBS et Credit Suisse,

- 2 banques italiennes : Unicredit et Intesa Sanpaolo,

- 2 banques espagnoles : BBVA et Santander,

- 1 banque néerlandaise : ING,

- et... 2 banques françaises : BNP-Paribas et Société Générale.

 

Là encore, rien de surprenant, en particulier pour BNP-Paribas devenue la plus grande banque du monde par ses actifs (2 237 milliards d'euros !). Info ou intox, Bâle 3 sera-t-il plus sévère envers les géants de l'industrie bancaire ? Une hypothèse qui tend à devenir réalité. Les sages ont en effet proposé que de tels établissements doivent disposer d'une capacité d’absorption des pertes supérieure aux normes annoncées. Plus concrètement, une des solutions envisagées serait de permettre aux autorités nationales d’appliquer aux SIFI des exigences supplémentaires de fonds propres. Dans tous les cas, une grande partie (si ce n'est la totalité) de ces établissements pourrait se voir soumise à de nouvelles règles, en sus de celle du Comité de Bâle.

 

On ne peut néanmoins s'empêcher d'avoir une retenue quant à cette solution. En effet, cette distinction aurait pour conséquence de distinguer d'un côté les établissements SIFI, "infaillibles" car systémiques, et de l'autre le reste des établissements qui, eux, peuvent faire faillite. Ce serait avouer qu'en cas de nouvelle crise certaines banques seront sauvées par les Etats, au détriment d'autres jugées moins importantes pour l'économie mondiale. Sans oublier la rupture de concurrence entre établissements que les banques ne manqueront pas, à coup sûr, de nous rappeler.

 

 

(1) BNP-Paribas est la 1re banque de la zone euro en termes de dépôts.

 

(2) Cf. "Bâle 3 : moins cher que prévu… et moins efficace ?", "Bâle 3 : les banques privées allemandes montent au créneau !" et "Bâle 3 : réforme validée, banques soulagées".

 

(3) Etablissements dont la faillite pourrait provoquer un déséquilibre économique mondial. En anglais, on les appelle les SIFI (Systematically Important Financial Institutions).

 

(4) Conseil regroupant l'ensemble des autorités nationales des pays du G20 concourant à la stabilité financière.

Publié dans Bâle 3

Commenter cet article