Banques : alourdissement des besoins de financement à long terme

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Entre dettes publiques et besoins de financement à long terme en augmentation croissante, la situation des banques de la zone euro se complexifie à l'approche de la mise en oeuvre de la réforme Bâle III. Une situation qui pourrait bien se répercuter sur le coût du crédit bancaire.

 

Entre leur mise en conformité avec le futur ratio de liquidité à long terme établie par Bâle III (le fameux "net stable funding ratio" - NSFR) et les remboursements de dettes obligataires existantes, les banques européennes se trouvent face à des besoins de financement à long terme colossaux. Et cela reste un doux euphémisme ! Selon une récente étude de Natixis sur ces besoins auprès des banques de la zone euro, le seul ratio de liquidité à un an devrait créer un besoin de financement à long terme de près de 2,3 milliards d'euros pour les banques de la zone euro mais aussi du Royaume-Uni et de la Suisse. Ce ratio impose en effet aux banques de détenir des ressources stables (fonds propres, dépôts des entreprises et particuliers, etc.) supérieures au montant de leurs emplois stables. Au sein de ces derniers, ce sont les crédits aux entreprises et aux particuliers supérieurs à un an qui sont parmi les plus consommateurs de ressources stables.

 

En outre, ces mêmes banques vont se trouver face à un "mur de la dette" correspondant au refinancement de leurs dettes obligataires : selon le FMI et Natixis, les banques ont déjà dû refinancer plus de 1 000 milliards de dollars en 2010 et devront refinancer un montant quasi identique cette année. Enfin, les banques doivent aussi anticiper l'arrivée à échéance de volumes très importants et croissants sur les quatre prochaines années de dettes LBO (Leverage Buy Out - l'effet de levier), qui ne seront pas remboursés mais refinancés.

 

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Face à ces besoins, les banques doivent composer avec une forte aversion au risque bancaire des investisseurs : les CDS (Credit Default Swap) bancaires atteignent actuellement des sommets, autour des 250 points, supérieurs à ceux enregistrés au coeur de la crise. De plus, la hausse des dettes publiques partout en Europe prive les banques en partie de l'épargne longue, détournée par les titres souverains, une tendance que les économistes voient se renforcer par la mise en oeuvre de Solvabilité II.

 

Offre de dette importante et demande faible : nul doute que ces deux phénomènes vont participer à l'augmentation des prix, c'est-à-dire les spreads (écart), à la fois sur la dette  senior comme sur les covered bonds. Et, in fine, sur le coût du crédit bancaire aux ménages et aux entreprises.

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Nicolas BOISVILLIERS 10/02/2011 13:40


Effectivement, la question de la classification des fonds propres (tier) en fonction de leur nature (+ ou - liquide) devrait être davantage considérée. Reste qu'avec les CDS, on touche à la finance
mondiale et pas seulement européenne. Pas sûr que tout le monde soit d'accord sur une réforme de leur fonctionnement...


Thomas Bonne 10/02/2011 13:07


Si les CDS ont tant augmenté, on peut se demander l'intérêt d'un ratio de solvabilité conçu uniquement sur les fonds propres, si c'est pour pratiquer du risque hors bilan et échapper au contrôle...
car les CDS sont des contrats d'assurance qui font porter le risque intégral sur la banque sans le moindre investissement de sa part.