Bourses en chute : reprise incertaine ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

A l’approche de la rentrée, les séances de repli s’enchainent sur les places boursières mondiales. Alors que tout le monde espérait une reprise faible mais solide, de nombreux indicateurs laissent penser (à juste titre) que la crise est toujours là.

 

Septembre approche à grands pas. Et avec lui sonne la fin de la "traditionnelle" période des vacances estivales. Malgré le soleil et les bons résultats des entreprises dans l’ensemble, l’heure n’est pourtant pas aux réjouissances. Dow Jones (-0,38%), Nasdaq (0,92%), Nikkei (-1,33%) ou encore CAC 40 (-1,02%) sont tous en baisse aujourd’hui, cristallisant ainsi de nombreuses inquiétudes quant à une reprise plus faible que prévue. Rien de bien surprenant cependant : à 3 339,90 points au 1er juillet, la bourse de Paris a clôturé aujourd’hui à 3 491,11 points, soit une progression de 151,21 petits points sur 8 semaines (+1,04%). Une progression faible mais positive néanmoins, même si le mois n’est pas encore terminé.

 

Retour à la réalité

 

Nombreux furent les articles, analyses et interviews à s’être montrés trop optimistes quant à la fin de la crise, notamment suite à la relève rapide des Etats-Unis. Une relève un peu trop rapide car la crise des subprimes n’est pas encore enterrée (Cf. "Nouvelle crise immobilière en vue aux Etats-Unis") et la crise économique semble bien installée.

 

Wall Street a en effet fait les frais de chiffres de ventes de logements anciens décevants sur le sol américain, situation assez troublante. Une mauvaise nouvelle qui vient s'ajouter à toute une série de mauvais indicateurs publiés depuis plusieurs semaines montrant que l'économie américaine tourne au ralenti, ce qui pèse sur les marchés boursiers. Les investisseurs doutent ainsi de plus en plus des performances de l’économie américaine, de même que la majorité des analystes qui envisagent une réduction des prévisions de croissance pour le 2nd semestre.

 

croissance w

 

Autre problème plus profond : celui de la monnaie. L’appréciation du dollar (face à l’euro, à 1,2681$) et du yen accentuent le ralentissement économique observé aux Etats-Unis et au Japon. Le pays du soleil levant, à l’autarcie légendaire, voit sa monnaie flamber sur le marché mondial des devises. A tel point que la bourse de Tokyo est retombée sous la barre symbolique des 9 000 points, seuil qu’elle n’avait plus tutoyé depuis 15 mois. En cause : l’immobilisme des autorités japonaises.

 

Consommation : le nœud du problème

 

Les espoirs portés hauts et forts dans une reprise profonde et durable se sont heurtés à une réalité : celle de la consommation. Et en particulier celle des ménages qui est confrontée à de nombreux obstacles :

 

- plans d’austérité : la nécessaire réduction des déficits publics va entraîner une baisse des prestations sociales et/ou une hausse de la fiscalité, sous la pression des agences de notation qui évalueront souverainement les actions menées,

 

- chômage massif : aux Etats-Unis comme en Europe, les perspectives en matière d’emploi ne sont guère réjouissantes. En France particulièrement, la réforme des retraites aura nécessairement un impact sur le marché de l’emploi,

 

- restrictions de crédit : l’endettement des ménages est bridé par des banques devenues frileuses, notamment en ces temps de réforme financière à outrance.

 

Equation complexe à laquelle semble (presque) étrangère la Chine. Le pays a en effet imposé des mesures drastiques afin d’enrayer l’éclatement de la bulle immobilière et le risque d’emballement de son économie. Opération réussie. Malgré tout, même si elle réussit à dynamiser sa demande intérieure, la Chine reste dépendante des économies occidentales vers lesquelles elle exporte massivement.

 

Croissance réduite mais croissance quand même

 

Selon Adam Solomon, analyste chez TorFX, "les inquiétudes sont vives quant à un risque de récession en double creux au niveau mondial et la monnaie unique [NDLR : l’euro] devrait rester sous pression dans un contexte d'aversion au risque. Il y a également des doutes à long terme sur les fondamentaux de la zone euro alors que les craintes sur les dettes souveraines restent d'actualité".

 

Une reprise en "W", en "double dip" ne relève plus de la théorie d’école mais bel et bien du possible. Elle est à garder à l’esprit mais il serait tout aussi dangereux d’exclure une reprise durable. Qui dit croissance réduite dit croissance quand même. Tout l’enjeu se situe au niveau de nos politiques, tant européennes que nationales. Mais avec les échéances électorales et les grands débats de la rentrée (budget de l’Etat 2011, réforme des retraites, etc.), pas sûr qu’il faille compter sur eux…

Publié dans Economie

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Nicolas BOISVILLIERS 25/08/2010 14:23


Les effort nécessaires à un assainissement de nos comptes publics sont nécessaires mais arrivent à un moment mal choisi. Ou plutôt subi. De plus, les considérations partisanes et la démagogie de
bon nombre de nos politiques risquent de brider les réformes indispensables à une reprise solide de notre économie.

2010 ne sera pas l'année de reprise tant attendue. Et 2011 apparaît de plus en plus comme une année de consolidation... La sortie de crise sera longue.


Verlinghem Autrement 25/08/2010 13:38


Merci pour la clarté et la synthèse des analyses; sans parti pris.
Comme vous, je doute sur la volonté réelle des politiques de réduire les déficits publics, à commencer par leur "train de vie". Ne sont-ils pas pour la plupart préoccupés à se faire réélire plutôt
qu'à défendre le pouvoir d'achat des Français ? A bientôt.