Chéri, j'ai rétréci les banques !

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Bâle 3, crise financière, défiance des marchés ou encore rétrogradation par les agences de notation. Les banques françaises sont au cœur de la tourmente depuis cet été. En réponse aux multiples messages qui leurs sont adressés, la triade française a décidé de réduire son bilan. Mais cela sera-t-il suffisant ?

 

Premières rescapées à sortir la tête de l’eau, les banques françaises ont largement essuyé les plâtres depuis la fin du 1er semestre 2011. Les rumeurs incessantes concernant le potentiel défaut d’un pays membre de la zone euro (Grèce en tête) a largement contribué à plomber les cours de bourse des banques. Depuis le 1er juillet, Société Générale, BNP-Paribas et Crédit Agricole ont perdu environ la moitié de leur valeur. Le tout couronné par la rétrogradation opérée par Moody’s sur la SG et CA. Forcément, au bout du compte, ça commence à piquer un peu quand même…

 


[Les banques au coeur d'un processus de panique généralisée]

De manière totalement hypothétique, les rumeurs d’une possible recapitalisation des banques françaises a fait son ptit bonhomme de chemin. Et de manière tout aussi surprenante, les investisseurs se sont mis à croire que cette solution pourrait être une bonne chose, même si aussitôt démentie par la Banque de France et le Gouvernement. La probabilité qu’un évènement comme celui-ci s’opère demeure minime, surtout après les plans de sauvetage des banques en 2008, mais cela a le mérite de placer le curseur sur le mode "action" et non plus sur le mode "bla bla". Ceci dit, pas sûr que les actionnaires seraient transportés de joie à l’idée de voir le prix des actions diminuer de 20, 30 ou 40% dans la masse d’actions nouvelles.

 

Et encore, je ne parle pas ici de l’enveloppe soit disant nécessaire qui exploserait encore une fois tous les records. On parlerait de 60 milliards d’euros afin d’enrayer (temporairement ?) les craintes liées au risque de défaut des pays européens. On est bien loin des 15 milliards annoncés-aussitôt-démentis.

 

bourse crise

[Les banques, malmenées durant l'été, amorcent un retour sur leur métier originel]

 

Rapatriement des troupes

 

BNP-Paribas il y a deux semaines, Société Générale lundi, Crédit Agricole hier, les 3 grandes banques françaises ont donné le top départ de la campagne "réduction de bilan & de mes besoins de financement" :

 

> Après un premier essai en août dernier, BNP-Paribas a procédé à un rachat massif de ses propres actions, récupérant ainsi quelques 3,3 millions d'actions pour la somme de 82,6 millions d'euros. Au total, le 1er groupe bancaire français s'est emparé depuis le début de l’année d’environ 14,7 millions de ses propres actions, soit 1,22% de son capital. Des opérations de rachat qui lui auront coûté la bagatelle de 487 millions d'euros. Comme quoi, quand on veut, on peut.

 

> Le Crédit Agricole annonce également ainsi une réduction structurelle de 50 milliards d'euros de son endettement entre juin 2011 et décembre 2012. La banque va également réduire son programme annuel de refinancement sur les marchés moyen à long terme, en passant de 22 milliards d'euros en 2011 à 12 milliards d'euros en 2012.

 

> De con côté, la Société Générale ambitionne de réduire son bilan via 3 axes : accélérer la cession d'actifs toxiques (et Dieu sait qu’il en reste encore des tonnes et des tonnes), se retirer de certains métiers de la BFI (trop consommateurs de fonds propres et de liquidités) et enfin céder des actifs non stratégiques (principalement dans les pôles de gestion d'actifs et services titres et les services financiers spécialisés).

 

L’objectif avoué des banques est de viser un ratio de fonds propres durs "Common Equity Tier 1" de 9 % en 2013, exigé par Bâle 3.

 

Un modèle bancaire en mutation

 

Le véritable enjeu de ces réductions de bilan concerne le modèle de gestion des banques de demain, jusqu’ici majoritairement fondé sur le financement. Il est clair que la BFI constitue le principal coût en termes de fonds propres et en liquidités. Afin de combler cette absence, les banques françaises vont alors accroître leur capacité de distribution, pour céder des crédits aux investisseurs, devenant de simples intermédiaires.

 

Une mutation de leur modèle qui ne constitue finalement qu'une couverture de survie en cas d'avalanche dévastatrice. A quand des contrôles et des mesures de gouvernance solides et adaptées afin de se prémunir contre les prochaines crises ? Bizarrement, le dernier scandale UBS me laisse penser que le chemin sera encore long, très long...

 


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