Crise : après la Grèce, nouvelles inquiétudes sur l’Espagne

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Après la Grèce, voici venir le tour de l’Espagne. Face à des rumeurs insistantes et consistantes concernant les finances publiques du pays, l’ensemble des places boursières repartent à la baisse, CAC 40 inclus. Tout comme l’euro qui ne cesse de s’effondrer. Who’s next ?

 

Chute vertigineuse de 3,64%, le CAC 40 a clôturé hier en nette baisse afin de s’inscrire sous la barre des 3 700 points, plus précisément à 3 689 points. Et la bourse de Paris n’est pas la seule dans cette situation, loin s’en faut ! Madrid, - 5,41% ; Milan, - 4,70% ; Dublin, - 3,97% ; Athènes, - 6,68% !!! Mêmes les marchés américains ont plié malgré la publication de statistiques favorables : - 1,97% pour le Dow Jones et – 2,96% pour le Nasdaq. Comme à l’accoutumée, les valeurs bancaires sont les plus sévèrement touchées, abandonnant toute au moins 5 points de valeur. Enfin, l’euro poursuit sa descente aux enfers en atteignant le seuil de 1,3030 dollar, son plus bas niveau depuis plus d’un an. La tendance baissière risque de s’accentuer dans les jours à venir.

 

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L’origine de cette journée noire : le spectre de la contagion de la crise grecque planant au-dessus de l’Espagne, suite à de nombreuses rumeurs voulant que le pays se tournerait lui aussi vers le FMI afin d’obtenir une enveloppe de 280 milliards d’euros. D’autres bruits de couloirs rapportaient que les agences de notation Moddy’s et Fitch allaient baisser la note souveraine espagnole. Les agences ont cependant démenti aussitôt. Du côté du front grec, les nombreuses manifestations et grèves à l’encontre du gouvernement Papandréou n’en finissent plus d’inquiéter les investisseurs, conséquences des mesures d’austérité en vue d’être adoptées pour redresser les finances du pays. Et ce malgré l’adoption du plan d’aide de 110 milliards d’euros sur 3 ans du FMI et de l’UE. Il apparait néanmoins difficile pour le pays de se contenter de cette aide, le recours aux marchés financiers étant sans aucun doute inévitable. Mais c’est surtout la croissance, moteur de la relance interne du pays, qui risque de pâtir de ces mesures et donc freiner le redressement des comptes publics.

 

UE : cacophonie ambiante

 

« Ces rumeurs sont tout à fait intolérables », dixit José Luis Rodriguez Zapatero, Premier ministre espagnol, rappelant que « le problème fondamental de l'économie espagnole, c'est le taux de chômage élevé ». Des propos qui n’ont guère rassuré les marchés, pointant du doigt les perspectives de croissance faible à court terme. Le gouvernement envisage en effet de mettre en place un plan d’austérité, à l’image de la Grèce, afin de ramener son déficit public à 3% d’ici 2013. Pour rappel, 2009 a vu l’explosion de celui-ci, à plus de 11% du PIB.

 

De l’autre côté du Rhin, Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, a prévenu que « s'il y avait des manquements » au programme d'austérité décidé par le gouvernement grec, le FMI et la Commission européenne, « les versements seraient stoppés. Et alors le défaut de paiement menacerait à nouveau Athènes ». L’Allemagne apparaît encore comme trainant les pieds dans le dossier grec, renforçant les inquiétudes autour des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne).

 

schauble zapatero barnier

 

Autre son de cloche, Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, a tenté (tant bien que mal) à rassurer : « Les situations ne sont pas du tout comparables » entre la Grèce et l’Espagne. « L'Espagne fait des efforts comme le Portugal et d'autres pays doivent le faire pour maîtriser leurs dépenses, redresser leurs finances publiques. » « Je ne crois pas du tout qu'il y ait un risque d'éclatement de la zone euro. » « Les marchés doivent bien le comprendre, cette solidarité existe et pour le reste nous devons faire notre travail ». On aurait tort de ne pas suivre ses dires concernant la situation du pays, totalement différente de celle de la Grèce. Par contre, difficile de le croire quant à cette « solidarité » qui peine à trouver écho dans des actes concrets et des discours cohérents et concertés.

 

Certains analystes n’hésitent pas en effet à pronostiquer la mort de l’euro en cas de persistance dans la gestion des problèmes institutionnels fondamentaux de la zone. A l’image de Joseph Stiglitz, professeur à l'université de Columbia et prix Nobel d'économie, au micro de BBC Radio 4. Dès demain, le Trésor espagnol procédera à l'émission de bons du trésor à cinq ans, avec un taux d’intérêt porté à 3%. Il espère ainsi lever au moins deux milliards d'euros. Et par la même occasion infirmer les rumeurs de ces derniers jours. Espérons qu’il a vu juste.

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