Crise de la dette européenne : la contagion gagne l’Italie

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Tout cela n’aura finalement été qu’une question de temps. Après la Grèce, c’est au tour de l’Italie d’être victime du spectre du défaut de paiement. Face à une dette souveraine de plus en plus difficile à maitriser et un contexte politique houleux, les marchés financiers ont fait plonger l’ensemble des places boursières. La contagion a déjà commencé…

 

Lundi 11 juillet 2011, la bourse de Paris clôture en forte baisse de 2,71%, à 3.807,51 points. Comme à l’accoutumée, les bancaires font partie des valeurs les plus touchées par ce mouvement de panique sur les marchés, allant jusqu’à perdre plus de 7 points pour certaines (Crédit Agricole SA). A cela plusieurs raisons : tout d’abord la baisse de la note souveraine du Portugal mardi dernier par l’agence de notation Moody’s (4 crans en moins), mais également les fortes tensions politiques émergeantes au sein de l’Italie.

 

Italie : la nouvelle Grèce ?

 

Troisième économie de la zone Euro, l’Italie est officiellement entrée dans l’œil du cyclone vendredi dernier. La situation politique du pays s’avère trouble et instable. Désavouée par 2 fois via les urnes, la majorité politique se trouve affaiblie. De même, les marchés doutent de la capacité du Gouvernement à mettre en œuvre le programme de rigueur fraîchement annoncé le 30 juin dernier. Par ailleurs, les soupçons de corruption dans lesquels baigne Giulio Tremonti, ministre italien des finances, n’arrangent pas les choses. Enfin, la teneur des tests de résistance des banques européennes n’inspirent guère confiance. Résultats attendus pour vendredi.

 

Conséquences directes :

> l’ensemble des actions des plus grandes banques italiennes a vu ses cours dégringoler vendredi dernier : -7,9% pour UniCredit, -4,6% pour Intesa Sanpaolo, -6,5% pour Banco Popolare ou encore -6,1% pour Banca Popolare di Milano.

> l'écart entre le rendement de l'emprunt à 10 ans italien et allemand a touché vendredi un plus haut historique depuis la création de l'euro, aux alentours de 2,45 points de pourcentage, portant le rendement italien à 5,28%.

> la bourse de Milan a terminé la semaine dernière par une chute de près de 3,5%.

 

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[L'Italie, prochaine victime des marchés financiers, après la Grèce]

 

La pression des marchés sur les actifs italiens s'explique à la fois par l'endettement de l'Italie, qui atteint 120% du PIB (le plus élevé de la zone euro) et par la mollesse de son économie. Malgré tout, le pays dispose d’atouts majeurs comme un déficit public relativement contenu (4,6% du PIB l'an dernier). Reste que la dette italienne est réellement attaquée. On assiste à un mouvement de panique similaire à celui précédant la crise grecque. Sauf que, cette fois-ci, le sauvetage semble difficilement envisageable.

 

Réunion de crise

 

Herman Van Rompuy (président du Conseil européen), a organisé ce matin une réunion d'urgence où étaient conviés de hauts responsables européens afin de traiter la question de l'aide grecque et les pressions exercées sur l'Italie par les marchés. Jean-Claude Trichet (président de la BCE), Jean-Claude Juncker (président de l’Eurogroupe), José Manuel Barroso (président de la Commission Européenne) et Olli Rehn (commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires) étaient également conviés à cette réunion dite "de coordination" et non "de crise". Une manière de rassurer mais qui ne convainc personne.

 

Car comme toujours, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un problème de gouvernance européenne. En soi, l’Europe n’est pas en plus mauvaise posture que les Etats-Unis. Ces derniers sont en effet au bord du défaut de paiement avec une dette publique de plus de 14 000 milliards de dollars. Au point que Barack Obama doit négocier un relèvement du plafond de la dette. Mais le désaccord profond qui subsiste entre les pays de l’UE sur la question de la participation (volontaire ou non) du secteur privé à la gestion de la crise ne fait qu’amplifier celle-ci.

 

L’enjeu est pourtant de taille car l’actuel fonds de sauvegarde européen (Fonds européen de stabilité financière - FESF) n'est assurément pas suffisant pour préserver l'Italie de manière crédible. Les mesures d'austérité de près de 50 milliards d'euros qui doivent permettre au pays de parvenir à un quasi équilibre budgétaire en 2014 ne sont pas pour autant acquises. Car l’objectif final reste, pour l’Italie comme pour la Grèce, de diminuer le coût de refinancement de leur dette qui ne cesse de s’accroître de par les intérêts à verser. Le mécanisme est cependant difficile à renverser : le volume de ventes à découvert sur les obligations souveraines italiennes a ainsi augmenté sensiblement depuis plusieurs semaines selon le Financial Times. Et avec lui, le coût du refinancement. Car plus le pays s’enfonce dans la dette, plus celle-ci rapporte !

 

Reste que, au regard des analyses de spécialistes de la dette souveraine, tout se déroule pour la Grèce comme dans le passé en Amérique latine. Le défaut de paiement du pays est inéluctable, ce n’est qu’une question de temps. Et avec lui, celui de la zone euro ? Il est encore temps de relever la tête et d’accepter la réalité afin d’éviter que ce défaut n’ait lieu de manière désordonnée.

 


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