Crise de la dette européenne : la zone euro en défaut de paiement ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La défiance italienne hier n’était qu’un échauffement. La propagation de la crise de la dette souveraine s’étend désormais à l’ensemble des pays de la zone euro. Les bourses décrochent, l’euro dévisse et l’indécision des dirigeants européens persistante. Le début de la fin pour la zone euro ?

 

La défiance des marchés envers la situation de l’Italie a su surprendre de par son intensité et sa soudaineté. Ce n’était rien en comparaison de ce que subissent aujourd’hui les marchés obligataires européens. Jusqu’ici limitée aux "PIGS", terme charmant désignant les "cochons de la zone euro" (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne), la crise de la dette souveraine européenne n’avait réellement fait qu’une seule victime : la Grèce. Au centre de toutes les attentions, le pays a eu droit au versement d’une énorme enveloppe (à plusieurs échéances), ce qui avait su rassurer les marchés… pour un temps.

 

L’attaque qu’a subi hier l'Italie change la dimension du problème. En effet, le marché obligataire italien est le 3e mondial en terme de taille (après les Etats-Unis et le Japon). L'exposition du système bancaire européen au pays (dette privée ET publique) est loin d’être marginale : 560 milliards d’euros pour les banques européennes à la fin 2010. Dont 280 pour les seules banques françaises, soit 13% de leurs engagements. On est bien loin des 57 milliards d’exposition en Grèce ! (1)

 

Avec ce simple chiffre en tête, il devient aisé de comprendre que le système financier européen ne pourra supporter un défaut sur la dette Italienne. La taille du fonds (FESF - Fonds Européen de Stabilité Financière) est insuffisante pour financer les besoins du pays. De plus, avec la chute éventuelle de l'Italie, le fonds va manquer de garanties. Ainsi, c’est tout le mécanisme européen d'aide financière qui est remis en cause ! Mais l’Italie n’est plus le seul pays en danger…

 

Pandémie de défiance

 

Jusqu’ici cantonnée aux fameux PIGS, la crise obligataire menace désormais d'entraîner toute la zone euro dans sa folie démentielle. Sournoise, cette crise est avant tout une crise individualiste. Chacun leur tour, les « maillons faibles » de la zone euro ont vu le rendement de leurs emprunts d'état s'envoler à des plafonds historiques, creusant l'écart (ou le "spread") avec le bon du trésor allemand (référence de base) à des niveaux jamais vus dans l'histoire de la zone euro.

 

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[La semaine s'annonce rude sur les places financières]

 

Et maintenant, voilà que la pandémie touche les poids lourds de la zone. On l’a vu avec l’Italie qui, malgré l’adoption d’un plan de rigueur, n’a pu enrayer l’envolée du taux de son obligation souveraine. La France est également touchée, le spread entre les bons du trésor français et allemand atteignant 66,6 points de base, un nouveau record pulvérisant le précédant en date de… mars 2009 !

 

Une perte de confiance durable risque de s'enclencher si un certain nombre de décisions ne sont pas prises rapidement afin d’enrayer ce mouvement de défiance généralisé. Ce dont beaucoup doutent.

 

De l’irresponsabilité à l’incapacité de nos politiques

 

Nos politiques se sont encore réunis hier dans l’urgence afin de trouver une solution à la récente crise italienne. Et encore une fois, aucune décision n'a été prise. Pire encore, Christine Lagarde, directrice du FMI, a déclaré qu'un 2e plan d'aide à la Grèce n'était pas acquis. Les méfiances quant à la capacité politique du vieux continent à faire un front commun se sont alors accentuées.

 

Concrètement, plusieurs solutions seraient envisagées :

> Est évoquée la possibilité pour le FESF de racheter des obligations grecques sur le marché secondaire, afin de soulager quelque peu la Grèce. Mais cela ne réglerait pas vraiment les craintes concernant l’Italie et l’Espagne.

> La France suggère un allongement de la maturité d'obligations existantes pour mettre les remboursements à la portée des ressources d'Athènes. Une option que n’ont pas manquée les agences de notation à assimiler à un "défaut sélectif".

> Le scénario d’un "défaut organisé" mis en avant par l'Allemagne semble encore sur les rails.

 

Mais ce qui est surtout à noter, c’est la remise en question de la promesse des dirigeants européens d'éviter coûte que coûte un "événement de crédit" et un "défaut sélectif" en Grèce, perspective qui avait pourtant été spécifiquement écartée lors d'une précédente réunion de l'Eurogroupe puis par les chefs d'Etat et de gouvernement de l’UE. A ce jour, seule la BCE réaffirme son opposition ferme et franche. Signe supplémentaire, s’il en fallait, des dissensions qui tiraillent l'Europe, incapable de s'entendre ne serait-ce que sur un embryon de solution.

 

Conséquences immédiates sur les places boursières, l’ensemble des places financières ont poursuivi leur repli aujourd’hui, CAC40 inclus (-0,91% à 3 772,88 points). Enfin, l'euro redonne encore près de 1% face au dollar, 1 euro valant 1,3890 dollar, soit son plus bas niveau depuis quatre mois. La seule bonne nouvelle puisque cela redonne un peu de compétitivité à la zone euro.

 

Et demain ?

 

On ne peut plus continuer à hypothéquer sur les générations futures, en empruntant pour rembourser des emprunts. A l’image des particuliers et collectivités locales, les Etats doivent désormais faire preuve de plus de rigueur dans la gestion de leurs comptes publics. Les 50 années d’hypocrisie de fausse croissance, nourrie par un endettement (privé et public) excessif, doivent prendre fin.

 

L'Europe se doit de communiquer et d’éviter tout effet dominos. On ne peut désormais plus nier le fait qu’un défaut de la Grèce, même "sélectif", représente bel et bien un risque systémique pour le système financier. Pour ce faire, la réforme tant attendue du système financier doit être engagée, à commencer par l’interdiction pure et simple des ventes à découvert (au moins sur les obligations d’état). Dans quelle mesure l’achat et la vente d’options sur les aléas climatiques (sécheresse, inondation, tremblement de terre…) et leurs conséquences (famine, guerre civile…) sert l’économie mondiale ?

 

Il est encore temps de se poser les bonnes questions.

 

(1) Source : Banque des Règlements Internationaux (BRI)

 


 

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