Crise de la dette : le pire reste à venir…

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Les derniers jours ont été particulièrement éprouvants sur les marchés financiers. La crise de la dette, tant européenne qu’américaine, demeure plus que jamais l’enjeu central au sein d’économies en berne. Pour autant, l’avenir qui se profile à l’horizon semble plus que jamais terriblement incertain et inquiétant.

 

Vous l’avez peut-être remarqué, cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas posté de nouvel article relatif à la crise des dettes souveraines. Plusieurs raisons à cela :

> rubriques privilégiées : j’ai fait le choix de m’attacher à développer les autres rubriques du blog, certaines étant quelque peu délaissées.

> actualité surabondante : la simple veille que j’opère habituellement était telle qu’elle monopolisait la quasi-totalité de mon temps, au détriment de la rédaction d’articles.

> un peu de recul : la volonté de prendre de la hauteur par rapport à la situation, afin de conserver le leitmotiv de ce blog (accessible et différent).

 

A l’heure où j’écris ces lignes, les tensions sont plus que jamais palpables tant sur les marchés qu’au sein de l’exécutif de l’ensemble des économies matures. Pour bien comprendre l’ampleur de la future crise qui nous attend, quelques données :

> 11 séances de baisse consécutives à la bourse de Paris, soit -22%, dont 4,68% aujourd’hui même, signant un nouveau (triste) record. On pourrait même parler de krach boursier.

> l’ensemble des places boursières mondiales touchées : européennes, américaines, orientales et asiatiques

> la rétrogradation de la note des Etats-Unis de "AAA" à "AA+" avec perspective négative par l’agence Standard and Poor’s.

> la baisse des cours du pétrole (83 dollars le baril, niveau proche de novembre dernier) face à la progression continue du cours de l’once d’or (plus de 1700 dollars l’once).

> croissance quasi nulle aux Etats-Unis pour le 1er trimestre (croissance de 0,4% du PIB annualisée – soit 0,1% par trimestre) et chômage élevé malgré le déversement de milliards de dollars sur le marché (« quantitative easing »).

 

Alors certes, ce ne sont pas tant les baisses fortes qui sont véritablement alarmantes, du fait de leur amplification due à un volume d’échange plus faible que d’habitude (c’est l’été, faut-il le rappeler), mais plutôt le cumul et les causes de ces baisses. Nous sommes entrés dans ce que j’appellerai "le noyau dur" de la crise des subprimes. On vous a vendu la fin de la crise pour 2013 (avec un retour à l’équilibre budgétaire) ? On vous a menti…

 

crisis

 

Notation de la France en sursis

 

Qui aurait cru que les Etats-Unis perdraient un jour leur triple A, la meilleure note possible pour un état ? Première économie mondiale, le pays n’a jamais été rétrogradé. Une nouvelle preuve, s’il en fallait une, qu’aucun pays n’est à l’abri. Pas même la France. Surtout pas la France.

 

Car si l’on se fie au dernier rapport annuel de la Cour des compte, la situation française est peu reluisante : beaucoup trop d’emprunts qui augmentent la dette (dépenses annuelles = 1100 milliards / recettes annuelles = 900 milliards) (1), efforts budgétaires trop faibles, nécessité d’augmenter les impôts (certains économistes anticipent +2% pour la CSG et la TVA). Le rendez-vous concernant le vote du budget annuel à la rentrée sera déterminant quant à la crédibilité financière de la France (surtout suite au vote de l’aide grecque). Dans le cas où notre pays voit sa note abaissée à son tour, le coût du crédit sur les marchés partiraient à la hausse. Ce qui augmenterait le montant de notre dette.

 

"Pour moi, la France n’est pas un pays AAA", explique un analyste de la banque UBS. Il faut dire que notre pays affiche l'un des moins bons ratios budgétaires parmi les différents pays "triple A". Selon la Commission Européenne, la France réduira son déficit public à 5,8% de son PIB cette année, tandis que sa dette atteindra 84,7%. A titre de comparaison, dans les cinq autres pays de la zone euro possédant la meilleure note (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas et Finlande), les déficits publics devraient osciller entre 1 et 3,7% du PIB et les dettes entre 17,2 et 82,4%.

 

Aujourd’hui, les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) sont sur la sellette. Le défaut de l’un d’entre eux entraînerait de facto la chute des autres, façon dominos. L’image la plus parlante serait celle d’alpinistes encordés gravissant une montagne : à mesure que les plus faibles chutent, le risque de voir l’ensemble du groupe tomber devient de plus en plus fort et de plus en plus imminent. Et des chutes il y en aura, c’est certain.

 

Et demain ?

 

Aujourd’hui, le noyau dur de la crise se dessine chaque jour davantage. Les rouages de l’économie mondiale se grippent face aux mécanismes financiers devenus hors de contrôle. Il est essentiel de garder en tête les liens d’interdépendance entre les pays. La dégradation de la note des USA constitue le point de départ de la nouvelle crise. Il leur faudra en effet du temps avant de pouvoir récupérer leur "AAA". Jusqu’ici, la seule solution trouvée fut d’augmenter le plafond de la dette, soit de recourir davantage aux emprunts, à l’image de l’Europe. Un schéma non viable qui étouffe notre économie. Mais les enjeux sont tout autres.

 

En effet, la spéculation empêche toute action de la part de nos politiques : les fameux CDO et CDS (sortes d’assurances en cas de défaut de paiement de pays) constituent des bombes à retardement. Le versement des primes induites par ces produits dépasse largement les capacités des souscripteurs. Tant et si bien que la chute d’un pays entrainera les banques et autres fonds d’investissement dans la même situation qu’en 2008 ! A la différence près que les états ne pourront intervenir, par manque de moyens (dette souveraine trop importante) et par peur de l’opinion publique. Mais peut-on décemment laisser mourir ces entreprises qui emploient tant de personnes… et surtout détiennent les avoirs (comptes bancaires, assurances-vie, retraites complémentaires) des contribuables ?

 

La spéculation oriente son jeu en vue de la chute des états car cela apporte une plus forte rentabilité et une plus forte liquidité sur les marchés. Reste qu’avec les 752 milliards de dollars de créances publiques aux USA, l’Europe joue beaucoup plus gros qu’avec les 136 milliards d’euros de la Grèce. Alors oui, certains diront que le "AA+" des USA (haute qualité) est bien loin du "C" de la Grèce (possibilité d'être déjà en défaut de paiement), sentiment qui s'est traduit sur les marchés obligataires. Je leur dirais que ne pas prendre en considération ni les difficultés que traversent les Etats-Unis ni la mise en garde de S&P serait dangereux à moyen terme. Car lorsque ces derniers tomberont, ils ne seront pas les seuls…

 

(1) Je rappelle que la dette constitue la somme des emprunts (différence entre les recettes et dépenses sur une année).

 


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