Crise de la dette souveraine : y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Marchés en panique, croissance française nulle, inquiétudes grandissantes vis-à-vis de la solvabilité de l’Italie et de l’Espagne, CDS en hausse constante, interdiction temporaire des ventes à découvert… La crise de la dette souveraine des états semble atteindre son point de non retour. Celui où, faute d’avoir été maîtrisée dès sa naissance, elle devient une véritable crise de notre modèle économique.

 

Décidément, l’été 2011 aura été plus riche en rebondissements que le dernier épisode de Gossip Girl ! Car pour avoir chaud cet été, ce n’était pas sur le bord des plages qu’il fallait être mais plutôt dans les salles de marchés. La semaine dernière en constitue le parfait exemple : les nombreuses rumeurs qui ont circulé ont su rendre malade l’ensemble des places financières à force de grimper et chuter. Welcome to Space Mountain !

 

> Au registre des ragots dignes d’un feuilleton de Dallas, la pseudo faillite du groupe Société Générale. Il faut dire que la banque rouge et noire a largement perdu de sa superbe depuis la crise de 2008, depuis l’affaire Kerviel jusqu’au profit warning (1) annoncé récemment. N’empêche que la couleuvre était énorme à avaler et on se demande bien comment cette annonce à 2 francs 6 sous a pu trouver écho quelque part. Bien évidemment, Frédéric Oudéa, président de la SG, a réfuté vigoureusement ces accusations sans fondements. Circulez, y’a rien à voir ! Oups, trop tard, les valeurs bancaires trinquent et les indices boursiers aussi,

 

> Autre rumeur qui a donné du fil à retordre aux investisseurs : la possible rétrogradation de la note de l’état français par Standard & Poor’s. L’agence ayant privé les USA de leur précieux "AAA", personne n’est à l’abri. De quoi rendre les marchés encore plus schizophrènes. Et ce en dépit de la confirmation par les 3 agences de notation du triple A de la note française. Cherchez l’erreur…

 

> Enfin, terminons par la rumeur qui laisserait éventuellement penser qu’une modification hypothétique du plan de sauvetage de la Grèce serait peut-être à l’étude concernant la participation potentielle des créanciers bancaires. Vous noterez toute la subtilité du conditionnel que j’ai utilisé avec parcimonie dans cette phrase. En clair, on n’en sait rien mais les marchés étaient tellement avides de la moindre "bonne nouvelle" qu’on ne s’est pas privés de leur en donner.

 

Mais alors à qui profite le crime me demanderez-vous ? Aux spéculat(u)eurs ! En se gavant de CDS (2), ces derniers misent à fond sur la chute des acteurs en difficulté. A titre d’exemple, même si l’attaque contre la France fut relativement de courte durée, la demande de CDS qu’elle a engendrée a été si forte que son prix a dépassé celui… du Brésil et a rivalisé avec celui de la Colombie ! Et pendant ce temps là, la Grande Bretagne (dont la note est passée sous perspective négative) n’est pas inquiétée. Du grand n’importe quoi !

 

Interdiction des ventes à découvert… temporaire !

 

Face à un tel bordel, nos politiques ont pris une décision qui dénote fortement avec leur inefficacité quasi permanente : l’interdiction des ventes à découvert. Rappelons rapidement les mécanismes de ce tour de magie financier. La vente à découvert (ou VàD) consiste à parier sur la chute d’un actif. Concrètement, je vends une action que je ne possède pas encore, j’empoche le prix de cette vente et je n’achète et livre cette action que plus tard, à un jour convenu, en espérant que son cours soit effectivement plus bas afin de réaliser une plus-value. Le règlement est donc différé. Totalement amoral me direz-vous ? Attendez, il y a pire ! Les ventes à découvert "à nu" : l’actif dans ce cas n’est même plus emprunté ! C’est comme souscrire une assurance incendie sur la maison de son voisin : on a dès lors tout intérêt à ce que celle-ci brûle rapidement. Plus nocif et pervers, tu meurs !

 

crisis2

 

Jusqu’ici autorisées, ces ventes à découvert ont contribué aux mouvements de panique observés ces derniers jours. D’où la décision de Paris, Rome, Madrid et Bruxelles de restreindre ces ventes afin de combattre les "fausses rumeurs" qui déstabilisent les marchés financiers. L'Autorité des marchés financiers (AMF), autorité de surveillance financière française, a même décidé d'interdire la vente à découvert de 11 banques et assurances cotées sur le marché français pour une durée de quinze jours. L’Allemagne va même encore plus loin puisqu’elle compte interdire les ventes à découvert à nu à travers l'Europe sur les actions, obligations d'Etat et CDS (1). De son côté, Londres fait de la résistance en indiquant qu’elle n’avait pas l'intention d'interdire les ventes à découvert au Royaume-Uni… pour le moment (comprenez "jamais !"), le régime en cours étant suffisamment transparent (comprenez "totalement dérégulé").

 

La Commission Européenne a salué cette initiative tout en estimant qu'un cadre européen serait plus adapté en la matière… ou pas ! Il est certain que limiter cette interdiction dans le temps et dans l’espace n’apportera qu’un répit très très relatif. Une interdiction pure et simple à l’échelle internationale demeure la seule solution envisageable. Une telle mesure a déjà été initiée en 2008 au plus fort de la crise, sans pour autant mener à une réflexion quant à leur nocivité sur notre économie. Personne n’est dupe, cette interdiction demeurera temporaire et les ventes repartiront de plus belles d’ici la fin du mois.

 

Bientôt sur vos écrans…

 

Le feuilleton de l’été bientôt terminé, quelles seront les prochaines têtes d’affiches ? Pour l’heure, il est clair que la gestion de la dette des pays de l’UE et des USA trustera encore de nombreux prime time. Paranoïaques, les marchés guetteront avec suspicion la mollesse de la croissance du pays de l’oncle Sam et de l’UE. A l’image de la France dont la croissance a été nulle (0,0 %) au deuxième trimestre 2011 après une "vive" progression au premier trimestre (+0,9 %), selon les chiffres de l’Insee. Mais pas de soucis à se faire, François Baroin nous a assuré que l’objectif annuel de 2% de croissance sera rempli. Il a presque réussi à nous faire rire… Alors qu'on ne sait pas si la Grèce va vraiment s'en sortir, on a peur que l'Italie parte en vrille et que la France perde son triple A. Pour preuve le graphique ci-dessous qui nous montre les CDS de la France et de l'Italie. L'ambiance est bonne et par solidarité les français sont sur le point de rattraper l'Italie. Ca doit être ça la french touch...

 

cds_france_italy_2011.gif

[En dépit de son AAA, la France voit le prix de ses CDS grimper. Pour rappel, l’endettement français s’élève à 85 % du PIB, contre moins de 65 % en 2007]

 

US debt forecast[L'évolution de la dette souveraine des USA ne semble guère plus réjouissante que de l'autre côté de l'Atlantique]

 

En clair, les américains ont peur que l'Europe coule à cause de sa dette, les européens ont peur que les USA coulent à cause de la leur… et les chinois sont morts de rire avec leur excédent commercial abyssal. Jusqu'au jour où ils comprendront qu'ils ne reverront jamais leur fric et que même les intérêts, c'est pas sûr. Décidément, cette série me passionne chaque jour davantage. Vivement la prochaine saison !

 

(1) Avertissement quant à une baisse des résultats futurs de l’entreprise.

(2) Credit Default Swap, titre que l’on peut assimiler à une assurance contre un défaut de paiement d’une entreprise ou d’un état.

 


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ferchaud 28/12/2012 18:09


quand j'ai 1000 euros sur mon compte je dépense 1000 euros pas 1050 ou 1100,j'ai pas fait les grandes études pour savoir çà,et létat???????????????