Crise et déficits publics

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Conjuguée à toutes les sauces ces 2 dernières années, la crise a su faire parler d’elle. Seulement voilà, elle a engendré un nouveau terme en passe de lui voler la vedette : déficit public. Et lui aussi n’est pas franchement réjouissant.


En réponse aux crises financière et économique, nombreux furent les Etats à adopter un plan de relance. Face à une situation sans commune ampleur, nul ne peut critiquer ce sauvetage plutôt réussi dans l’ensemble de l’économie mondiale.  Pour autant, le pire est-il derrière nous ? Rien n’est moins sûr puisque la conséquence directe de ces sauvetages, l’accroissement des déficits publics, se fait de plus en plus pressante.


La relance bridée par les déficits ?


De ce point de vue, il est indéniable que la non maîtrise des déficits risque de favoriser une inflation croissante, ce qui conduirait à une hausse des taux d’intérêt à court terme (par les Banques centrales) et long terme (par les marchés financiers). Ce qui, par conséquent, freinerait la relance timidement amorcée. Par ailleurs, la lutte contre le chômage devra être menée de front afin de palier le manque de recettes fiscales et relancer la demande interne. Mais quelles mesures les Etats seront-ils capables de prendre afin de lutter contre le chômage sans aggraver leur déficit ?


Car tous les Etats ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, le déficit public français a-t-il atteint 7,9% du PIB l’année dernière, soit un montant record de 138 milliards d’euros. Et celui de 2010 n’est guère plus reluisant puisqu’il est estimé à 8,2% du PIB. Néanmoins, le gouvernement français prévoit de réduire progressivement le déficit public : 6% du PIB en 2011, 4,6% en 2012 et 3% en 2013, date butoir accordée par Bruxelles afin de revenir au fameux seuil des 3% définis par le traité de Maastricht. Un planning qui s’appuie sur une croissance du PIB de 2,5% par an à partir de… l’année prochaine ! Espérons que la relance tant espérée soit donc au rendez-vous.

 

billet flambé

 

Mais d’autres Etats accusent de plus graves difficultés à l’image du Portugal, de l’Italie ou de l’Espagne. Plus récemment encore, la Grèce inquiète énormément l’Union Européenne : avec un déficit attendu à hauteur de 12,7% du PIB pour l’année 2009 et 9,4% pour 2010, la révélation à la hausse spectaculaire de son déficit public (1) a conduit le pays dans la tourmente. Les agences de notations Standard & Poor’s et Fitch n’ont pas hésité à montrer leur inquiétude, ce qui n’a pas manqué de faire plonger les bourses européennes. En effet, la situation préoccupante de la Grèce constitue une menace pour la solidité de l’économie européenne. Reste que les traités interdisent tout simplement que l’UE ou un Etat membre intervienne auprès d’un Etat en difficulté, chose rendue possible pour tout pays non membres de la zone euro (2). Un paradoxe qui risque de rendre la sortie de crise encore plus délicate pour un pays aux mains d’un nouveau gouvernement socialiste. D’ici là, elle pourrait conduire à la hausse inexorable des taux d’intérêts sur les emprunts obligataires, favorisant un potentiel éclatement de la zone euro. A moins que la BCE n’abaisse son taux directeur ?

 

Un véritable enjeu politique


Outre l’aspect purement financier et économique, la douloureuse question des déficits publics constitue également un véritable enjeu politique. Aux Etats-Unis, elle fait toujours autant débat en cette année d’élections de mi-mandat au Congrès, surtout pour les républicains qui attendent leur revanche face aux démocrates. En Grèce, il s’agira pour le nouveau Gouvernement de tenter de tenir ses promesses (soutient à la consommation notamment) face à un climat social fortement dégradé. Chez nous, le regard se portera du côté des élections régionales du mois prochain et, un peu plus tard, de l’élection présidentielle de 2012. Sur ce dernier point, nul doute que la gestion du déficit public s’avérera décisive pour la majorité.


Au niveau de l’Union elle-même, la gestion des déficits des Etats constitue malgré tout une opportunité : prendre conscience de la nécessité d’un Gouvernement Economique Européen. A l’heure où tous les pays se retrouvent à terre, un pas de plus vers un fédéralisme à l’allemande à l’échelle européenne renforcerait la solidarité au sein de l’UE ainsi que sa place sur la scène politique internationale.


(1) Doublement du déficit public suite à la découverte d’un audit erroné des finances publiques sous l’ancien gouvernement qui avait annoncé un déficit de l’ordre de 6%.


(2) Ce fut le cas par exemple pour la Lettonie, la Hongrie ou encore la Roumanie qui ont reçu d’importantes aides de la part de l’UE.

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Nicolas BOISVILLIERS 03/02/2010 12:10


Concernant l'Europe fédérale, cela reste encore un doux rêve. Néanmoins, comme toute mutation profonde, il faudra du temps à nos politiques pour comprendre que la solidarité européenne devient de
plus en plus une nécessité. La crise et la question des déficits publics contribueront peut-être à changer un peu les idées reçues.

Quant au FMI, il est vrai qu'il serait le mieux à même de voler au secours de la Grèce. Mais après, qui le tour ? L'Espagne, le Portugal et d'autres pays sont dans des situations peu reluisantes.
Il serait peut-être temps pour l'UE de revoir quelque peu son modèle.


BA 03/02/2010 10:31


Vous oubliez deux choses.

1- Première chose : les chefs d'Etat des 27 pays membres de l'Union Européenne NE veulent PAS d'une Europe fédérale.

Dernier exemple en date :

Le Canard Enchaîné, mercredi 25 novembre 2009, page 2 :

Les " tocards " de Bruxelles.

" Ce qu'Angela et moi voulions, a confié Sarkozy à ses visiteurs proches, c'était deux personnalités qui ne feront pas obstacle aux ténors européens. C'est pour ça qu'on s'est mis d'accord sur deux
tocards. "

2- Deuxième chose : la BCE n’a pas le droit d’accorder des prêts à un Etat membre de l’Union Européenne.

C’est l’article 123 du traité de Lisbonne :

“Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ciaprès dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit
aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics
des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. ”

Conclusion : l'organisme qui peut aider la Grèce, c'est le FMI.

C'est d'ailleurs une des missions les plus importantes du FMI : secourir les Etats en difficulté financière.