Crise : Europe, déficits publics, Grèce, euro et cie

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Crise en Grèce, plans d’austérité, marchés apeurés, euro en perte de vitesse… Voilà 6 mois que le pays hellénique a initié (officiellement) la crise des déficits publics. Et celle de l’Europe également. L’occasion de faire le point sur cette crise et de tenter d’entrevoir les issues possibles.

 

La volonté première de ce blog est le partage de connaissances sur l’actualité financière et économique. J’ai tenté de rendre celle-ci accessible et différente de celle que l’on peut lire sur le net. Pour autant, plusieurs remarques m’ont été faites quant à la difficulté d’appréhension de certaines notions. Notamment en ce qui concerne la crise grecque. Me pliant avec joie à leurs revendications, voici une synthèse de la situation :

 

1- Origines de la crise : déficit public à la hausse et spéculation

 

D’une manière totalement irresponsable, la Grèce a menti en livrant de fausses statistiques. En l’espace d’un an et demi, son déficit public (1) est passé de 6 % à près de 13 %. La dette publique (2) devrait ainsi atteindre 133 % du PIB en 2010 et continuer à progresser jusqu'à 149 % en 2013, avant de commencer à baisser en 2014, à 144 %.

 

Face à des échéances importantes qu’elle ne pouvait alors plus honorer, le pays se tourna naturellement vers les marchés afin d’emprunter. Devant l’urgence de financement, les taux se sont naturellement vite envolés, profitant ainsi de la détresse du pays qui n’avait dès lors plus le choix.

 

2- Quand les agences de notation s’en mêlent

 

La situation plus que précaire de la Grèce face aux marchés n’a rassuré personne. Pour ne rien arranger, les agences de notations, chargées d’évaluer entre autres la note souveraine des Etats (c’est-à-dire leur capacité à rembourser leurs emprunts), ont abaissée celle de la Grèce. Les marchés ont peur, les taux d’emprunt sur les marchés financiers ne cessent de grimper. En d’autres termes, plus le risque de ne jamais se voir rembourser son prêt augmente, plus les taux progressent, contre-partie de ce risque financier.

 

3- Absence d’action concertée de l’Europe

 

Acculée, la Grèce appelle au secours et demande l’aide de l’Union Européenne. En effet, plus les taux grimpent, plus sa dette progresse, plus la confiance dans le pays se détériore, plus les taux grimpent… Le cercle vicieux. Reste que pendant plusieurs mois, l’UE se montrera incapable de relever le défi : enchainant les « sommets européens », l’euro groupe (ensemble des ministres des finances de la zone euro) peine à trouver une solution. Pis encore, l’Allemagne refuse catégoriquement d’aider financièrement la Grèce, contrairement à la France. Cette absence de cohésion va contribuer à creuser la lente descente aux enfers des grecs. Ces derniers lancent un dernier appel vers le Fonds Monétaire International.

 

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4- Réaction de la Grèce

 

Afin de rassurer les investisseurs, le Gouvernement grec socialiste met sur pied plusieurs mesures d’austérité : augmentation de la TVA, diminution des salaires des fonctionnaires, baisse des prestations sociales… Pour autant, le pays continue d’emprunter à des taux ahurissants : plus du triple de ce que donne l’Allemagne !

 

Finalement, un accord de principe est trouvé au sein de l’UE. La Grèce bénéficiera bien d’une aide. Le recours au FMI (organisme américain) n’est cependant pas écarté, rendant ainsi peu rassurant le discours de nos dirigeants.

 

5- Rumeurs de contagion à l’ensemble de la zone euro

 

Suite à des rumeurs plus ou moins fondées, les bourses prennent peur au regard d’un plan de sauvetage jugé peu convainquant. Les agences de notation refont surface et dégradent la note du Portugal et de l’Espagne. Le risque de contagion à l’ensemble de l’Europe apparaît. La panique envahit les marchés. L’euro chute alors très lourdement, les investisseurs n’ayant plus confiance dans la monnaie d’une Union Européenne totalement dépassée par les évènements.

 

6- Plan de sauvetage adopté

 

L’UE valide finalement un plan d’aide pour la Grèce : c’est ainsi que 110 milliards d’euros ont été mis à sa disposition sur trois ans (80 millions par l’union Européenne, 30 millions par le FMI). Les marchés remontent. L’euro se stabilise.

 

Et après ?

 

Les économies réalisées par le gouvernement grec devront atteindre 30 milliards d’euros sur trois ans. Cet objectif devrait permettre de faire revenir le déficit grec sous le seuil européen autorisé de 3 % du PIB d'ici 2015. Néanmoins, les inquiétudes se concentrent ailleurs : face à un chômage grandissant et une croissance très faible due au plan de rigueur, comment la Grèce réussira-t-elle à augmenter ses recettes fiscales ? La question se pose plus largement à l’ensemble de la zone euro.

 

Cette crise, qui est loin d’être terminée, a mis en évidence le fossé qui sépare les pays du nord et du sud de l’Europe. Afin de sauver l’euro, il appartient à nos dirigeants de bâtir une véritable Europe sociale commune, sans quoi les divergences profondes entre nos pays risquent de faire éclater à terme le doux rêve européen.

 

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Pour plus de détails

 

- Crise : après la Grèce, nouvelles inquiétudes sur l’Espagne (05/05/10)

- Crise grecque : début de contagion, fin de l’Europe ? (28/04/10)

- Tensions sur la situation grecque : les marchés s’effondrent ! (09/04/10)

- Crise : l’euro, nouvelle victime de la crise grecque (26/03/10)

- Crise : l'UE abandonne la Grèce au FMI (19/03/10)

 

(1) Solde annuel négatif entre des ressources et des dépenses des administrations publiques (Etat, collectivités territoriales et administrations de Sécurité sociale)

 

(2) Ensemble des engagements financiers pris par les administrations publiques (Etat, collectivités territoriales et administrations de Sécurité sociale). La dette augmente donc à chaque fois qu’un déficit public est financé par emprunt.

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