Crise grecque : début de contagion, fin de l’Europe ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La crise grecque a entamé une nouvelle phase : celle de la contagion. Après la Grèce, c’est au tour du Portugal et de l’Espagne de voir leurs notes souveraines dégradées. Conséquences : l’euro chute lourdement et les marchés financiers plongent. Assiste-t-on à la fin de l’Europe ?

 

Mardi 27 avril 2010, l’agence de notation Standard & Poor’s annonce avoir rétrogradé, une fois encore, la note souveraine de la Grèce : rabaissée à « BB+ », le pays se voit passer dans la catégorie spéculative dite « junk » (1). Mettant en avant les « difficultés politiques, économiques et budgétaires auxquelles est confronté le gouvernement grec dans ses efforts pour redonner au fardeau de la dette publique une trajectoire baissière soutenable », le communiqué de l’agence laisse envisager la possibilité d’une nouvelle dégradation.

 

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Concomitamment, Standard & Poor’s jette de l’huile sur le feu en s’attaquant au Portugal : pointant du doigt les risques budgétaires accrus" auxquels sont confrontées les autorités portugaises, la note du pays passe de « A+ » à « A-». Une annonce brutale suivie d’une seconde victime : l’Espagne. Face à des perspectives de croissance plus faibles que prévues, le pays voit sa notation chuter d’un échelon (« AA+ » à « AA »). Une correction minime, certes, mais qui pourrait s’aggraver à l’avenir.

 

Sévère correction pour les places boursières et l’euro

 

Toutes les places boursières européennes ont réagi très sévèrement suite à ces annonces sans précédent : -5,36% à Lisbonne, -4,19% à Madrid, -3,34% à Bruxelles… Aujourd’hui, le CAC 40 a clôturé sous les 3 800 points, niveau atteint le 1er mars dernier. L’ampleur de la crise européenne est telle qu’elle a même affecté les bourses américaines et asiatiques. Premières touchées, les valeurs bancaires ont beaucoup souffert : -7,02% pour BNP-Paribas, -6,02% pour la Société Générale ou encore – 6,42% pour le Crédit Agricole. Des scores en partie dus aux annonces des autorités américaines concernant la réforme financière du président Obama.

 

L’euro quant à lui n’en finit plus de dégringoler. La monnaie unique, reflet de la santé de la zone euro et de l’Europe en général, a atteint son plus bas niveau depuis un an, retombant à 1,3135 dollar. Faut-il rappeler qu’au début de l’année, il valait encore plus de 1,45 dollar ?

 

Défaut de paiement : la Grèce en sursis ?

 

La situation de la Grèce ne cesse de se détériorer : le gouverneur de la Banque Centrale Grecque, Georges Provopoulos, a annoncé qu’un recul du PIB de plus de 2% en 2010 était envisageable. De même, la récession ainsi que le déficit public pourraient eux aussi être révisés à la hausse, l'incertitude entourant le redressement de l'économie du pays étant grande. Le taux de chômage pourrait atteindre les 11% pour cette année. Enfin, la dette publique a grimpé à 115,5% du PIB l'an dernier.

 

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Une crise qui s’intensifie au regard des marchés, les taux grecs à 10 ans ayant dépassé la barre des 11% hier avant de redescendre sous les 10%. De son côté, le Bund à 10 ans, obligation allemande servant de référence, a vu son rendement passer de 3,046% à 2,931%. Un seuil qu’il n’avait pas franchi depuis mars 2009, en pleine période de crise financière, et qui prouve la fuite des investisseurs vers des placements moins risqués. La prochaine échéance qui retient toutes les attentions est celle du 19 mai, date à laquelle une obligation grecque souveraine d'une valeur de 9 milliards d'euros arrive à échéance. Sans aide directe et rapide de la part de l’Union Européenne, la Grèce se verrait dans l’obligation de se déclarer en défaut de paiement. Un scénario catastrophe inimaginable politiquement mais tout à fait réalisable économiquement (2).

 

Union désunie

 

Depuis de très (trop) longues semaines, l’absence de réponse claire, précise et concertée sur l’aide apportée à la Grèce ne cesse de renforcer chaque jour davantage la crise. Et ce ne sont pas les nombreux sommets européens et autres discours du FMI qui ont changé quoi que ce soit. Ce qui n’empêche pas Herman Van Rompuy, président de l’Union Européenne, de convoquer les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro autour d'un sommet extraordinaire vers le 10 mai. Encore un meeting, encore trop tard. Les marchés n’attendent pas messieurs. Face à une Angela Merkel sourde aux appels de détresse de ses pairs et des dirigeants européens déconnectés de la réalité, on en vient à se demander comment ceux-ci peuvent encore croire sauver le pays avec une « simple » enveloppe de 30 ou 40 milliards d’euros ?

 

La crise a débuté sa contamination avec le Portugal et l’Espagne. Suivront sans aucun doute l’Irlande et l’Italie, ce n’est qu’une question de temps. L’euro n’a pas fini de s’écrouler. Et si après venait le tour de l’Allemagne ? Et si demain c’était… la France ? L’agence de notation Fitch a ainsi mis en avant sa crainte de dérive budgétaire française qu’elle estime significative, tout en pointant du doigt le  « peu de mesures importantes de réduction des dépenses jusqu'ici annoncées ».. Aucun pays n’est à l’abri !

 

Car cette crise n’est pas tant une crise des déficits publics qu’une crise de gouvernance de la zone euro. Il est impératif d’épauler la Grèce dès aujourd’hui mais il est tout aussi nécessaire de voir plus loin afin de sauver le rêve européen.

 

 

(1) En anglais, junk signifie camelote, mauvaise qualité, pourri.

 

(2) Scénario imaginé par Nicolas BARRE dans son article « Grèce : le scénario de la faillite ».

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