Crise : l’euro, nouvelle victime de la crise grecque

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Avec un plus bas à 1,3279 dollar, l’euro est retombé à un seuil qu’il n’avait plus tutoyé depuis presque un an. Une situation due au manque d’ambition des pays de l’UE dans leur intervention pour sauver la Grèce qui aura de lourdes conséquences.


Les investisseurs et les marchés retiennent leur souffle face aux négociations européennes sur la sortie de crise de la Grèce. Le simple abaissement de la note attribuée au Portugal par l’agence de notation Fitch (de "AA" à "AA-") a suffit à les rendre fébriles, faisant ainsi plonger la Bourse et l’euro. Quelles conséquences cette nouvelle baisse de l’euro a-t-elle pour notre économie ?


Accord sur le plan d’aide à la Grèce


Après des semaines d’incertitude et d’absence d’engagement clair, les pays de la zone euro ont adopté à Bruxelles un plan de soutien afin de venir en aide aux pays en difficultés budgétaires. La France et l’Allemagne se sont donc mis d’accord sur les principales modalités à adopter afin de porter secours à la Grèce. Malheureusement, celui-ci n’apporte aucune précision quant aux rôles de la zone euro et du FMI. Un accord qui ne rassure guère en définitive, et ce d’autant plus après les propos de Jean-Claude Trichet (président de la BCE), qui juge comme "très, très mauvais" le fait que les pays de la zone euro se défaussent de leurs responsabilités en se tournant vers le FMI. L’euro rechute de plus belle.


sarkozy zapatero papandreou merkel

 

En définitive, l'euro baisse au profit du dollar qui, mécaniquement, voit son cours grimper. Une bonne nouvelle pour notre balance commerciale, l’euro devenant davantage compétitif face au billet vert. Une bonne nouvelle également sur le front de l’or noir : la hausse du dollar a entrainé la chute du pétrole qui recule de plus de 1 dollar afin de redescendre vers les 80 dollars le baril

 

L’avenir de la zone euro en jeu


Personne ne s’y trompera, il y a beaucoup plus en jeu dans cet accord que ce qui va arriver à la Grèce à court terme. La zone euro traverse en ce moment sa (première ?) grande crise. Il est devenu indispensable pour celle-ci de redéfinir les règles du jeu afin de restaurer sa crédibilité mise à mal ces dernières semaines. La Grèce est peut-être l’arbre qui cache la montagne, au vu des nombreuses critiques adressées aux "PIGS" (Portugal, Italy, Greece, Spain). Assurément, elle constitue la parfaite expression de l’absence de politique commune au niveau européen dans la construction de l’euro. C’est ainsi que les fondements mêmes de la zone ont tous été remis en question, depuis la sortie d’un état membre à l’inutilité du pacte de stabilité (aucune sanction prévue n’a été appliquée).

Sur ce point, l’Allemagne souhaite un durcissement dudit pacte : non réfractaire à l’idée d’aider la Grèce avec l’appui du FMI, Berlin exige surtout des règles plus strictes en matière de déficits publics, voire de priver de droits de vote les Etats fautifs. La question de l’exclusion d’un pays de la zone euro n’est par ailleurs pas écartée, preuve s’il en fallait que la politique de la monnaie unique se doit de changer.

 

europe_drapeau.jpg

 

Pour autant, la grande inconnue de cette nouvelle équation est la volonté de l'Allemagne quant à poursuivre l'aventure de l'euro. Ses partenaires devront alors la convaincre de sa présence indispensable, tant dans leurs discours que dans leurs actes. L’avenir de la zone euro toute entière en dépend. La BCE s’est lancée la première en prolongeant "au delà de 2010" les critères assouplis imposés aux banques en échange de liquidités, ce qui a permis de diminuer le coût du financement de l’Etat grec. Simple sursis de toute évidence. La nécessité de créer une institution spécifique chargée de gérer la zone euro (autre que la BCE) se fait de plus en plus pressante chaque jour. Malgré cela, les logiques partisanes risquent fort de compliquer les choses, l’Europe étant divisée sur la question ô combien essentielle de la solidarité européenne (cf. "Sondage: les Européens divisés sur une aide à la Grèce").

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Nicolas BOISVILLIERS 05/05/2010 21:56


Les rumeurs liées à l'Espagne n'ont pour but que de participer à une baisse de l'euro, favoriser les ventes à découvert. Même si la situation du pays ne figure pas parmi les meilleures, ce sont
avant tout les chiffres du chômage qui ont inquiéter les investisseurs. On ne peut décemment pas la comparer à la Grèce qui cumule croissance faible + déficit public énorme. Le problème vient de
là.

Néanmoins, le manque de cohésion dans le discours de nos représentants européens a favorisé cette situation. Il sera dur de s'en défaire tant la crédibilité de la zone euro a été mise à mal. Tout
l'inverse de l'économie américaine qui repart vers le chemin de la croissance.

L'euro n'est pas mort. Il est même plus sain puisqu'il retrouve des seuils plus proches de l'équilibre, la parité avec le dollar étant de nouveau d'actualité. En espérant que cela favorise nos
exportations.


Achat Or 05/05/2010 19:30


L'or qui a connu son point culminant en dollars le 3 mai en ayant coté jusque 1.192 $ l'once est ce matin en repli à 1.168 $, soit plus ou moins 28.900 € le kilo. C'est principalement la baisse de
l'euro qui entraine la hausse de l'Or.



Selon « LES ÉCHOS » Les marchés ont connu un nouvel accès de fièvre. Après les doutes sur l'activation du plan d'aide à la Grèce et les abaissements de note sur plusieurs dettes souveraines en
Europe, l'étincelle est venue hier de rumeurs concernant l'Espagne. Selon l'une d'elles, le pays aurait appelé le Fonds monétaire international et l'Union européenne à la rescousse, pour un prêt de
280 milliards d'euros, supérieur à celui accordé à Athènes. D'autre part, les agences de notation se prépareraient à sévir sur la note de crédit. Cette dernière rumeur a été démentie par Standard
& Poor's, Moody's et Fitch. Quant à la demande d'aide, le Premier ministre espagnol a affirmé qu'il s'agissait d'une « absurdité énorme » et le FMI a fait chorus en fin de journée. Sans
parvenir à calmer l'embrasement.

Un peu partout dans le monde, les marchés ont flanché. De son côté, l'euro, fragilisé depuis lundi, a plongé à son plus bas niveau depuis un an en soirée, à 1,30 dollar, passant même, sans y
demeurer, sous ce seuil. Joseph Stiglitz, le prix Nobel d'économie, a estimé que la monnaie unique était gravement menacée. « Les conditions excessivement dures imposées (à la Grèce) seront
contre-productives pour prévenir une contagion », a-t-il aussi déclaré.


Pierre 02/04/2010 11:56


Bon article qui met en avant la lacheté de nos "têtes pensantes". Tout le monde se gausse d'avoir trouvé un compromis pendant que la population grecque plonge inexorablement dans une crise profonde
dont elle se serait bien passée.

Ou comment se faire de l'argent sur le dos des nécessiteux via des taux obligataires déraisonnablement élevés.