Crise profonde de la zone euro : de qui se moque-t-on ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Après avoir perdu plus de 4,5% sur la seule séance de vendredi dernier et frôlé la barre des 3 500 points, le CAC 40 reprend aujourd’hui des couleurs. Bien malin est celui qui peut prédire les fluctuations des marchés ces derniers jours. Pour autant, on ne peut pas dire que ces derniers soient devenus fous. Bien évidemment, la Grèce et les déficits publics des pays de la zone euro sont à prendre en considération mais pas seulement.

 

Malgré le plan d’aide de 750 milliards d’euros accordé à la Grèce la semaine dernière, les investisseurs sont restés inquiets face aux incertitudes liées aux déficits des pays en proie aux difficultés. Grèce en tête (qui a vu ses taux obligataires remonter progressivement) mais aussi Espagne ou Portugal. Conséquences : toutes les places boursières plongent, que ce soit à Paris, Londres, Madrid ou même New York ou Tokyo. De son côté, la devise européenne s’effondre littéralement : en perdant 4% de sa valeur, l’euro tombe vendredi à son plus bas niveau depuis un an et demi, autour de 1,2350 dollar.

 

L’avenir de l’euro en question

 

L’une des raisons de la défiance accordée par les investisseurs envers la zone euro est la question de l’avenir de la monnaie unique. Paul Volker, conseillé économique à la Maison Blanche, a ainsi contribué au mouvement de panique en remettant l’euro en question jusqu’à sa potentielle "désintégration". Des propos plutôt inhabituels de la part d’un haut responsable américain. De son côté, Jean-Claude Trichet (1) place la responsabilité de la chute de l’euro davantage sur les gouvernements européens que sur les marchés financiers. Autant de critiques et d’annonces peu rassurantes mais terriblement vraies.

 

euro

 

Car ce qui inquiète le plus, ce n’est pas tant la baisse de l’euro. Au contraire, même si elle s’apparente à un signe de faiblesse de l’Union Européenne, la chute a permis un réajustement sain de la monnaie unique face au billet vert. Trop longtemps surévalué, l’euro retrouve ainsi une compétitivité qu’il n’a connu qu’à ses débuts. Une véritable aubaine pour l’économie européenne, plus qu’en panne face à une demande intérieure moribonde. Non, ce qui inquiète en réalité, c’est la dynamique de cette baisse. A savoir sa rapidité (-15% en l’espace de moins d’un semestre ; -6% la semaine dernière) et sa cause (la potentielle disparition de l’euro).

 

A chacun sa solution

 

Que faire afin de sortir la zone euro de la crise des déficits ? Chaque pays, chaque organisme y va de sa propre analyse et tente d’imposer sa vision des choses. De manière plus ou moins probante, plus ou moins acceptée.

 

1 - La Banque Centrale Européenne

 

Jean-Claude Trichet préconise un renforcement du contrôle des budgets gouvernementaux : "Nous devons faire un bond en avant dans la surveillance mutuelle des politiques européennes en Europe. Nous avons besoin de meilleurs mécanismes pour prévenir et sanctionner les écarts de conduite." "Il nous faut une mise en œuvre efficace du contrôle mutuel, nous avons besoin de sanctions efficaces pour les atteintes au Pacte de stabilité et de croissance. La BCE réclame ici de profonds changements."

 

Il est en effet bon de rappeler que le Pacte de stabilité impose aux états membres de contenir leurs déficits jusqu’à 3% du produit intérieur brut (PIB). Sous peine… d’amende !!! Quelle riche idée que de pénaliser un pays déjà trop endetté… Une situation que connait malheureusement la Grèce dont le déficit dépasse de quatre fois plus haut ce seuil.

 

2 - La Commission européenne

 

Elle a proposé mercredi dernier un contrôle a priori des projets de budgets nationaux et demandé un arsenal de sanctions accru pour les pays trop laxistes. Une solution qui ne plait guère, depuis la France jusqu’à la Suède qui y voient une (nouvelle) immixtion au sein de leur pouvoir souverain.

 

3 - L’Autriche

 

Josef Pröll, ministre des finances, estime qu’il appartient à l'Union d’imposer des limites aux pays membres en matière d'endettement. Cela "se traduirait par un plafonnement clair des nouveaux emprunts, par une discipline budgétaire stricte et par des budgets équilibrés en Europe".

 

4 - L'Allemagne

 

Le pays devrait présenter prochainement à l'Union européenne une initiative en faveur d'un programme concerté de réduction des déficits dans la zone euro, lors d'une des prochaines réunions de l'Eurogroupe (ministres des finances de la zone euro). Jusqu’ici, l'UE n'a fait avec ses plans de soutien que "gagner du temps pour que les disparités en termes de compétitivité et d'écarts de déficits entre les pays de la zone euro soient réglés", a estimé Angela Merkel.

 

Sommet_dirigeants_europeens.jpg

 

D’autres théories ont été mises en avant : création de 2 dettes distinctes (en fonction des pays), création d’un marché obligataire unique (afin d’enrayer l’envolée des taux en Grèce), interdiction de tout déficit budgétaire à chaque pays membre, création de 2 euros (euro du nord, euro du sud), etc… Autant d’idées qui ne font que mettre en avant les très fortes disparités entre pays du nord et du sud de l’Europe. Pays "développés" et pays "émergeants".

 

Hypocrisie ambiante

 

La gestion de cette crise est incontestablement un énorme fiasco ! Comment les pays membres pouvaient-ils croire un instant qu’une "simple" enveloppe adressée à la Grèce suffirait à apaiser les tensions ? L’heure semble ne plus être au travail d’équipe mais aux considérations partisanes. Avec une Angela Merkel qui retourne sa veste sitôt les élections passées ou encore un Nicolas Sarkozy qui menace de sortir la France de la zone euro (propos démentis entre temps), quelle crédibilité entendent donner nos dirigeants à l’Europe ?

 

Il est indéniable qu’une gestion drastique des déficits s’impose. Mais en instaurant des plans d’austérité, la Grèce, l’Espagne, le Portugal et maintenant l’Italie brident une croissance déjà bien trop faible. Les Etats-Unis, pourtant lourdement endettés eux aussi, s’en sortent pourtant plutôt bien grâce à une demande intérieure relancée. Espérons que le renchérissement du dollar face à l’euro stimule notre compétitivité et notre croissance, c’est là la seule bonne nouvelle depuis de nombreuses semaines…

 

(1) Président de la Banque centrale européenne

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Nicolas BOISVILLIERS 20/05/2010 20:22


Je ne détiens malheureusement pas la sacro sainte vérité. Mais il est indéniable que sortir le chéquier est bien plus facile et percutant que d'engager une réforme globale de la gouvernance
européenne. A 27, les décisions s'avèrent plus délicates à prendre, d'autant plus au vue des disparités entre pays du nord et du sud de l'Europe.


actubourse 20/05/2010 19:14


Bonne question ???

Si tu a la reponse je veux la connaître
bon courage et bon trade

cordialement
actubourse