Déficits publics : l’Italie en sursis

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Décidément, le problème des déficits publics n’en finit plus de contaminer l’Europe : Grèce, Espagne ou encore Portugal, tous les pays de l’Union Européenne sont concernés sans exception. Et à y regarder de plus près, un autre pays risque de faire parler de lui : l’Italie.

 

Cette année marque le début d’une vague de termes d’échéances pour bon nombre de pays de la zone euro. La Grèce en fut la première victime : face à des bons du trésor arrivés à terme qu’elle devait honorer, elle n’eut d’autres choix que de se financer sur les marchés financiers. Emprunter pour rembourser des emprunts, une mécanique que connaissent bien (trop) les pays développés (à commencer par la France). Problème : face à des déficits publics bien plus élevés que ceux annoncés, les investisseurs ont fait gonfler les taux d’intérêts afin de se prémunir de risques accrus. La suite, on la connait : plan d’aide de l’UE et du FMI conjugué à un plan de rigueur national.

 

Le Portugal et l’Espagne ont également lancé des plans d’austérité afin de contenir leurs dépenses publiques. Petit récapitulatif du trio européen champion des déficits :

 

1- La Grèce

 

chart greece

 

Le pays doit faire face à d’importantes échéances jusqu’en 2014, avant d’entamer une décrue. Mais les marchés auront-ils toujours confiance en sa capacité de remboursement ?

 

2- L’Espagne

 

chart spain

 

76,5 milliards d’euro d’ici la fin de l’année, suivis de 84 milliards en 2011 et encore de 61,2 milliards en 2012. L’Espagne ne fait pas dans la dentelle. Pourtant, elle n’est pas la plus à plaindre.

 

3- L’Italie

 

chart italy

 

Avec plus de 600 milliards à débourser en l’espace de moins de 3 ans, l’Italie est de loin le pays le plus en proie aux difficultés de financement. Jusqu’en 2012, ses engagements représentent ainsi environ un tiers du PIB du pays (chiffre évalué par The World Bank), face aux 27% de la Grèce et « seulement » 17% de l’Espagne.

 

Déficits publics : la grande hypocrisie mondiale ?

 

Pourtant, en prenant la zone euro dans son ensemble, on s’aperçoit que le niveau des déficits publics est moins élevé qu’aux Etats-Unis, au Royaume-Unis ou encore au Japon (180% du PIB !). Paradoxalement, c’est bel et bien la zone euro qui est attaquée sur un problème de soutenabilité de ses finances publiques car il existe des divergences au sein de l’Union. Et ce manque de solidarité, ces défaillances institutionnelles, ont bien été décelés par les marchés. Résultat : les taux d’intérêts n’en finissent plus de creuser les écarts entre les pays membres de l’UE. Illustration via les taux à 10 ans :

- Espagne : 4,604 %

- Irlande : 5,149 %

- Portugal : 5,20 %

- Grèce : 8,141 %

 

Tous ces pays voient leurs taux s’envoler tandis que l’Allemagne voit les siens baisser : 2,563 % aujourd’hui. Un différentiel intenable à moyen-long terme. Car au final, le vrai problème est celui de la solidarité mais aussi de la gouvernance économique et politique de croissance inexistantes. Et, derrière tout cela, le risque d’une nouvelle récession.

 

Des efforts sont pourtant consentis afin de faire bonne figure et rassurer les marchés : tous les pays membres de l’UE se sont engagés aujourd’hui même à réduire leurs dettes, au plus tard l’année prochaine. Une bien belle déclaration mais qui manque cruellement de perspective et de coordination. Autre annonce d’effet est le pouvoir conféré à l’agence européennes de statistiques Eurostat d’examiner les comptes publics nationaux, afin d’éviter un nouveau cas grec.

 

La zone euro est mal menée depuis plusieurs mois. En l’espace d’un semestre, l’euro a perdu plus de 20% de sa valeur face au dollar, tombant aujourd’hui à 1,19$. Ce qui n’empêche pas l’Union de poursuivre son élargissement avec l’arrivée prochaine de l'Estonie qui devrait devenir le 17e membre dès l’année prochaine. Toute comme la Hongrie qui souhaite adopter l’euro en 2013 alors que le pays inquiète sérieusement l’Union Européenne. Face à des statistiques économiques douteuses, cette dernière envisage d'y envoyer « prochainement » une mission d'enquête. Une nouvelle qui a fini d’achever les places financières…

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