Déficits publics : restrictions budgétaires VS croissance

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la semaine fut bien chargée. Entre les fluctuations records des indices boursiers face aux inquiétudes toujours persistantes des investisseurs et les divergences au sein de la zone euro, la crise budgétaire bat son plein. Et à l’heure de tirer les leçons de cette période d’excès, les perspectives s’avèrent peu réjouissantes. Ou quand restrictions budgétaires et croissance ne font pas bon ménage…

 

Faisons tout d’abord un rapide résumé de la semaine : l’indice parisien chute de plus de 3,6% sur les 5 jours tandis que les places américaines ont toutes perdu près de 6% sur 4 jours (le Dow Jones repassant momentanément sous la barre des 10 000 points) avant de se ressaisir hier. Les raisons de cet orage restent pourtant inchangées :

 

1 - Division au sein de l’Union

 

Les dirigeants de la zone euro ont une fois encore souligné leur manque d’unité dans la gestion de la crise. L’Allemagne a ainsi continué à se la jouer solo via l’annonce de l’interdiction des ventes à découvert (1) sur les emprunts d’Etat de la zone euro. Le Conseil de l’UE et la Commission européenne ont critiqué cette position, tout comme Paris. "Il me semble qu'il faudrait quand même solliciter l'avis des Etats considérés et concernés par la mesure", dixit Christine Lagarde. Pour autant, Angela Merkel n’a pas bronché et a campé sur ses positions, exigeant même l’UE d’accélérer la supervision des marchés financiers. Sans quoi le pays prendra seul les décisions qui s’imposent.

 

Il faut cependant préciser que, malgré l’adoption du plan massif d’aide à la zone euro, la cote du Gouvernement allemand ne cesse de se dégrader. Devant faire face au mécontentement grandissant de la population refusant de "payer pour les autres" et aux députés exigeant plus de régulation en contrepartie de l’aide apportée, la chancelière allemande a alors soufflé le chaud et le froid. Au point de ne satisfaire personne.

 

2 - Croissance revue à la baisse

 

Conséquence directe des mesures de rigueur adoptées afin de contenir les dépenses publiques, le gouvernement espagnol a nettement abaissé son estimation de croissance pour cette année. Ainsi, le PIB du pays ne devrait progresser que de 1,3% contre une précédente estimation de 1,8%.

 

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Une annonce qui ne rassure pas, même si elle ne surprend guère. La question de la croissance de la zone euro va s’avérer capitale dans les mois à venir. Quand bien même l’euro retrouve une parité plutôt saine avec le dollar américain, cela inquiète fortement les investisseurs à l’heure actuelle.

 

3 - Réforme financière adoptée aux Etats-Unis

 

Le Sénat américain a approuvé jeudi dernier la fameuse réforme si chère au président Obama. Présentée comme la plus importante refonte du système de régulation financière américain depuis les années 1930, ce texte vise à éviter toute nouvelle crise financière. Parmi les mesures les plus contestées, celle visant à empêcher le sauvetage des institutions financières aux frais du contribuable. Pas de quoi rassurer les marchés.

 

Renforcement exacerbé des sanctions

 

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à vouloir plus de rigueur. Suite à la réunion de l’Eurogroupe (ministres des finances de la zone euro) hier, un consensus semble se dessiner quant au renforcement des sanctions envers les pays ne respectant pas les règles européennes en matière de déficit. Concrètement, 4 pistes sont validées :

 

- règles budgétaires plus rigoureuses,

- meilleure convergence des politiques économiques,

- mise en place d'un mécanisme de résolution et de gestion des crises,

- renforcement de la gouvernance économique.

 

L’Allemagne va plus loin et propose de durcir le pacte de stabilité (2) en imposant une l'équilibre budgétaire, tel qu’il est désormais inscrit dans sa Constitution. Elle souhaite aussi de nouvelles sanctions pour les mauvais élèves : blocage des subventions européennes, suspension des droits de vote au niveau de l'UE ou encore mise en faillite des états les plus endettés (en d’autres termes, exclusion du pays de la zone euro !). Des mesures (trop ?) fortes mais qui semblent occulter bon nombre de paramètres.

 

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Europe cherche croissance désespérément

 

La volonté de réduire à tout prix les déficits publics est-elle une bonne avancée ? Pas si sûr. L’idée de dresser un objectif de déficit public à l'horizon d’un mandat électoral n’est qu’une redite des lois de finance pluri-annuelles déjà existantes. L’exercice serait utile mais extrêmement difficile à contrôler : comment évaluer ce qui relève du déficit conjoncturel (3) et du déficit structurel (4) ? Surtout en cette période de crise. Le risque résiderait là encore dans la transparence des chiffres et la répartition opérée par les politiques. Figer un budget reviendrait donc à figer une croissance. On le sait, certains investissements ne sont rentables qu’à long terme : recherche, santé, éducation, etc. …

 

Mais la question centrale reste celle de la relance économique en Europe : le déficit d’activités de la zone euro risque de s’accentuer face à l’absence de solidarité concrète entre les pays membres. La baisse de l’euro face au billet vert rend l’Europe plus compétitive mais ne résout en rien les divergences en matière de politiques économiques. Chômage en hausse, prestations sociales en baisse… Trop d’austérité pourrait conduire à une nouvelle récession. Ce qui ne permettrait pas, au final, de réduire les déficits publics.

 

(1) Rendue possible grâce au Système de Règlement Différé (SRD), la vente à découvert consiste à vendre certains titres que l’on ne possède pas en espérant les racheter plus tard à un court moins élevé. La différence devant correspondre à une plus-value.

 

(2) Pacte qui prévoit, entre autres, que le déficit public d’un pays ne peut excéder 3% du PIB.

 

(3) Recettes fiscales inférieures et/ou dépenses sociales supérieures aux attentes, du fait d’une croissance économique inférieure à ce qui était prévu.

 

(4) Il correspond au déficit budgétaire que l’on observerait en cas de croissance à taux constant, c’est-à-dire corrigé des variations de la conjoncture.

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Nicolas BOISVILLIERS 24/05/2010 23:30


@ Guerrier :

Pour bien comprendre la situation grecque, il faut se resituer dans le contexte pré-crise. L'ancien gouvernement conservateur (de 2004 à 2009) a mené durant son mandat une politique d'endettement
fort. Durant cette période : +10% de fonctionnaires, retraites et salaires augmentés de +30%. La croissance étant de la partie, la Grèce pouvait emprunter à des taux très attractifs puisque le pays
faisait partie de l'UE.

Lorsque la crise des subprimes (dont les hedges funds sont un des responsables) a éclatée, la croissance s'est brutalement stoppée. Impossible pour le pays de continuer d'emprunter comme il en
avait l'habitude alors que la récession s'installait.

Le coup de marteau fut enfoncé lorsque le nouveau Gouvernement a révélé que le déficit réel de la Grèce n'était pas de 3,7% mais de 12%.


Très bonne question à laquelle j'espère avoir répondu clairement. S'il y a des sujets que vous souhaitez voir traités, n'hésitez pas à m'écrire ou à déposer vos propositions en laissant un
commentaire.

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Cordialement,


actubourse 24/05/2010 09:13


Pour ceux qui aime les théories, il doit surement y en avoir des dizaines en revanche pour les prof du secteur, il n'est pas utile de chercher plus loing que son nez.

Oui certains pays sont endettés (beaucoup même)
d'ou la chute de l'euro par rapport au dollars.

les agents cherchent toujours à gagner plus d'argent donc avec les instruments financiers actuels nous misons sur la baisse d'une va en l'occurence l'euro ce qui ne fait qu'accentuer cette chute et
rapporte toujours plus d'argent.

eN pratique c'est à peu près celà

plus d'info si tu veut sur ce site ou sur www.actu-bourse.fr

ordialement
et encore merci a ifinance


Guerrier 23/05/2010 17:48


Bonjour,
N'étant pas du tout dans l'univers de la finance mais souhaitant vivement comprendre mieux, je cherche presque désespérément à faire le lien entre la crise des subprimes et la déroute
grecque...place des hedges funds par exemple.
J'ai lu ces derniers jours beaucoup d'articles dans la presse anglo-saxonne et américaine en particulier qui pointent la "chute " de l'euro comme la marque d'un défaut de fabrique "socialiste"
propre à l'Europe, beaucoup de descriptions très négatives du "monstre" à plusieurs têtes européen, la prédiction de sa chute inéluctable et l'évocation de la nouvelle vassalité, étayée par les
théories de Friedrich Hayek.
Est-ce le choc d'idéologies différentes qui s'exprime ?
Si vous aviez des références de lectures assez simples pour éclairer l'ensemble, je serais très intéressée, le niveau de passion des écrits sur ces évènements est tel que c'est difficile de se
faire un point de vue "désaffectivé"...
Merci si vous donnez suite.


Nicolas BOISVILLIERS 23/05/2010 10:33


Mon avis personnel : les perspectives de croissance étaient déjà trop faibles pour espérer une reprise durable. Quand bien même les marchés repartiraient à la hausse via cette maitrise des déficits
publics, ces mesures trop strictes seront contre-productives et seuls les pays exportateurs (comme l'Allemagne) s'en sortiront le mieux (tant que l'euro reste en dessous de 1,26 dollar).

La France peut s'en sortir à condition de revoir en profondeur son régime des retraites et d'augmenter la fiscalité. Mais ça, personne ne veut en entendre parler, surtout en période de crise et de
(pré)veille électorale présidentielle.


actubourse 23/05/2010 09:46


Une opinion ????