Dégradations de note en série : tout le monde s’en Fitch !

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Janvier bientôt derrière nous, on peut dire que l’année 2012 a débuté de manière particulièrement incongrue. Entre les dégradations de notes (dont la France) dont tout le monde se fout, l’absence totale de mesures pour lutter contre la dette des états et la hausse des principaux indices boursiers, tout semble aller pour le mieux…

 

En ce début d’année, les agences de notation ont décidé de faire parler d’elles. Et quoi de mieux que de priver la France de son triple A pour rappeler son existence au monde entier ? Loin d’être la seule, la dégradation de la note française n’a cependant surpris personne. Tout le monde s’y attendait, tout le monde s’y était préparé. Du coup, les marchés n’ont pas bronché, même pas un ptit froncement de sourcil, que dalle. Tout le monde a foi en la France (sinon c’est le début de la fin pour l’Europe). Ou comment se foutre gentiment mais très courtoisement de la gueule des agences de rating.

 

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[Beaucoup de médiatisation autour de la perte du triple A français qui fut largement anticipé]

 

Et puis tant qu’à faire, S&P en a profité pour downgrader la note du FESF, le fameux fonds de sauvetage européen. Fini également le triple A pour ce "bon vieux FESF". Logique me direz-vous, quand on fracasse un des principaux contributeurs (à savoir la France), difficile de lui laisser toutes ses dents. Au moins, il y a une certaine cohérence dans leurs actions.

 

Mais le plus incroyable dans toute cette histoire, c’est que parmi les 4 "principales" agences, aucune ne soit européenne (3 américaines et 1 chinoise) et surtout aucune n'a les mêmes notes !!!

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[Des notes différentes, des unités de mesure différentes, des perspectives d’évolution différentes. Bienvenue dans le monde merveilleux du rating !]

 

Pourtant, ils ont tous fait les mêmes études mais, visiblement, les paramètres utilisés diffèrent… et leurs résultats aussi ! Sauf qu’à la fin, il n’y a qu’une France, qu’une Italie, qu’une Grèce. Leur analyse reposant sur des critères subjectifs, on ne peut m’empêcher d’y voir une forme de pari sur l’avenir, de spéculation. Des analyses parfois justes, parfois erronées qui leur ont conféré une certaine légitimité, et ce même après la crise de 1929 ou de 2008 (subprimes). Et ce n’est pas cette histoire d’enquête de la brigade financière italienne à propos de soupçons de manipulation de marchés de la part de Standard & Poor's et Moody's, qui les inquiètera outre mesure. Personne n’en parle, et là aussi tout le monde s’en fout royalement.

 

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[Sur la base de quels critères les agences de notation délivrent-elles leurs analyses ? Mystère...]

 

La preuve, S&P, toujours aussi actif, a revu aujourd’hui à la baisse sa notation pour Société Générale, BPCE, Crédit Agricole et la Caisse des Dépôts. BNP Paribas a été épargné ce coup-ci. Normal, pas la peine de tirer sur tout le poulailler car il n’y a plus rien à plumer après ça.

 

Banqueroute grecque, taxe Tobin : saison 3, épisode 11

 

Non, finalement, le seul sujet qui fait parler de lui en ce moment, c’est bel et bien la Grèce. Alors que certains se demandent encore quels sujets n’ont pas déjà été abordés, le bras de fer entre le vilain petit canard européen et ses créanciers privés a repris de plus belle. A la question "Jusqu’où l’Etat grec est-il solvable ?", les créanciers tirent au maximum la couverture avant que le rideau ne tombe définitivement. Pour l’heure, on table sur une décote de 65-70% de leurs titres, soit environ 100 milliards d’euros. Bel effort qui représente plus une fuite en avant qu’une réelle négociation. Autant récupérer un peu son argent que risquer de tout perdre.

 

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["Oups, je viens de remporter une enchère sur Ebay à 33$... et je pense l'avoir achetée à un prix trop élevé" - "Qu'as-tu acheté ?" - "La Grèce"]

 

Tout cela a réussi à occulter l’ancien sujet "chaud bouillant" le "sujet joker qu’on sort quand on a plus d’idées", la fameuse taxe Tobin. La question de l’unilatéralité de la mesure et, par conséquent, de la concurrence déloyale qui en découlerait est toujours au cœur des débats. Dans son optique présidentielle, Nicolas Sarkozy peine à rassembler autour du sujet, si ce n’est le soutien du Premier Ministre Espagnol, monsieur Rajoy.

 

De son côté, François Hollande a repris à son compte cette idée de taxation des transactions financières dans son discours de dimanche dernier. Le candidat socialiste souhaiterait même supprimer les stock-options en France dans sa croisade « contre le monde de la finance, son véritable adversaire ». Ou comment se mettre à dos l’ensemble des banques, 1er employeur du pays, avant même les élections. Une telle stratégie n’aurait pour effet que de délocaliser l’industrie financière vers d’autres places (comme la City à Londres) et de favoriser le shadow banking. J’ai hâte de lire son programme sur ce sujet.

 

2012 : perspectives peu réjouissantes

 

Hier, nos amis chinois célébraient la nouvelle année. Selon eux, 2012, année du Dragon, sera en Occident l’année du "drag on" ou "année de l’enlisement". Il faut dire que les enjeux sont cruciaux et les marges de manœuvre particulièrement serrées. Sans changement de stratégie majeure, l’Europe pourrait ressembler au Japon de la dernière décennie : rabaissé de AAA à AA en 2001, dix ans plus tard, le pays se retrouve encore groggy du cocktail peu enviable de banques zombies + dette publique colossale + déflation imposée par les “papy-boomers”, le tout débouchant sur une large perte d’influence dans le monde… et une bourse beaucoup plus basse !

 

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[La Grèce, toujours dans la tourmente]

 

Les solutions sont nombreuses et diverses : sortie de pays membre de la zone euro, défaut de paiement de la Grèce, interdiction des activités à risque des banques (ventes à découvert, trading haute fréquence, etc)… Encore faut-il avoir la volonté d’avancer, chose rare en cette période pré-électorale.

 


Sur le même sujet :

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> La France va-t-elle finir par perdre son triple A ?

> Humour : précédemment, dans « La grande crise de la dette »…



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