Dettes souveraines : les banques françaises menacées

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La dette souveraine grecque n’en finit plus d’aggraver la crise européenne : Moody’s a annoncé avoir placé BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole sous surveillance négative de par leur exposition à la dette de la Grèce. Une nouvelle qui plombe les marchés financiers, notamment les valeurs financières et l’euro, dès l’ouverture.

 

Sans surprise, toutes les banques françaises étaient en baisse ce mercredi matin à l’ouverture de la Bourse de Paris. L’agence de notation américaine Moody's a en effet accru la pression sur les banques françaises en menaçant de dégrader leurs notes. Est visé le trio de tête, à savoir la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas. Désormais, les 3 groupes bancaires français ont été placés sous surveillance avec implication négative. Particulièrement exposées à la Grèce (de manière directe via la détention d’obligations souveraines ou indirectement à travers l’octroi de prêts au secteur privé grec), l’hypothèse d'une restructuration ou d'un défaut de la dette souveraine du pays inquiète de plus en plus.

 

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Rien de bien nouveau pourtant sous le soleil hellénique, les expositions à la dette grecque étant connues de tous. Ce qui n’est pas le cas des pertes potentielles que pourraient subir lesdites banques. En effet, l’exposition des banques varie en fonction de l’établissement :

 

> Crédit Agricole : les prêts accordés au secteur privé par sa filiale Emporiki portent l'exposition globale du groupe à près de 22 milliards d'euros (créances privées + dette souveraine),

 

> Société Générale : le groupe rouge et noir détient une part majoritaire du capital de la banque recque Geniki, mais l’exposition à la dette grecque demeurea plus importante (2,5 milliards d'euros),

 

> BNP Paribas : le groupe ne dispose d’aucune filiale en Grèce, le seul risque provenant dès lors de l’exposition à la dette souveraine grecque (environ 5 milliards d'euros).

 

Conséquences directes :

 

> Société Générale perd 1,5% (39.195 euros), BNP-Paribas recule de 1,43% (51,86 euros) et Crédit Agricole cède 1,23% (10,03 euros),

 

> l’euro chute lourdement à 1,4284 dollar (contre 1,4440 dollar la veille) et 115,46 yens (contre 116,20 yens),

 

> Moody’s pourrait abaisser les notes de BNP et du Crédit Agricole d'un cran et celle de la SocGen de deux.

 

Par ailleurs, les banques allemandes seraient les plus exposées à la dette souveraine grecque, à hauteur de 23 milliards d'euros, suivies des banques françaises avec environ 14 milliards (1). Pour autant, les marges de manœuvres restent très limitées à l’heure actuelle.

 

De faibles marges de manœuvre

 

La décision de Moody's survient au lendemain d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro et de l'Union Européenne. Aucun consensus ne s’est dégagé au cours de cette réunion, les divergences sur l'implication du secteur privé dans un 2e plan de soutien à la Grèce étant toujours très fortes. De son côté, la Banque Centrale Européenne (BCE) a conforté sa position en s’opposant à tout scénario de restructuration de la dette grecque, qui pourrait être assimilé à un défaut du pays.

 

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Aucune solution ne semble envisageable à court terme : laisser subsister une telle situation apparaît difficilement tenable, la Grèce ne pouvant plus faire face à l’augmentation croissante de sa dette. D’un autre côté, le défaut du pays entraînerait de facto une « crise-domino » se répercutant sur les autres « PIIGS ». Sans oublier la houleuse question du refinancement des banques du pays auprès de la BCE, la seule qui accepte de les financer. Celle-ci ne pourra alors plus accepter des collatéraux souverains en défaut.

 

Une restructuration de la dette grecque et portugaise aurait ainsi un impact de 41 milliards d'euros sur les bénéfices cumulés des banques européennes (2). Le seul point « positif » étant que la dette grecque est majoritairement détenue par des banques solides hors du pays. Mais c’est sans compter sur le déclenchement des CDS (3) dont la valeur est estimée à pas moins de 6 milliards d'euros en Europe.

 

(1) Source : Banque des Règlements Internationaux (BRI).

(2) Source : scénario de Crédit Agricole Cheuvreux où l’extension des échéances est portée à 25 ans et leur coupon diminué à 1 %.

(3) CDS ou Credit Default Swap est un contrat d’assurance basé sur un actif de référence.

 


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