Economie mondiale : crainte sur une récession en "W"

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Nouveau soutien de la Fed, bourses frileuses, chômage record, ralentissement de l’économie chinoise… Alors que l’été avait su insuffler un relent d’optimisme, les mauvais indicateurs et statistiques semblent avoir ranimé les craintes d’une reprise en "W" de l’économie mondiale. Alors, effet cyclique ou retournement durable ?

 

Malgré la publication de bons résultats des entreprises depuis le début de l’été, le CAC 40 termine la semaine par un net repli hebdomadaire de 2,8% après quatre séances consécutives de baisse, retombant ainsi sur le seuil des 3 600 points (3 610 points exactement). Plusieurs facteurs sont en cause et ravivent la peur d’une reprise mondiale en "W " ou "double dip" (baisse – hausse – baisse – hausse).

 

Essoufflement des premières économies mondiales

 

Nombre de chômeurs en hausse, net ralentissement de la croissance, immobilier à nouveau inquiétant (cf. "Nouvelle crise immobilière en vue aux Etats-Unis")… les mauvaises nouvelles se sont accumulées ces dernières semaines aux Etats-Unis. La Fed (Réserve Fédérale Américaine) a alors décidé mardi de relancer les mesures de soutien à cette économie en panne. Une preuve de plus que la santé de l’oncle Sam n’est pas encore totalement assurée, le "docteur Fed" devant maintenir le pays sous perfusion de taux directeur quasi nul (prêt à un taux de 0 à 0,25%, autant dire gratuit).

 

La Chine aussi montre quelques signes de faiblesse : ralentissement de la production industrielle, croissance des investissements en baisse, demande intérieure moins importante … Rien d’alarmant toutefois, la croissance du pays devant atteindre les 9% cette année, supérieure à 2009. Pourtant, il est indéniable que les investisseurs gardent un œil attentif sur la Chine, les problèmes de masse monétaire, de surcapacité de production et de bulle immobilière n’étant pas encore résolus.

 

Europe : la relève

 

Et si finalement notre salut ne venait pas… d’Europe ?! Hier ont en effet été dévoilés de bien jolis chiffres. En France tout d’abord, le PIB (Produit Intérieur Brut) a progressé de 0,6% au 2e trimestre, après 0,2% en début d’année, grâce à des ventes au détail soutenues (merci les soldes d’été). De même, 35 000 emplois ont été créés sur la période. Le secteur industriel en a cependant détruit, compensé par le tertiaire toujours en forme. Enfin, l’investissement des entreprises a atteint 0,8%, mettant ainsi fin à 8 trimestres consécutifs baissiers.

 

croissance w

 

En Allemagne, c’est carrément l’euphorie avec un PIB en hausse de 2,2% ! Un chiffre bien supérieur aux prévisions des analystes économiques. "On ne peut pas parler d'une croissance miraculeuse, mais il est certain que nous vivons une reprise à vitesse grand V", dixit Rainer Brüderle, Ministre allemand de l'économie. Malgré tout, il sera certainement difficile pour le pays de maintenir une croissance telle : les cures d’austérité amorcées en Europe affecteront nécessairement les exportations allemandes, l’un de ses vecteurs de croissance de prédilection.

 

Finalement, la croissance de la zone euro au deuxième trimestre est supérieure à celle des Etats-Unis : le PIB a augmenté de 1%, un plus haut depuis quatre ans et mieux que prévu par les économistes, tandis que celui de l'économie américaine n’a progressé que de 0,6% seulement.

 

Et demain ?

 

Ces excellentes statistiques européennes ont su apporter un certain soulagement vis-à-vis de la situation de la dette souveraine de la zone euro. Le risque d’une nouvelle récession s’amoindrit. Même chose aux Etats-Unis : selon une enquête de l’agence Reuters, les chances d'une récession en "W" outre-Atlantique restent au même niveau qu'au mois dernier (15%). Les perspectives de croissance américaine n’ont été réduites que de 0,1 pour 2010 et 2011 (respectivement 2,9% et 2,7%). Le moral des ménages et les ventes au détail sont même en hausse pour le mois de juillet. Des chiffres tout à fait honorables.

 

Malgré tout, ces nouvelles plutôt rassurantes n’ont pas réellement convaincu les investisseurs qui démontrent encore un retour à une aversion au risque. La décision de la banque centrale britannique, mercredi, d'abaisser ses prévisions de croissance pour les trois ans à venir n’a d’ailleurs pas aidé. De même que l'économie japonaise devrait à son tour connaître un certain essoufflement en affichant un rythme de croissance faible l'an prochain. Une perte de confiance s’est donc installée, traduite par des dégagements sur les valeurs les plus liées à la conjoncture : construction, automobile et banques ont affiché leur prudence pour la fin de l'année.

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