Emploi : finance et stress au travail

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

On le sait, les métiers de la finance ne sont pas de tout repos. Comme beaucoup d’autres. Perçu jusqu’alors comme la rançon du succès face à des rémunérations plutôt juteuses, la crise semble avoir modifié les règles quant à la perception du stress au travail. Au point que le Gouvernement s’en mêle et agite le bâton.


[NDLR : Qu’on ne me méprenne pas, le phénomène touche tous les secteurs et tous les métiers, à un degré qui leur est propre. Cet article ne s’attachera à prendre en compte que ceux liés à la sphère bancaire et financière, objet de ce blog.]


On le qualifiait de « stimulant », de « dopant », voire même de « bon stress ». Revers de la gloire (image de soi auprès des autres) et du succès (systèmes de rémunération très intéressants dans l’ensemble), le stress était vécu comme une des composantes habituelles des métiers de la finance. Seule ombre au tableau : la crise et ses conséquences désastreuses sur l’économie et l’emploi. Restructurations, liquidations, licenciements et autres reclassements ont rapidement modifié la place du stress au travail. Plus ou moins légitimé, il apparait aujourd’hui inacceptable. Tout du moins trop présent pour des salariés qui, de peur de perdre leur emploi, acceptent beaucoup de la part de leur direction « au nom de l’entreprise ».


SSII : les mauvais élèves


A l’image de France Télécom et sa désastreuse gestion des ressources humaines, le stress au travail peut conduire à des situations dramatiques. Le Gouvernement s’est vu contraint d’intervenir en octobre dernier par le biais, notamment, d’une stress list. Sorte de classement tricolore des entreprises françaises au vue des actions menées en faveur d’une meilleure maitrise du stress au travail, la force de cette liste reposait sur le concept du « name and shame » (« nommer et avoir honte »). Plutôt que de menacer les entreprises à coups de sanctions financières ou juridiques, cette méthode favorise habilement la sanction par le client à travers une mauvaise image de celles-ci. Au final, 1 500 entreprises sollicitées, réparties en 3 catégories dont la liste devait être disponible sur le site du Gouvernement français (www.travailler-mieux.gouv.fr).

 

stress-travail-1.jpg

 

24h après sa publication et 1,2 million de pages consultées vendredi dernier (1), la liste rouge concernant les mauvais élèves (entreprises n’ayant entrepris aucune mesure de lutte contre le stress au travail ou qui n’ont pas répondu au questionnaire) a disparu ! En lieu et place peut-on lire que « à l’issue de la première classification, de nombreuses entreprises classées en rouge ou en orange ont fait part au ministère du Travail de leurs intentions d’engager ou de poursuivre des démarches en matière de lutte contre le stress. Nous nous employons à préparer une nouvelle photographie de la situation des entreprises ». Selon le Gouvernement, les quelques 600 entreprises restées muettes auraient tout simplement oublié de répondre et auraient malgré tout engagé des négociations sur le stress. Une excuse qui ne convainc guère. Heureusement, le net ayant une capacité de mémorisation étonnante, il est possible de retrouver cette fameuse liste dont voici un extrait :

 

Liste rouge : 600 entreprises sur 1500 sollicitées n’ont rien entrepris ou n'ont pas répondu au questionnaire soumis par le ministère

 

ACCENTURE TECHNOLOGY SOLUTIONS
ALLIANCE
ALTI
DATAVANCE
GFI INFORMATIQUE
GL TRADE
INEUM CONSULTING
FONDATION DE ROTHSCHILD
SAP FRANCE
SUN MICROSYSTEMS

 

Liste orange : plus d'une entreprise sur deux a engagé une ou plusieurs réunions de négociations ou de discussions

 

ACCENTURE
ALTEN
AGF
ATOS
AXA FRANCE
BNP PARIBAS ARBITRAGE
BNP PARIBAS LEASE GROUP
BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE
BNP PARIBAS SECURITIES SERVICES
CAPGEMINI (UES)
CASA FRANCE
CNP ASSURANCES
GENERALI
GROUPAMA SA

 

Liste verte : 33% des 1.500 entreprises qui ont déclaré avoir signé un accord de fond ou de méthode

 

AVIVA FRANCE (GROUPE)

BANQUE DE FRANCE

BNP PARIBAS SA

BPCE (GROUPE)

CREDIT AGRICOLE (CIB + SA)

CREDIT LYONNAIS SA

ERNST & YOUNG ET ASSOCIES

FORTIS BANQUE France

HSBC FRANCE

INFORMATIQUE CDC

KPMG
PRICEWATERHOUSECOOPERS AUDIT

SOCIETE GENERALE

 

Un classement pertinent ?


Chacun pourra s’interroger sur la sincérité des derniers de la classe qui se réveilleraient subitement. Au contraire, il est utile de se demander quelle est la pertinence de ce classement. Car il est important de différencier niveau de stress et actions mises en œuvre contre le stress dans une entreprise. Il est bien évident qu’une société où le stress est maîtrisé ne dressera pas de plan de lutte contre celui-ci. A l’inverse, une société en proie au stress de ses salariés devra(it) prendre les mesures nécessaires pour en venir à bout. De ce fait, la « bonne entreprise » apparaitra sur la liste rouge tandis que la « mauvaise » sera présentée sur la liste verte. Les choses semblent ainsi bien moins simples qu’elles n’y paraissent.

 

stress-travail-2.jpg

 

Car la question du stress n’est pas nouvelle malheureusement : CHSCT  (Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail), délégués du personnel, médecine du travail… Toutes ces instances officielles ont déjà pour mission de s’attacher à nos conditions de travail. Les échecs de ces dernières sont-ils alors la conséquence de leur défaillance ? Quant aux renseignements demandés aux entreprises, les résultats sont connus de longue date. Pour preuve les nombreux dossiers de l’INRS (2).

 

Pour être efficace, la politique de gestion du stress en entreprise devrait davantage s’appuyer sur les acteurs officiels et la vigilance constante des salariés.

 

(1) source : France Info

(2) Institut National de Recherche et de Sécurité. Dossiers disponibles à cette adresse.

Publié dans Emploi et formation

Commenter cet article