Emploi : gel des embauches face à un marché frileux ?

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

En cette période de crise des déficits publics et de réformes en tout genre, les certitudes semblent laisser place à une certaine méfiance, tout du moins à l’attentivisme. Conséquence directe : le marché de l’emploi opère une sévère correction, à l’image des bourses européennes. Alors, gel des embauches pour le reste de l’année ou période creuse de fin de semestre ?

 

Avec des hausses et baisses records au sein de la même semaine, le CAC 40 a largement joué avec nos nerfs ces derniers jours. Et comme à l’accoutumée, les valeurs financières furent les premières touchées. Le contexte de crise des déficits publics s’installe durablement, laissant le doute quant à la capacité de l’Europe de se relever de cette crise sans commune ampleur. Largement tributaire de ce climat d’incertitude, le marché de l’emploi replonge après avoir donné plusieurs signes d’amélioration en début d’année. La situation particulière dans laquelle se trouve la France n’est, bien évidemment, pas étrangère à tout cela.

 

Exposition grecque maximum pour les banques françaises

 

Avec des créances évaluées à près de 57 milliards d'euros, dont une dizaine de milliards à la dette souveraine grecque, les établissements bancaires français sont les plus exposés en Grèce parmi l’ensemble des acteurs de la place financière mondiale. Avec en tête de peloton, BNP-Paribas (5 milliards d’euros de créances publiques) suivie par la Société Générale (3 milliards d’euros). On comprend mieux alors les plans de recrutements timides de ces dernières, recrutements qui concernent essentiellement l’Asie et les Etats-Unis.

 

Le plan d’aide accordé à la Grèce n’a pas convaincu les marchés. Tout du moins, le manque d’unité au sein des dirigeants des pays de la zone euro a été retentissant. Si l’on s’en réfère aux années passées, l’expérience montre qu’il y a une forte corrélation entre la chute des marchés boursiers et la crispation, voire l’effondrement du marché de l’emploi en finance. "Si l’on regarde les crises de 1987 (le fameux "jeudi noir"), 1997 (crise économique asiatique), 2001 (bulle internet) et 2007 (subprimes), en l’espace de 6-12 mois, on a connu des suppressions d’emplois dans l’industrie financière", explique un analyste londonien spécialiste du secteur bancaire. Concrètement, le nombre d’employés chez Goldman Sachs a baissé de 13% entre 2001 et 2003 et de 17% entre 2007 et 2008. A Londres, la City a perdu 5% de ses professionnels dans la première période, même niveau de baisse dans la seconde. Avant même que les effets de la chute de Lehman se ressentent, les marchés avaient reculé de 7% en juillet 2008.

 

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D'après Dick Bove, analyste du secteur bancaire américain chez Rochdale Securities, "il y a une relation directe entre l’emploi dans le secteur financier et la santé des bourses. Quand le marché s’effondre brutalement ou recule très rapidement, cela annihile les opportunités sur les offres et les émissions d’actions, et les entreprises reportent leurs projets d’acquisitions à plus tard en raison de l’incertitude économique." Et ce sont les départements ECM (Equity Capital Market – Marché des capitaux) et M&A (Mergers & Aquisitions – Fusions-Acquisitions) qui en souffrent le plus.

 

Réformes à outrance

 

La crise en Grèce n’est pas la seule cause de cette récession du marché de l’emploi en France. Le climat politique est en effet plutôt agité. En premier lieu, le plan de restriction budgétaire décidé par le Gouvernement afin de réduire le déficit public a fini d’achever les perspectives de croissance, désormais quasi nulles. La réforme financière initiée par Bâle 3 (cf. "Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire") inquiète également au plus haut point les banques qui y voient une nouvelle contrainte dans l’exercice de leurs activités. Enfin, la question plus que houleuse de la réforme des retraites risque de modifier la donne, entre un âge de départ sans cesse repoussé d’un côté et une pyramide des âges en entonnoir de l’autre. Les établissements bancaires vont sûrement devoir réfléchir davantage à la place de nos séniors : devant cotiser plus longtemps, ils pourraient s’avérer de précieux atouts en cette période de prise de risque amoindri en matière de recrutement. Au grand damne des jeunes diplômés…

Publié dans Emploi et formation

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