Grèce, nuage islandais et Goldman Sachs : le CAC replonge !

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Décidément, la correction opérée par les marchés semble s’éterniser. En cédant 0,40%, le CAC 40 replonge sous la barre symbolique des 4 000 points. Une mauvaise nouvelle pour les investisseurs suite à la position inchangée de la crise grecque, la paralysie de l’espace aérien européen dû au nuage volcanique islandais ainsi que l’annonce de poursuites engagées contre Goldman Sachs.

 

Les effets de l’annonce « en grandes pompes » du plan de sauvetage concerté entre l’UE et le FMI n’ont trompé personne : avec un taux à 7,764%, les obligations grecques à 10 ans ont de nouveau atteint un plus haut. Pour faire simple, l’écart (ou « spread ») entre le taux obligataire allemand (servant de référence) et grec atteint désormais les 4,60 points de pourcentage. Un différentiel considérable qui ne fait que renforcer la situation précaire de la Grèce qui voit son déficit public grossir davantage, n’ayant actuellement d’autre solution que de se tourner vers les marchés. pour se refinancer Aujourd’hui même, l’Etat grec devrait opérer une nouvelle émission de titres à 3 mois.

 

Mais c’est aussi et surtout la capacité du pays à réduire ses propres déficits qui préoccupe. Les marchés restent attentifs à tout signe d’amélioration mais le gouvernement grec s’est refusé à durcir les mesures d’austérité prévues pour 2010. Une situation très difficile, l’obligation grecque étant peu liquide et souffrant des mauvaises notes des agences financières. L’Union Européenne et le Fonds Monétaire International devraient se réunir (encore) demain afin d’examiner les modalités de lancement du plan de soutien à la Grèce, la précédente réunion d’hier ayant due être annulée… pour cause de perturbations dans le trafic aérien européen !

 

L’éruption du volcan Eyjafjallajokul du sud de l’Islande a en effet provoqué la paralysie de la quasi-totalité de l’espace aérien en Europe du nord. Un fait rare qui a, outre forcé à reconduire de nombreux meetings, provoqué de fortes baisses du côté des valeurs aériennes (-4,74% pour Air France-KLM par exemple). D’après l’association des compagnies aériennes mondiales (IATA), le manque à gagner pour les compagnies lié à la fermeture d'une partie de l'espace aérien européen s'élève à plus de 200 millions de dollars par jour. Une crise dans la crise pour un secteur déjà bien secoué ces derniers temps (remontée du prix du pétrole, taxe carbone, etc…).

 

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Forts soupçons de fraude pour Goldman Sachs

 

Bien évidemment, la nouvelle de ce début de semaine au sein de la sphère financière reste indiscutablement la poursuite pour fraude de la célèbre banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Mais pas par n’importe qui : par la SEC (Securities and Exchange Commission), consœur américaine de notre AMF nationale. Cela faisait déjà plusieurs mois que le « flic américain de la bourse » mettait son nez dans les affaires de la banque. Fin décembre 2009 déjà, le New York Times (1) révéla le sournois mécanisme.

 

Concrètement, deux traders conçoivent en 2005 un produit financier basé sur les fameux subprimes (crédits hypothécaires américains à risque). Un an plus tard, anticipant l’éclatement de la bulle immobilière, la Goldman Sachs vide son portefeuille de ces produits devenant dangeureux. Rien d’illégal jusqu’ici. Sauf lorsque la banque décide de spéculer sur leur effondrement tout en continuant à les vendre à ses clients ! D’un côté, la banque d’investissement gagne de l’argent sur des actifs qu’elle savait pertinemment toxiques ; de l’autre, le hedge fund encaisse celui de ses clients sur la base de ces mêmes actifs dont il vente les mérites !!! En informant ses clients que les créances étaient choisies par un tiers indépendant qui ne l’était pas en réalité, la Goldman aurait trompé sa clientèle.

 

Robert Khuzami, responsable de la SEC, rapporte ainsi que «Goldman, à tort, a permis à un client qui jouait contre le marché hypothécaire d'influencer lourdement quels titres immobiliers devaient être inclus dans un véhicule d'investissement, alors qu'au même moment elle disait à d'autres investisseurs que ces titres étaient choisis par un tiers indépendant et objectif». Conséquences directes : le titre perd 13% en bourse, le Dow Jones plonge lui aussi ainsi que l’ensemble des places européennes et valeurs financières.

 

Fabulous Fab is in the place

 

Sont donc mis en causes la première banque d'investissement du monde, le premier hedge fund de la planète et… un jeune trader français de 31 ans ! On jurerait avoir déjà entendue cette histoire auparavant (souvenez-vous, Société Générale... Jérôme Kerviel…) mais il n’en est rien. Fabrice Tourre, vice-président de Goldman Sachs en 2007, est en effet à l’origine de ABACUS (nom de la série d’actifs toxiques en question). Parfaitement conscient de la situation, il n’hésite pas à envoyer à un de ses amis : « de plus en plus de levier dans le système. Toute la construction peut désormais tomber à tout moment… Seul survivant potentiel, le fabuleux Fab, debout au milieu de toutes ces transactions complexes, (…), exotiques que nous avons créées sans nécessairement comprendre toutes les implications de ces monstruosités.»

 

Bilan du machiavélique stratagème : Goldman Sachs aurait empoché environ 15 millions de dollars pour la création de ce produit d'investissement par le fonds Paulson (hedge fund) tandis que les investisseurs auraient perdu au total plus d'un milliard de dollars. Well done, Fabulous Fab !

 

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Début d’hémorragie ?

 

Cette accusation ne sera pas sans conséquence. Goldman Sachs aura probablement du mal à s’en remettre. Mais c’est aussi le début d’une nouvelle ère, celle du retour du bâton. La SEC a prévenu, elle poursuivra ses enquêtes sur les pratiques des banques d'investissements «dans la titrisation de produits financiers complexes liés au marché immobilier américain au moment où il» a commencé à se retourner. Selon le Financial Times, elle aurait d’ailleurs envoyé des citations à comparaître à plusieurs établissements bancaires, dont Deutsche Bank, UBS, Barclays et Crédit Suisse, afin d'obtenir des informations sur les campagnes marketing concernant les CDO ("Collateralized Debt Obligations") (2).

 

Les établissements financiers craignent de nouveaux scandales à l’heure où les législateurs américains débattent de la réforme de la régulation financière au Congrès. Poursuivie sur le plan civil, la Goldman n’est pas à l’abri d’un éventuel contentieux au pénal.

 

De l’autre côté de l’atlantique, IKB (banque allemande victime de la crise financière) ainsi que les autorités allemandes et britanniques pourraient elles aussi poursuivre en justice la fameuse banque américaine. Pas d’implication de la part de l’AMF en revanche qui estime à l’heure actuelle que rien ne «laisserait penser que ces possibles agissements frauduleux aient pu être perpétrés en France ».

 

(1) “Banks bundled bad debt, bet against it and won”, New York Times, 23/12/2009.

 

(2) Grossièrement, il s’agit d’obligations assorties de suretés émises sur les marchés des capitaux.

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