Honorabilité et compétences : l'examen de certification de l'AMF

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Depuis le 1er juillet 2010, l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) impose à l'ensemble des Prestataires de Services d'Investissement (PSI) une certification professionnelle. Sorte d'exutoire au manque d'honorabilité et de compétences dont est issue la crise financière, cet examen constitue-t-il pour autant une avancée ou n'est-il que poudre aux yeux ?

 

Equivalent français du FSA Register (1), l'examen de certification de l'AMF est entré en vigueur depuis  désormais 4 mois. Cette certification professionnelle, obligatoire (2), oblige toute personne intervenant dans le cadre d’instruments financiers de justifier d’un seuil minimal de connaissances. Sont donc concernés les vendeurs, les gérants de portefeuille, les traders, les responsables de back-offices… Plutôt large dans la définition du public ciblé, l'examen touche donc l'ensemble des collaborateurs, tant des Banques de Financement et d'Investissement (BFI) que des banques de détail.

 

La certification peut s'obtenir de deux manières différentes :

- soit via un examen dispensé par des organismes labellisés par le Haut conseil certificateur de place de l’AMF,

- soit via une évaluation interne organisée par le PSI qui aura la charge et la responsabilité de l’évaluation de ses collaborateurs.

 

Seules les personnes embauchées à compter du 1er juillet dernier seront concernées par ce dispositif. Le reste du personnel, déjà en poste, bénéficie de la clause dite de "grand-père" (ou "grandfathering" en anglais) qui privilégie leur expérience au détriment de cette certification. Ce qui ne les exclut pas du procédé à l'occasion d'une future embauche. A noter également qu'il est possible de passer l'examen pour soi, en dehors du cadre de son entreprise.

 

Le PSI dispose dès lors de six mois à compter de l’embauche pour faire passer à la nouvelle recrue une évaluation formelle portant sur les connaissances listées dans une grille publiée par l’AMF (3). La profession estime entre 20 000 et 30 000 le nombre de personnes concernées par an.

 

Un atout sur le CV

 

Indéniablement, tout candidat en quête d'un poste ciblé par cette certification devra passer l'examen. En termes de recrutement, la priorité reste celle de l'employabilité. Disposer sur son CV de la précieuse mention "certifié AMF" ou "approuvé PSI" constitue un avantage concurrentiel de poids face aux autres postulants. Car la question est bien à ce niveau : recruter une personne sans avoir la certitude que celle-ci réponde favorablement à l'examen constitue un risque pour tout recruteur. Un candidat déjà formé, c'est un candidat opérationnel. Un "plus" non négligeable donc qui, à terme, ne devrait plus en être un après les vagues de formation.

 

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Critiques tous azimuts

 

Ce test ne fait cependant pas l'unanimité. Plusieurs raisons à cela :

 

1) La forme du test

L’examen de certification se présente sous la forme d'un QCM (Questionnaire à Choix Multiples). 100 questions, 12 thèmes dont la moitié portant sur des considérations règlementaires et 50% sur des connaissances techniques. 3h pour y répondre. Quand bien même envisager un test oral serait bien plus lourd et coûteux à mettre en place, on peut émettre quelques doutes quant à la pertinence de cette forme de test. Quelques séances de "bachotage" suffiront à en venir à bout.

 

2) Niveau requis faible en pratique

L'examen recoupe un vaste panorama de sujets divers, depuis des aspects déontologiques jusqu'à des questions sur des opérations financières sur titres.  Il s'agit de questionner tout le monde sur tout. De ce fait, le niveau requis pour l'examen reste faible en pratique. Même s'il exigera un travail de préparation en amont, la tâche s'annonce relativement aisée. De quoi s'interroger sur l'utilité de la chose...

 

3) Tentatives illimitées !

Quid en cas d’échec lors de l'examen ? C'est simple : il vous sera impossible d'exercer tout métier requérant ce précieux sésame. Mais rassurez-vous, le nombre de tentatives est illimité ! Quel crédit peut-on accorder à un test sans véritable enjeu ?

 

4) Certification VS approbation

Une certification (accordée par un organisme de formation agréé) vaut-elle une approbation (délivrée par son entreprise) ? Une approbation est-elle reconnue en-dehors de l'entreprise l'ayant délivrée ? N'existe-t-il pas un risque de laxisme en interne lors de cette évaluation ? Autant de questions qui jettent le trouble sur la valeur respective de ces examens.

 

Au final, une question de gros sous

 

Peu importe l'utilité de cette certification, une seule chose reste sûre : les grands gagnants seront les organismes de formation. Dans le cadre du DIF (Droit Individuel à la Formation) notamment, ils pourront facturer leurs services afin que les exigences utopiques de l'AMF soient remplies. Quant aux RH, elles auront la lourde tâche de procéder au suivi de cette certification qui vient s'ajouter aux nombreuses formations déjà présentes (exigences MIF entre autres). Tout un programme...

 

 

Pour aller + loin : F.A.Q. relative à la certification (source : AMF)

 

 

(1) Financial Services Authority Register : registre britannique des personnes morales ayant été contrôlées et des personnes physiques ayant été "approuvées" dans leurs fonctions.

 

(2) Article 313-7-1 du règlement général de l'AMF

 

(3) Grille des connaissances nécessaires à l'examen (source : AMF)

Publié dans Contrôle et risques

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