Interview : Thomas, consultant en continuité d’activité

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Pour faire suite aux dernières interviews, j’ai décidé de mettre l’accent sur le métier de consultant en finance. Un métier à l’image peu reluisante mais qui représente de réelles opportunités de carrière. Preuve en est avec les quelques lignes qui suivent. Et comme d’habitude, si vous aussi vous souhaitez apporter votre contribution, n’hésitez pas à me contacter. Bonne lecture ;)

 


 

Bonjour Thomas. Merci d’avoir accepté cette interview. Pourriez-vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Thomas, 31 ans dont 7 années dans des institutions financières en France et au Canada. Aujourd’hui je suis consultant en continuité d’activité et SME (Subject Matter Expert) pour la plus grande institution financière au Canada.

 

Quels ont été vos parcours étudiant et professionnel ?

D’un point de vue académique, je suis titulaire d’une licence professionnelle en banque / finance de l’université Paris V et d’un MBA en finance de l’ISC Paris. Je suis actuellement candidat à la certification PRM (Professional Risk Manager) ainsi qu’à la certification BCI (Business Continuity Institute). Concernant mon parcours professionnel, j’ai travaillé dans plusieurs domaines tels que la gestion privé, le contrôle interne et la gestion des risques en bancassurance, à la fois en France et au Canada.

 

Quelles sont vos missions au quotidien ? Une journée type en tant que consultant ?

Je dois m’assurer que mes clients en interne sont satisfaits et qu’ils comprennent la démarche dans laquelle ils sont impliqués. Pour mon client actuel, j’interviens au sein des départements d’asset management, de trading et de gestion des risques. Le réel challenge est d’être opérationnel d’un point de vue "bonnes pratiques" dans le domaine de la continuité d’activité mais également en terme de connaissances dans les domaines dans lesquels vous intervenez. Mes interlocuteurs occupent des fonctions stratégiques, voire décisionnelles, et il n’est pas rare d’interagir avec la direction générale et les organismes de réglementation.

 

Comme dit le proverbe, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Je pense que c’est également l’un des avantages du métier et qui évite de tomber dans la routine car chaque mission est différente et j’apprends chaque jour.

 

Beaucoup ont souvent une image très négative des sociétés de conseil, sorte de « marchands de viande » où réside un turn-over très élevé. Pourquoi avoir choisi cette voie ?

J’ai à ce jour la chance de travailler avec une équipe à taille humaine puisque nous sommes actuellement 8 personnes dans la société et nous sommes assez complémentaires.

 

Il est vrai cependant que les sociétés de conseils sont assez mal perçues. Pour ma part, et lorsque je suis invité à débattre sur le sujet, ma réponse est claire : le client a une problématique qu’il ne peut résoudre avec les moyens dont il dispose en interne, il va donc les chercher en externe. Je reconnais que les sociétés de conseils sont des voies à double tranchant puisqu’il faut être toujours performant et une baisse de régime peut être très mal perçue de la part de l’employeur ou du client. Mais pour moi c’est une véritable passion : ce qui me plait c’est la possibilité d’échanger avec des interlocuteurs variés et ainsi améliorer mes connaissances et mes compétences.

 

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Question "basique" : quelles sont les qualités requises pour exercer le métier de consultant ?

Pour avoir vécu en Europe et en Amérique du Nord, je peux affirmer que certains critères diffèrent. Ainsi en France, il est nécessaire d’avoir une formation de type école de commerce avec une spécialisation en finance et au minimum un anglais courant. Au contraire, en Amérique du Nord, le minimum requis est une licence avec idéalement une certification professionnelle de type CFA (Chartered Financial Analyst), PRM (Professional Risk Manager), FRM (Financial Risk Manager)... et obligatoirement une à deux langues étrangères parfaitement maitrisées.

 

Pour tout le reste, les exigences sont les mêmes. Un bon consultant est dynamique, attentif, créatif, à l’aise tant oralement que par écrit mais aussi proactif et se doit ainsi d’opérer une veille informationnelle conséquente. La progression d’un consultant est constante et sans fin !

 

Et niveau avantages / inconvénients de votre métier ?

Question rémunération, celle-ci est plus élevée en Amérique du Nord et augmente beaucoup plus vite. Un junior commence aux alentours de 45K$ et pourra très vite évoluer et dépasser les 100K$ après 5 à 10 années d’expérience professionnelle. Les horaires de travail sont de 40 heures par semaine (horaires légaux) et il est rare de dépassé les 45 heures. Néanmoins, et en fonction des projets, il faut savoir s’adapter. Les relations professionnelles sont très éphémères et ne tiennent souvent à rien, vous pouvez être au top un jour et le lendemain vous retrouvez sans emploi. En termes de mobilité, cela dépend de la structure dans laquelle vous êtes mais elle est très appréciée. À titre d’exemple, il est considéré comme anormal de ne pas avoir évolué ou changé de poste au bout de 3 ans.

 

En France, la situation est différente. Les profils juniors voient leur rémunération indexée via une "grille des diplômes" : celle-ci augmente au même rythme que progresse l’école dans le classement. En règle générale, le salaire moyen d’un junior est de 33K€, celui d’un senior (5 à 10 ans d’expérience) de 80K€. La progression se veut linéaire mais aussi proportionnelle à l’investissement dans l’entreprise. Certaines carrières sont fulgurantes ! Niveau horaires, ils sont variables suivants les missions et le statut : de 40h à plus de 55h !

 

Quelles sont les évolutions de carrière possibles de votre métier ?

Dans mon métier, les évolutions de carrières sont diverses et variées. Je peux m’orienter vers des fonctions managériales ou encore affiner mon expertise. Il n’est pas rare de voir des consultants lancer leur propre structure après quelques années. Il est aussi possible de faire des liens entre mon métier et la gestion des risques ou la sécurité/mesures d’urgences au sein d’établissements bancaires, assurantiels ou autres.

 

Comment évolue la profession ces dernières années et vers quoi se dirige-t-elle selon vous ?

Je peux clairement vous dire que la continuité d’activité s’en va vers la sécurité et les mesures d’urgences. En d’autres termes, nous allons plus vers des fonctions terrain.

 

Vous disposez d’une expérience conséquente à l’international. Quelles sont les principales différences entre le marché français et le marché canadien / US ?

Le marché de l’emploi en Amérique du Nord est très dynamique bien que la crise soit encore très présente aux Etats-Unis, beaucoup moins au Canada. Au cas où vous ne disposeriez pas de diplôme nord-américain, il vous faudra obligatoirement une certification professionnelle de type (cf. question 5.) à moins d’être envoyé en VIE ou en mobilité interne. Bien qu’il y ait beaucoup d’offres d’emplois sur les sites d’employeurs potentiels, il ne sert à rien de postuler et je crois que cette tendance tend à aller vers le networking. C’est comme ça que j’ai trouvé mon emploi actuel. Dans le domaine de la continuité d’activité, les avancées métiers sont très en avance par rapport à l’Europe car les problématiques ne sont pas les mêmes : aux USA par exemple, le mot d’ordre est terrorisme et gestion des crises majeurs alors qu’en France on mettra l’accent sur le cyber terrorisme et la sécurité informatique.

 

Quels sont vos conseils à celles et ceux qui souhaitent s’orienter vers ce métier ?

Je dirais qu’il faut être préparé psychologiquement et physiquement. C’est un bon challenge qui peut s’avérer payant et qui permet de belles opportunités de carrière et financières.

 

Enfin une anecdote, une réussite ou un retour incongru à nous faire partager ?

Si vous venez tenter votre expérience au Québec, ne coupez surtout pas le contact avec vos amis car ici on perd très vite son "français de France".

 

Un grand merci à vous pour toutes vos réponses ;)

 


 

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