Introductions en bourse : tendances et émergence chinoise

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Les introductions en bourse (1) ont dépassé la barre symbolique des 30 milliards le mois dernier. Un chiffre historique qui n’avait pas été atteint depuis novembre 2007, juste avant la crise des subprimes. L’occasion de noter certaines tendances, dont l’émergence de la puissance chinoise.

 

30,5 milliards de dollars (soit environ 23 milliards d’euros). Un montant à la fois historique puisqu’il dépasse les niveaux de fin 2007, mais aussi symbolique car il confirme une certaine reprise de l’activité financière et économique. Petite comparaison : l’année dernière, le marché secondaire était devant le marché primaire (2), de par la frilosité des entreprises et les rachats de titres par les banques (afin d’augmenter leurs fonds propres). Tout le contraire de cette année. C’est bien simple, depuis janvier, les commissions perçues grâce aux simples introductions en bourse se sont élevées à 3,7 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros), soit 5 fois plus qu’en 2009 sur la même période ! 2010 fait donc la part belle aux introductions, augmentations de capital et autres conversions d’obligations en actions. L’année n’est pas encore terminée mais les établissements financiers spécialisés dans ces opérations se frottent déjà les mains :

- JP Morgan : 35,82 milliards de dollars (185 dossiers)

- Goldman Sachs : 31,03 milliards (128 dossiers)

- Morgan Stanley : 25,49 milliards (143 dossiers)

 

De jolis pactoles qu’il faut tempérer de par l'introduction en bourse d'Agricultural Bank of China (20,8 milliards de dollars) et du britannique Vallar (3,7 milliards de dollars).

 

Performances contrastées

 

Les places boursières européennes ont vu pour le 5e trimestre consécutif une hausse de l’activité des introductions en bourse au 2e trimestre 2010, dans un contexte marqué par des signes d’un regain d’intérêt modéré des investisseurs. Et même si le montant total des fonds levés reste très en-deçà du niveau observé avant la crise ainsi que de la valeur totale des introductions chinoises de ce trimestre, le marché reste en forte progression. Sur le marché américain en revanche, les volumes et valeurs sont, pour ce trimestre, inférieurs aux performances européennes. Les places financières les mieux loties sont Londres (sans grande surprise), Varsovie ainsi que Madrid.

 

graphique_hausse.jpg

 

D’après Philippe Kubisa, associé du département marché de capitaux de PricewaterhouseCoopers en France, « bien que nous n’assistions pas encore à une forte reprise du marché européen des introductions en bourse, quelques IPO ont été réalisées avec succès. L’admission imminente de la banque chinoise Agricultural Bank of China, qui pourrait constituer la plus grosse introduction en bourse de l’histoire, est un autre indicateur que les marchés de capitaux continuent à accueillir favorablement des offres attractives. Malgré l’élan positif des investisseurs, […] la volatilité extrême des marchés continue de créer de l’incertitude au niveau des prix d’introduction et de menacer la réussite des introductions en bourse. Il y a fort à parier que les sociétés qui se préparent en vue d’une éventuelle introduction en bourse au second semestre 2010 espèrent que la traditionnelle période de calme estival marquera un retour à plus de stabilité sur les marchés européens au cours des prochains mois et laissera place à un environnement plus favorable aux introductions en bourse du quatrième trimestre. » (3)

 

Effectivement, de nombreuses sociétés scrutent l’horizon de la rentrée afin d’ajuster au mieux leur (ré)introduction en bourse. A l’image de General Motors qui a récemment indiqué que « les choses ne sont pas encore prêtes ». Assurément, le constructeur automobile américain se doit de ne pas rater son entrée (4).

 

Montée en puissance de la Chine

 

L’introduction en bourse d’Agricultural Bank of China à Shanghai et Hong Kong a boosté de manière considérable le monde des IPO (1). Mais au-delà de cette « simple » opération financière isolée, c’est la place de la Chine en la matière qui attire l’attention : toujours d’après PWC (3), le pays est sur le point de décrocher la place de numéro un mondial des introductions en bourse en 2010 à la fois par le nombre (300 opérations) et en valeur (59 milliards d’euros). La Chine prendrait la place de leader actuellement détenue par les Etats-Unis. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur le 1er semestre : avec quelques 26,6 milliards d'euros levés à l’occasion de 176 introductions, le pays dépasse l’ensemble des introductions de l’année dernière (21,9 milliards d'euros).

 

salle_marches.jpg

 

Une belle progression dont on espère qu’elle ne suivra pas le même sort qu’aux Etats-Unis avec la chute du marché de l’immobilier…

 

(1) Initial Price Offering (IPO) en anglais, il s’agit d’une opération financière consistant à mettre en vente les titres (actions, obligations…) d’une société sur un marché boursier. Elle présente de nombreux avantages (plus grande notoriété, possibilité d’emprunter sur les marchés financiers) mais aussi des inconvénients (fluctuation des cours de bourse, obligation de transparence…).

 

(2) Marché primaire : lieu où sont créés les titres financiers, sorte de marché « du neuf » (ex : introduction en bourse, augmentation de capital…) / Marché secondaire : lieu où s’échangent des titres financiers déjà créés, sorte de marché « de l’occasion » (ex : achat et ventes d’actions en bourse).

 

(3) Source : étude « IPO Watch Europe » de PricewaterhouseCoopers (PWC), juin 2010.

 

(4) Pour rappel, General Motors avait quitté l'indice américain Dow Jones en juin 2009 après 84 ans de présence, le jour de son dépôt de bilan. La société a été remplacée par un «nouveau GM» restructuré sous administration judiciaire et allégé d'une bonne partie de ses dettes.

Publié dans Marchés boursiers

Commenter cet article