La FBF dévoile le visage caché des banques françaises

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Alors que la crise a fait plonger drastiquement la cote des banques auprès des français, la Fédération Bancaire Française (FBF) décide de lancer une campagne de communication nationale afin de redresser l’image du secteur. Une opération de com’ basée sur un argumentaire plus ou moins convainquant.

 

Avec son slogan "Parlons de la banque et parlons-en vraiment", la FBF (1) s’est invitée mercredi dernier dans la presse quotidienne nationale et régionale sous la forme d’une page listant les arguments de l’organisation en faveur des banques :

 

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" Quand on vous disait qu'on vous cachait des choses au sujet des banques

 

Aujourd’hui on parle beaucoup des banques et il y a sans doute des choses que l’on ne devrait pas oublier de dire.

 

Les banques françaises ne sont pas à l’origine de la crise

Il n’y pas eu de prêts subprime en France. Elles se sont tenues à l’écart des principales pratiques à l’origine de la crise. Leurs activités de marché sont restées avant tout centrées sur des missions nécessaires à leurs clients.

 

Elles n’ont pas eu besoin d’être sauvées

La France est, avec le Canada et l’Italie, l’un des quelques grands pays développés où aucune banque de dépôts n’a fait faillite. A l’inverse de certains pays, en France, les prêts de l’Etat accordés aux banques n’avaient pas pour objectif de les sauver, mais de les aider à maintenir leur niveau de crédit aux particuliers et aux entreprises pendant la crise.

 

Vos banques n’auront rien coûté au contribuable

Contrairement aux dizaines de milliards de subventions versées dans d’autres pays, les prêts de l’Etat aux banques françaises ont été pour la plupart remboursés en moins d’un an et auront même rapporté 2,3 milliards d’euros à l’Etat.

 

Vos banques ont augmenté leurs crédits à l’économie

La France est l’un des seuls pays où les encours de crédit à l’économie ont augmenté malgré la récession. En 2009, les banques françaises ont accordé 2,7% de crédits en plus. En 2010, cette progression est même de 3,6%. Et les taux de crédits français sont parmi les plus bas d’Europe.

 

Vos banques tirent les leçons de la crise

Elles soutiennent et appliquent le principe d’une régulation renforcée. Elles font de la sécurité du système leur priorité et consacrent l’essentiel de leurs bénéfices au renforcement de leurs fonds propres. L’engagement des salariés du secteur bancaire français est sans faille. Les 400 000 salariés des banques françaises vous remercient de votre confiance et sont fiers de vous servir chaque jour malgré une crise mondiale sans précédent."

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Une campagne "anti-idées reçues" pour lutter contre les raccourcis faciles et simples diffusés par divers acteurs et interlocuteurs mal renseignés et/ou mal intentionnés. Une campagne qui vise donc à rétablir la vérité sur les banques françaises.

 

La vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Oui, mais…

 

Le diable se cache parfois dans les détails. Aussi restera-t-on prudent face à cet étalage de pseudo sacro-saintes vérités. Malgré tout, les vérités annoncées par la FBF relèvent plus du galvaudage que du mensonge. Quoique certains y verront la même finalité, ce qui n’est pas totalement faux.

 

Ainsi, les banques françaises ne sont pas à l’origine de la crise. Tout dépend ce que l’on entend par "origine". La FBF a désigné comme responsable de la crise les crédits subprimes accordés aux ménages américains par les banques américaines. Elle aurait pu tout aussi bien opter pour la Fed (banque centrale américaine) et sa politique de taux directeur quasi nul (qui a favorisé la spéculation immobilière). Si tel avait été le cas, la crise aurait été américaine et non mondiale. Mais la titrisation et la circulation de ces créances sur les places financières ont permis d’exporter la crise dans le monde entier. Sans être directement responsables, les banques françaises (et leurs filiales à l’étranger) ont donc été complices de ce grand jeu de dupes où plus personne n’avait la moindre idée de la valeur réelle de ces titres.

 

banques logos

 

Les banques françaises n’ont pas eu besoin d’être sauvées dixit la FBF. Pas exactement. Même si la diversification des métiers des groupes bancaires français (2) a certainement joué un rôle prépondérant dans leur survie, les banques ont accepté sans détour les aides de l’Etat. En effet, celles-ci ont vu leurs bénéfices chuter considérablement ou ont enregistré des pertes. Sous pression de la part des marchés financiers et du régulateur, elles ont préféré se tourner vers l’Etat afin de se refinancer rapidement et à faible coût. Sans cette aide, quel aurait été le sort de nos banques ? Assurément, il est peu vraisemblable qu’elles aient fait faillite. Cependant, l’acceptation de ces aides n’était pas totalement désintéressée, loin de là.

 

Les banques ont augmenté les crédits à l’économie. A cela 2 raisons principales. La première est imparable : en plein cœur de l’explosion de la crise en 2008, les vannes du crédit ont été rapidement fermées. Il est logique que l’année suivante, en partant "de rien", la progression soit positive. La deuxième raison est la conséquence du précédent paragraphe : grâce aux aides de l’Etat, les banques françaises ont vu leurs liquidités augmenter et ont ainsi pu (du) prêter davantage. Aucune philanthropie dans le comportement de nos banques donc.

 

Les banques tirent les leçons de la crise… par obligation ! Quand bien même la crise fut l’occasion pour bon nombre de groupes de revoir leur fonctionnement et leur organisation de manière globale, les avancées en matière de gestion des risques (contrôle interne notamment) sont essentiellement dues au régulateur. Bâle III (entre autres) est la réponse directe en droit à la crise financière. Et quand on connaît les efforts que font les banques afin de mettre en place rapidement ce nouveau corpus de règles (cf. "Bâle 3 : réforme validée, banques soulagées"), on ne peut s’empêcher de sourire à ce beau discours démagogique.

 

Vérité toute relative

 

La FBF s'appuie sur un sondage pour souligner que 74% des Français ont une bonne image de leur banque (3). Pourtant, ce sondage vient en opposition avec une autre étude révélant qu’en moyenne moins d’un français sur trois (33 à 16% en fonction des établissements) a confiance en sa banque. (4) Qui croire en définitive ? Cette campagne de pub est donc judicieuse d’un point de vue purement temporel. L’opinion publique semble actuellement encline à entendre les arguments des banquiers, ce qui ne fut pas le cas jusqu’à présent. Mais le pari est encore loin d’être gagné.

 

 

(1) Pour plus d’informations sur la campagne,  cliquez ici.

 

(2) Traditionnellement, les activités bancaires se répartissent autour de 3 métiers : la banque de détail (retail banking), la banque de financement et d’investissement (corporate and investment banking ou CIB) et la banque d’affaires (banque privée, gestion d’actifs…). Cette séparation des activités, qui n’existe pas aux Etats-Unis par exemple, permet une meilleure répartition des risques au sein des groupes bancaires français.

 

(3) Enquête IFOP réalisée en mai 2010. Cliquez ici pour consulter l’intégralité des résultats de l’enquête.

 

(4) Etude Forrester réalisée en mai 2010. Cf. "Banques : mutation face à une baisse de confiance marquée" pour plus d’informations.

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Luc Mathieu 30/12/2010 14:11


Merci pour cet article autant lucide que responsable


Nicolas BOISVILLIERS 29/12/2010 22:13


Bien évidemment ! ;)


Thomas Bonne 29/12/2010 17:22


Il y aurait des Toupoutous au pays des Bisounours??