La finance socialement responsable, valeur d’avenir

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La crise financière a sans aucun doute modifié de manière substantielle l’appréhension du monde de la finance auprès du grand public et de certains investisseurs. Au point de créer une aversion envers tout placement financier ? C’était sans compter sur l’essor de la finance dite « socialement responsable » qui surfe sur le phénomène éconologique.

 

Quand la finance rencontre l’éconologie (contraction des termes "économie" et "écologie"), on obtient un investissement socialement responsable. La simple idée que les opérateurs financiers puissent jouer un quelconque rôle en matière de développement durable aurait prêté à rire il y a quelques années. Née avant même la crise, portée par les dérives de celle-ci, la finance socialement responsable est pourtant aujourd’hui une réalité. Divers qualificatifs la définissent : "éthique", "socialement responsable" ou encore "durable" sont utilisés de manière interchangeable. Leur choix reflète moins la particularité d’une stratégie que de préférences culturelles. Cette autre finance trouve ses origines dans le "socially responsible investment" et l’"ethical investment". Difficilement traduisibles puisqu’ils traitent à la fois des notions de placements et d’investissements, j’opte volontiers pour le terme de finance socialement responsable (FSR) qui regroupe l’ensemble de ces idées.

 

Finance socialement responsable : la finance autrement !

 

Se développant depuis une dizaine d’année, la FSR n’est pas vraiment nouvelle. Accusant une part de marché relativement faible (quoique croissante) jusqu’à récemment, elle suscite aujourd’hui un fort regain d’intérêt à cause des dérives financières à l’origine de la crise que nous traversons. En phase avec les évolutions de la société qui cherche à donner du sens à ses actions, la FSR se décline en deux parts distinctes :

 

- les placements responsables : ils concernent les pratiques de tamisage des fonds éthiques et celles de l’activisme actionnarial (1) pour le respect des droits humains et des conventions internationales du travail (entre autres),

 

- les investissements responsables : ils se réfèrent à des interventions financières directes, sous forme de capital de développement et de finance solidaire.

 

Dans tous les cas, la FSR se caractérise tout d’abord par une sélection de valeurs fondées sur des critères sociaux, éthiques et/ou environnementaux. Bien souvent, elle attache une importance secondaire au rendement financier et qui privilégie le soutien d’activités philanthropiques ou communautaires.

 

La FSR, pourquoi et pour quoi faire ?

 

Plusieurs avantages sont à mettre au crédit de la FSR :

 

- une réelle traçabilité : dans une démarche davantage volontaire, la FSR permet d’investir / de placer son argent dans des établissements choisis,

 

- une meilleure gestion des risques à long terme : analyser une stratégie d’entreprise en intégrant les paramètres environnementaux et sociaux permet d’identifier celles qui sont à même d’affronter les crises générées par les temps incertains que nous traversons,

 

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- des avantages fiscaux dédiés : à l’image des FCPI ISR (Fonds Communs de Placement dans l'Innovation pour des Investissements Socialement Responsables), ces investissements autorisent des déductions fiscales très intéressantes,

 

- des valeurs responsables : l’intérêt premier concerne bien évidemment la dimension socialement responsable du placement ou de l’investissement opéré. La finance retrouve sa vocation première : servir l’économie avec, en prime, un respect de valeurs partagées par l’épargnant / investisseur.

 

De la difficulté à évaluer le comportement responsable des entreprises

 

Sur quels critères peut-on juger qu’un placement ou un investissement est socialement responsable ? L’absence de définition clairement admise de la FSR (terme générique) autorise à la fois une plus large appréhension des conditions requises à sa qualification, mais également un manque avéré de référence commune, base nécessaire à toute comparaison et évaluation. Mais peut-on réellement comparer un établissement financier et un restaurant rapide en termes de responsabilité sociale ? Peut-on mettre sur le même plan une multinationale et une PME ? La question se pose tant sur le plan qualitatif que quantitatif.

 

Autre point important : celui de la transparence des entreprises. Face à une concurrence exacerbée, les entreprises sont naturellement peu enclines à divulguer des informations "sensibles". Les questions transversales relatives à la responsabilité sociale et environnementale sont encore récentes et ne sont pas perçues de la même façon par tout le monde.

 

Faut-il se limiter à des filtres négatifs (par exemple, exclure toutes les entreprises n’adhérant pas à telle ou telle charte lié au développement durable) ou à un scoring positif (analyse financière, extra-financière…) ?

 

 

Il est indéniable qu’un vide reste à combler pour disposer de véritables mesures de la responsabilité sociale. Ceci afin de pouvoir évaluer concrètement et le plus fidèlement possible les progrès accomplis. Car le risque de perte de crédibilité est bien présent : si les attentes des clients demeurent trop longtemps insatisfaites face à la réalité de la FSR, celle-ci pourrait rapidement disparaitre. Et ce malgré son fort potentiel de croissance.

 

Pour aller plus loin :

-  www.novethic.fr : référentiel de l’Investissement Socialement Responsable

-  www.finansol.org : site qui attribue un label aux produits solidaires

 

(1) Il s’agit de l’exercice des droits de vote, associés à la détention d’actions, dans le but d’influencer les politiques des entreprises.

Publié dans Economie

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