Les Etats-Unis disent « yes » aux nouvelles règles de Bâle 3

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Contre toute attente, les Etats-Unis devraient appliquer les futures normes du corpus de règles connu sous le nom de Bâle 3. Une décision surprenante puisque le pays n’a jamais adopté celles de Bâle 2. La convergence des exigences américaines et européennes servira-t-elle la réforme du secteur bancaire ?

 

Michael Barr, secrétaire adjoint au Trésor américain, a indiqué aujourd’hui que les Etats-Unis d’Amérique envisageaient de se plier aux nouvelles normes issues de Bâle 3, futur cadre règlementaire du secteur bancaire (1). La question de l’adoption de Bâle 3 au pays de l’oncle Sam faisait encore débat, ce dernier n’ayant pas même adhéré à Bâle 2. Face à des scénarios qui prévoyaient une baisse du seuil minimal de leurs fonds propres, les banques américaines ont décidé à l’époque de reporter l’entrée en vigueur de cette réglementation… à 2009 ! C’était sans compter sur la crise financière et économique. Et de facto sans Bâle 3 qui ambitionne à beaucoup plus.

 

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"Ces exigences en fonds propres seront cruciales pour contribuer à atténuer les graves tensions comme celles que l'on a vues imposées au secteur financier au moment de l'effondrement de Bear Stearns et Lehman Brothers en 2008", a expliqué le secrétaire du Trésor. Avant d’ajouter qu’ "en plus de ces nouvelles exigences de fonds propres, nous instituerons des exigences quantitatives explicites en liquidités pour la première fois, pour nous assurer que les groupes financiers sont mieux préparés aux tensions sur la liquidité".

 

Quel visage pour Bâle 3 ?

 

Si les Etats-Unis amorcent effectivement le pas, il est légitime de se questionner sur le visage de Bâle 3. Bien que présents au sein du Comité de Bâle, les américains ont toujours conservé une position relativement attentiste, laissant les normes de Bâle aux seuls européens. L’adoption du ratio "Core Tier 1" (ratio sur l’effet de levier) reflète d’ailleurs davantage la volonté des USA que des européens. Il s’agissait de gommer au maximum les divergences comptables qui subsistent encore aujourd’hui : selon les normes comptables outre-atlantique, les produits dérivés n'alourdissent pas la taille du bilan des banques américaines, qui auraient donc moins de fonds propres à constituer par rapport à leurs homologues européennes.

 

Reste que le Comité a récemment revu ses ambitions à la baisse (2) en modifiant le calendrier de mise en œuvre de ces nouvelles normes. Quand bien même un semblant de consensus se dessine entre l’Europe et les Etats-Unis, il est indéniable qu’une telle latence ira à l’encontre d’une réforme profonde mais nécessaire du secteur bancaire.

 

(1) Pour plus d’informations sur Bâle 3, cf. "Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire".

 

(2) Cf. "Bâle 3 : exigences revues à la baisse en matière de fonds propres".

Publié dans Bâle 3

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Nicolas BOISVILLIERS 11/08/2010 19:44


Bonjour Jstyle_,

Effectivement, Bâle 3 pourrait constituer un énorme pas en avant à condition que tout le monde joue le jeu. Malgré leur importante part de responsabilité, je vois bien les américains engager une
profonde réforme de leur finance. Ce qui devrait booster l'Europe, espérons le ! Ce qui ne veut pas dire que les activités financières seront maîtrisées, loin de là. L'imagination de nos financiers
est sans limite.

Quant au capital risk management, il est en effet dommage de le voir si peu considéré alors qu'il s'avère un placement stratégique risqué lui aussi.

Et pour ce qui est de l'effet de levier, je n'ose même pas imaginer une présentation de graphiques Excel ou autres courbes de rentabilité sur une chaîne nationale. Qui oserait d'ailleurs ? ^^


Jstyle_ 11/08/2010 16:09


Bonjour Nicolas ;)

Je ne veux pas faire de discussion de bistrot mais la valse de certains grands manitous de la finance a du en énerver plus d'un dans les sphères politiques du G20...
Totuefois, la couverture médiatique induit beaucoup de monde en erreur sur certains points alors que la finance américaine est (potentiellement) vouée à se restructurer en profondeur avec Bâle
3

La mesure phare est clairement la consolidation (voire restructuration) du first tier dont on parle depuis Bâle 2
mais je remarque avec étonnement que rien sur le capital risk management n'est concrètement proposé (un "subprime gate II" n'est théoriquement pas exclu si on s'autorise toutes les fantaisies du
monde...)
Et concernant le grandiose effet de levier, je suis sûr qu'un ptit exemple avec le marché du Forex au JT de 20h sur TF1 suffirait à en faire descendre certains dans la rue alors si en plus on leur
montrait un graph de capitalisation sur les marchés...Révolution ^^