Les marchés euphoriques dans un contexte toujours aussi fragile

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Marchés actions :

 

Cette semaine sera placée sous le sceau de l’optimisme et de l’espérance. D’un côté, l’Asie, les pays émergents et les Etats-Unis montrent des signes forts de reprise économique et de résistance à la crise de la dette européenne tandis que de l’autre, les tensions s’amenuisent sur les marchés européens, caractérisées par la baisse des rendements obligataires et l’aboutissement des négociations grecques. Ainsi, la tendance des marchés a été unidirectionnelle et haussière, portée par une macro-économie solide et des résultats d’entreprise encourageants.

 

Demeurant la principale source d’inquiétude des marchés financiers, la zone euro est restée étroitement surveillée par les opérateurs. En l’absence de déclaration ou de sommet entre les dirigeants européens, les marchés se sont reposés sur les résultats des émissions obligataires afin de mesurer les tensions au sein de la zone et l’évolution des risques de contagion. Hier, l'Espagne a vendu plus que son objectif (6,6 milliards d'euros vs une cible de 4,5 milliards d'euros) dans des maturités de quatre à dix ans tandis que la France a vendu un peu moins que prévu, mais levée pour un total de près de huit milliards d'euros. Plus tôt dans la semaine, le FESF ainsi que la Grèce avaient aussi réussi à lever facilement des fonds, les marchés ignorant complètement les dégradations successives de neuf pays de l’Union Européenne ainsi que du FESF. Cette excellente liquidité est sans nul doute due à l’action de la BCE qui a soutenu les ventes de titres. Par ailleurs, la perspective d'un accord sur la participation du secteur privé grec (PSI) dans la dette grecque se rapproche. Le pays a encore besoin de débloquer une nouvelle tranche d’aides afin d’éviter le défaut. Néanmoins, cette fois, le secteur privé est impliqué dans les négociations. Le gouvernement, la Troïka et les créanciers devraient donc aboutir à un accord commun dans l’après-midi, une nouvelle qui a soutenu les cours tout au long de la semaine. La peur d’un défaut désorganisé a laissé place à l’espérance timide d’un ralentissement de la crise.

 

Pourtant, malgré la progression des indices européens, tout n’a pas été blanc pour le vieux continent. Plusieurs mauvaises nouvelles, curieusement ignorées des marchés, ont rythmé l’actualité. Premièrement, les opérateurs ont à peine regardé les fuites d’informations décevantes à propos du nouveau traité de l'UE (qui a montré une combinaison du FESF et du MES aboutissant à un minimum de € 500 milliards de puissance de feu) et les commentaires de Weidmann au sujet de son opposition sur des achats supplémentaires d’obligations d’Etats par la BCE. Fitch a également annoncé la révision de la note de six pays de la zone. En résumé, les investisseurs ont fait le choix de voir « le verre à moitié plein » pour l’Europe et sont impressionnés par les liquidités que la BCE fournit. Plus tôt cette semaine, le président de la banque centrale européenne Mario Draghi avait déclaré que l’opération menée le mois dernier auprès du secteur bancaire européen avait contribué à éviter un « credit crunch » majeur. Ainsi, sur la semaine, le CAC40 avance de 3,67%, le Footsie prend 1,81%, le DAX30 gagne 4,34% et l’Euro Stoxx 50 progresse de 3,73%.

 

Outre-Atlantique, les marchés n’ont pas fait grand cas de la dégradation du triple A français et autrichien, préférant se focaliser sur la macro-économie solide des Etats Unis et les publications inattendues des entreprises du S&P 500. Etant fermé en début de semaine à cause du Martin Luther King’s day, Wall Street est restée prudente, propulsée par son secteur bancaire et par les nouvelles de l’Europe. Plusieurs secteurs clés de l’économie américaine sont restés solides : l’empire manufacturing est ressorti en hausse à 13,48 points contre 11,00 points le mois dernier et les nouvelles demandes d’allocations-chômage sont ressorties à 352 0000 nouvelles demandes contre 384 000 d’estimé par les analystes. Les grandes banques américaines ont également annoncé de « bonnes » performances compte tenu des tensions sur les marchés, ce qui a soutenu les cours. D’un point de vu plus international, les places américaines ont bien profité de l’annonce du FMI qui va augmenter sa capacité de 500 milliards de dollars afin d’aider les pays les plus endettés. Dans cette situation, le Nasdaq Composite, le Dow Jones et le S&P500 ont avancé respectivement de 2,86%, 1,40% et 1,70% sur la semaine.

 

Enfin, du côté de l’Asie et des pays émergents, les marchés ont été un peu partagés entre des analyses disparates. En Chine, la croissance a ralenti à 8,9% pour le quatrième trimestre (contre 9,1% pour le troisième trimestre). Les opérateurs ont donc spéculé sur une action du gouvernement afin de stimuler la croissance du pays. Si cette stimulation ne se caractérise pas pour l’instant par un abaissement des taux d’intérêts, le pays a assoupli ses régulations en termes d’exigence de capital sur les prêts. Pékin est donc entrain de réduire le ratio des réserves obligatoires des banques afin d’avoir plus de liquidités sur les marchés. Les investisseurs ont spéculé et salué cette mesure largement anticipée. Au Japon, les commandes machines ont progressé de 14,8% pendant le mois de Novembre contre 5,1% d’attendu par les analystes. Le pays a été fortement affaibli par les crises successives qui ont agressé son économie. Après le tremblement de terre, la crise de la dette souveraine et la surévaluation du yen, l’économie du pays est mise à mal depuis plusieurs semaines, affectant les exportations. Mais globalement, les analystes ne peuvent s’empêcher d’être optimistes vis-à-vis des économies émergentes. Ces dernières ont une croissance solide, un commerce florissant ainsi que de nombreux outils (comme les leviers monétaires et les taux d’intérêts) que les économies industrialisées ne peuvent plus se permettre d’utiliser. Tous ces paramètres leurs confèrent une résistance surprenante aux évènements macroéconomiques déprimants tels que ceux de l’Union Européenne. Dans ce contexte, en variation hebdomadaire, le Nikkei225 avance de 3,13% et le Hang Seng prend 4,72%.

 

Forex :

 

Sur le marché des devises, la semaine a été marquée par un retour de l’appétit pour le risque à en juger la hausse de la monnaie unique. Alors que les marchés auraient pu basculer dans un pessimisme assourdissant suite à la dégradation de la note souveraine française et autrichienne, il en a été tout autrement. Les bons indicateurs macroéconomiques de cette semaine et la baisse des taux d’intérêt ont permis un regain d’optimisme au sein de la zone euro.

 

Après la perte du triple A Français annoncée par l’agence Standard&Poors vendredi 13 janvier, l’euro faiblissait en fin de semaine dernière face à l’ensemble de ses contreparties et se négociait à 1,2650$, 97,20 yens, 0,8260£ et 1,2290 dollar australien. Cependant, il semblerait que les marchés aient « appris à se passer des agences de notation ». En effet, la dégradation de la note du FESF de AAA à AA+ n’a pas fait vaciller la monnaie unique qui, au contraire, a fait preuve d’une étonnante résistance. De plus, la décision de Standard&Poor’s qui était très attendue est aussi à relativiser dans le sens où les autres agences de notation ont maintenu le triple A français. Cette nouvelle est avant tout un coup dur pour les classes politiques dirigeantes.

 

L’appétit pour le risque est venu des indicateurs économiques meilleurs que prévu ainsi que du succès des adjudications françaises et espagnoles. Du coté des publications économiques, l’indice ZEW en Allemagne s’est nettement amélioré en ressortant à 28,4 contre 26,8 et l’inflation au sein de la zone euro a reculé à 2,7% contre 3%. Mais ce sont avant tout la baisse des taux d’intérêt à court et moyen terme lors de l’émission d’obligations Françaises et Espagnoles qui a soutenu la monnaie unique. Au lendemain de leur abaissement de rating, les deux pays ont pu emprunter à des taux inférieurs à ceux des adjudications précédentes. Enfin, la baisse du montant des dépôts des banques auprès de la BCE à 395 milliards d’euros ce vendredi relâche la pression sur le marché interbancaire.

 

Dans ce contexte, la paire EUR/USD gagne 2,40% en rythme hebdomadaire passant de 1,2635$ à 1,2930$. La devise des dix-sept s’est également bien reprise face à la devise nippone et atteint les 100,40 yens en séance jeudi dernier. La paire EUR/JPY gagne plus de 3% sur la semaine et s’échange autour des 99,79 yens contre 96,87 yens vendredi soir dernier. Enfin, la monnaie unique reprend des couleurs face à la livre sterling passant de 0,8255£ à 0,8345£ sur le semaine.

 

Néanmoins, les inquiétudes autour des dettes européennes et sur la santé économique de la zone euro sont toujours aussi vives. Dans son rapport annuel, la Banque Mondiale a estimé que la zone euro n’échapperait pas à la récession. Ensuite, les négociations entre les dirigeants politiques et les créanciers privés à propos de la restructuration de la dette grecque n’ont toujours pas abouti. Enfin, le montant des dépôts des banques auprès de la BCE a atteint un nouveau record à 528 milliards d’euros mercredi dernier. L’inquiétude sur le marché interbancaire est donc toujours aussi forte bien que celle-ci se soit relâchée ce vendredi.

 

Par ailleurs, sur le NYBOT, le Dollar Index perd du terrain et cote 80,49 points contre 81,95 la semaine dernière. Les devises matières premières ont profité de la baisse de l’aversion pour le risque. En particulier, le dollar canadien qui gagne un peu plus de 1% face au billet vert et s’échange sous les 1,0150 dollar canadien pour un dollar. De son côté, la paire AUD/USD dit « aussie » se maintient autour des 1,04 dollar australien et bénéficie de la hausse des matières premières en particulier sur le métal jaune.

 

Matières Premières :

 

Sur le front des matières premières, le métal jaune poursuit sa tendance haussière entamée depuis le début de l’année et se négocie aux encablures des 1 650$ l’once. L’or a pu bénéficier de la baisse récente du billet vert. De plus, les importations d’or en direction de la Chine et l’Inde vont continuer mécaniquement à soutenir les cours jusqu’à la fin du mois. Par ailleurs, l’argent-métal progresse également et se traite au-dessus des 30$ l’once à 30,40$. De son côté, le pétrole évolue en hausse. A New York, le Light Sweet Crude se négocie au-dessus de 101$ le baril et à Londres, le Brent de la Mer du Nord reste bien ancré autour des 111$ le baril. Le cours de l’or noir est toujours soutenu par les tensions géopolitiques en Iran et aussi en Arabie Saoudite. En outre, l’Arabie Saoudite a établi que le prix de vente moyen du baril se situait désormais au–dessus des 85 USD minimum.

 

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Publié dans Analyses hebdomadaires

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