Les nouveaux stress tests bancaires laissent sceptiques

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Les autorités européennes avaient promis des tests de résistance des banques plus sévères, après les difficultés rencontrées par les établissements irlandais l'automne dernier. Les hypothèses du nouveau scénario économique ne devraient cependant pas inquiéter les banques françaises.

 

En juillet 2010 (1), pas moins de 91 banques européennes avaient fait l'objet de stress tests, destinés à vérifier leur capacité de résistance face à une nouvelle crise financière. Le taux de réussite avait été plus que conséquent, puisque seules 7 banques (dont 5 caisses espagnoles) avaient échoué. Quelques mois plus tard cependant, le secteur bancaire irlandais connaissait une grave crise, crise qui a précipité 2 banques nationales (Anglo Irish Bank et Allied Irish Banks) au bord de la faillite. De quoi s'interroger sur leur efficacité. Les tests de résistance réalisés l'année dernière avaient en réalité 2 faiblesses, La première est qu'ils n'ont pas visé tous les établissements. Il avait en effet été décidé, conjointement par le Comité européen des régulateurs bancaires et par le Conseil des ministres, de ne demander, au minimum, que deux banques par Etat. Si la France avait testé ses quatres plus importantes banques (2) et l'Espagne la quasi-totalité de son secteur bancaire, tous les pays n'avaient pas agi de la sorte.

 

Seconde faiblesse des stress tests : un certain nombre d'entre eux ont été réalisés trop rapidement. Dès le printemps, une première vague de tests a été lancée sur 20 principales banques européennes. Le travail a été engagé sur plusieurs mois, de façon interactive et très sérieuse. De son côté, l'Espagne a décidé de faire un stress test spécifique sur tout son secteur bancaire compte tenu de la pression apportée par les marchés. Mais les autres Etats ne disposant pas de banques incluses dans le 1er groupe ont dû, par conséquent, conduire des tests dans une période très brêve. Il n'était guère possible de conduire des tests satisfaisants sur l'ensemble du secteur dans un délai aussi contraint, quoi qu'on en dise.

 

Un scénario de crise légèrement durci

 

Devant le fiasco, la Commission Européenne et la nouvelle Autorité bancaire européenne (3) ont travaillé à l'élaboration d'une nouvelle méthodologie de test. Vendredi dernier, les hypothèses du nouveau scénario de crise étaient dévoilées aux banques. L'élargissement des banques testées ne devrait cependant pas voir le jour puisque les premières informations sur ces nouveaux stress tests font état de 88 banques testées (source : le quotidien allemand "Handelsblatt"). Les chiffres ne seront cependant plus "faussés" par le nombre, très élevé, de banques espagnoles qui avaient pesé lourd dans le total dernier.

 

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Le scénario macroéconomique des prochains tests de résistance est en revanche modifié par rapport à la 1re version, pour simuler à la fois une crise européenne liée à la dette des Etats mais également  un choc de la demande en provenance des Etats-Unis. "L'EBA a cherché à prendre en compte les lacunes des tests réalisés l'été dernier en étant plus stricte sur le scénario macroéconomique, explique Anatole DE LA BROSSE, directeur général adjoint du cabinet Sia Conseil. Les autres stress, en revanche, ne seront pas beaucoup plus sévères". Au final, le scénario établi prévoit une chute de 15% des marchés actions (alors que les autorités de contrôle souhaitaient une baisse de 20%) et une contraction du PIB de la zone de 0,5% en 2011 et de 0,2% en 2012. En revanche, aucun prise en considération des actifs liés aux matières premières (pétrôle en tête mais également céréales...). Un marché sur lequel les banques sont très présentes.

 

En deçà des hypothèses de baisse de croissance établies lors des premiers tests (qui envisageaient une perte de croissance de 0,2% puis de 0,6%), ce dernier paramètre a été fortement critiqué dans les plays anglosaxons, qui auraient souhaité des hypothèses plus strictes. L'EBA a cependant maintenu sa position. Selon elle, le choc envisagé sur la croissance est plus important que lors des précédents tests du fait de l'amélioration des prévisions de croissance intervenue entre temps. Actuellement, la Commission européenne table sur une croissance de 1,6% et de 1,8% sur les 2 années concernées.

 

Les autres hypothèses du scénario de stress portent sur une dépréciation du dollar par rapport aux autres devises de 4% (alors que le scénario de 2010 envisageait à l'inverse une forte chute de l'euro, du yen et de la livre par rapport au billet vert), une baisse du marché immobilier et une hausse de 75 points de base du rendement de la dette à long terme dans la zone euro. Enfin, le nouveau scénario prévoit des tensions sur le marché interbancaire, avec une hausse du coût de la liquidité de 125 points de base. Ce scénario peut néanmoins encore évoluer pour prendre en compte les avis des banques, la version définitive des tests n'étant présentée que vendredi prochain pour une mise en application en avril.

 

Le test de liquidité des banques toujours en question

 

Les modalités sont toutes autant attendues que le scénario lui-même, la Commission ayant déjà évoqué fin 2010 sa volonté de tester non seulement la solvabilité des banques mais aussi leur liquidité. C'est-à-dire leur capacité à se refinancer sur le marché interbancaire. Un point crucial pour les analystes mais qui n'a pas la faveur de tous les superviseurs nationaux. Les nouveaux stress tests devraient donc une fois de plus n'être qu'une simple formalité pour les banques suites aux pressions des politiques et lobbies. Sauf qu'à trop vouloir sauvegarder les apparences, ce sont la crédibilité mais surtout la confiance envers ce secteur qui en pâtiront à nouveau.

 

Quel que soit le choix qui sera réalisé, les banques françaises attendent les tests de résistance avec sérénité. Ces dernières gèrent en effet le marché de taux et leur accès à la liquidité de façon sophistiquée. Une situation qui n'empêche pas la Fédération bancaire française de réclamer à corps et à cri la révision des ratios de liquidité établis par le Comité de Bâle. Mais c'est là une autre histoire...

 

(1) Cf. "Tests de résistance : opération de communication réussie" (23/07/2010)

(2) BNP-Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Banque Populaire-Caisse d'Epragne

(3) European Banking Authority ou EBA : organisme remplaçant le Comité européen des régulateurs bancaires

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Antoine 17/03/2011 21:27


Merci pour cet article très complet et très pragmatique.