Recul des indices boursiers face au manque de mesures concrètes

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Dans le cadre du partenariat initié il y a quelques mois déjà, iFinance vous propose de découvrir régulièrement les analyses hebdomadaires des équipes de Saxo Banque. N'ayant pas un profil "analyste", j'espère que cette nouvelle rubrique saura vous intéresser et, pourquoi pas, combler un certain manque. Voici donc un résumé par catégorie de l'activité des marchés de cette semaine.

 

Marchés actions :

 

Après plusieurs semaines de hausse, la tendance des marchés s’est retournée à la baisse, les craintes quant à la crise de la dette souveraine européenne étant plus vives que jamais. Cette semaine, les investisseurs ont avant tout suivi les taux obligataires des pays de la zone euro puisqu’aucun sommet ou discours majeur n’a eu lieu.

 

La crise de la dette donne décidemment bien des soucis aux dirigeants européens. Entre les changements de gouvernement, les dissidences politiques et économiques, l’Europe peine de plus en plus à trouver des solutions à mesure que le temps passe. Des économies de plus en plus massives sont touchées, effrayant les marchés. Tout d’abord, c’est l’Italie qui a été surveillée de près. Après avoir accepté la loi de la stabilité financière la semaine dernière, le pays a reformé rapidement un nouveau gouvernement, dirigé par Mario Monti. Ce gouvernement « d’experts » économiques devrait être en mesure de proposer des lois visant à ramener l’équilibre budgétaire du pays et abaisser la dette colossale de 1900 milliards d’euros. Pour cela, le premier ministre va réformer le départ à la retraite, la protection sociale et favoriser l’emploi des jeunes. En résumé, il s’agit de stimuler la croissance du pays tout en ayant une politique de rigueur budgétaire. Malgré cela, les investisseurs ont quand même de sérieux doutes à propos de la réussite du gouvernement : les taux obligataires ont atteint des sommets cette semaine, en dépassant très largement les 7%. Par ailleurs, la Grèce lutte pour obtenir la nouvelle tranche d’aides de 8 milliards d’euros. Alors que le gouvernement « d’unité nationale » n’obtient pas une large majorité au parlement, les caisses de l’Etat fondent rapidement. L’unité du gouvernement grec apparait de plus en plus comme une façade nécessaire pour obtenir les aides européennes puisque les deux grands partis grecs divergent sur tous les projets sauf sur la nécessité du plan de sauvetage. Enfin, pour achever le tableau, les taux obligataires français et espagnols sont aussi en hausse. La France emprunte désormais au double de l’Allemagne et les taux espagnols sont montés aux alentours des 7% lors de la dernière émission d’obligations. En résumé, la contagion de la crise de la dette semble s’accélérer alors que les dirigeants européens n’arrivent pas à se mettre d’accord. La mise en place du FESF n’a pas l’air de progresser et le rôle de la BCE fait toujours débat : l’Allemagne s’oppose toujours fermement à ce que la banque centrale rachète de manière continue de la dette sur les marchés.

 

Outre-Atlantique, les places boursières ont globalement suivi les évolutions du marché européen. Les cours ont cependant moins chuté qu’en Europe, puisque les indices ont été soutenus par de bonnes statistiques américaines. Les secteurs clés de l’économie semblent s’améliorer progressivement. Que ce soit le secteur de la construction, le marché de l’emploi ou encore l’activité manufacturière, tous se positionnent plutôt sur un scénario de croissance faible plutôt que sur un retour à la récession. Les cours ont salué la probable formation de plus grande zone de libre échange du monde. Le week end dernier, l’APEC (regroupement des pays bordant le pacifique) s’est réuni afin de discuter des tarifications douanières. Les Etats Unis ont réaffirmé que la croissance du pays résidait avant tout en Asie et que la progression du commerce avec cette zone serait payante à l’avenir. Les opérateurs américains ont comme le reste du monde surveillé de près l’Europe. Le président Obama a déclaré lors d’un discours que les Etats-Unis étaient très inquiets quant à la contagion de la crise de la dette souveraine. Cependant, il sera difficile de trouver des solutions à l’échelle mondiale quand déjà les pays d’Europe ont du mal à s’accorder entre eux.

 

Dans ce contexte, sur la semaine, le CAC40 est en baisse de près de 5%, le Dax30 abandonne 4,3% et l’EuroStoxx50 a concédé 4.2%. Le Footsie100 affiche de meilleures performances avec « seulement » -3.2%. Outre-Atlantique, les indices américains font toujours preuve d’une belle résilience. Depuis le début de l’année, le Dow Jones, le Nasdaq et le S&P 500 affichent des performances comprises entre -3.3% et +1.8% quand les indices européens perdent entre -15% et -20%. Le constat est le même en variation hebdomadaire où les indices américains ne lâchent que 1.3% en moyenne.

 

Forex :

 

Malgré l’espoir d’un apaisement en fin de semaine dernière, les tensions restent vives sur le marché des devises. Les investisseurs ont les yeux rivés sur l’Europe et plus précisément sur l’évolution de la question des dettes souveraines.Dans ce contexte, l’euro a souffert au cours de la semaine parvenant néanmoins à éviter une chute trop brutale.

 

En fin de semaine dernière, les cambistes se montraient optimistes après la démission de Silvio Berlusconi et la prise de pouvoir de Lucas Papadémos en Grèce. Cependant, ni l’arrivée de Mario Monti en Italie (nouveau Premier Ministre) ni celle de Lucas Papadémos ne suffisaient à rassurer pleinement les investisseurs. Il faut garder à l'esprit que les nouvelles mesures de rigueur que pourraient mettre en place ces nouveaux dirigeants ne peuvent représenter une fin en soi car leur effet sur l'économie prendra du temps à se matérialiser. Ainsi, la paire EUR/USD qui était pourtant repassée brièvement au-dessus des 1,38 dollar commençait la semaine en forte baisse et revenait rapidement sur les 1,36 dollar.

 

Les tensions sur le marché obligataire éveillaient à nouveau les craintes des investisseurs. Les taux ont en effet été particulièrement scrutés cette semaine et leur évolution a lourdement pesé sur la tendance des marchés. Les taux italiens à 10 ans ont dépassé les 7% alors que les taux espagnols revenaient sur leur niveau record de cet été. Les adjudications de l’Italie et de l’Espagne ont notamment été alarmantes : ces deux pays empruntant à des taux en forte hausse proche des 7%. Pour rappel, la situation de la Grèce s’est détériorée dès lors que les taux d’emprunt ont atteint les 7%. La hausse des taux représente donc une source de difficultés futures pour de nombreux pays. Le cas de la France a, lui-aussi, nourrit les craintes des investisseurs. L’écart de rendement entre les taux allemands et français a atteint les 200bps. L’erreur de Standard & Poor’s vendredi dernier a ravivé les craintes quant à la perte du AAA. Rappelons que la France est un garant du FESF et que la perte de sa notation remettrait en question le mécanisme du fonds.

 

 

 

Dans ce contexte tendu, l’euro poursuivait sa chute face à ses principales contreparties et notamment face au dollar. La paire EUR/USD chutait au plus bas au niveau des 1,3420 ce qui représente une perte de plus de 350 pips sur la semaine. Néanmoins, il est important de noter que face aux troubles persistants en Europe, l’euro parvient à éviter une chute trop brutale. La devise des 17 aura ainsi évolué une bonne partie de la semaine dans un range entre 1,3430 et 1,3530. Pour autant, les perspectives pour l’euro ne sont pas positives. L’analyse des points de swaps entre le dollar et l’euro présente des signes alarmants et assombrit ainsi l’horizon de la monnaie unique.

 

Face aux difficultés des devises dites risquées comme l’euro, le yen affirme son statut de devise refuge. La devise japonaise ne cesse de se renforcer face l’euro évoluant autour des 103,70. De son côté, le dollar casse le seuil des 77 yens pour évoluer aujourd’hui autour des 76,7 yens. L’appréciation continue du yen ouvre la voie à une nouvelle intervention de la Banque du Japon. Les autorités japonaises ont besoin de calmer le renforcement de leur devise qui pénalise leur économie.

 

Les marchés attendent désormais de nouvelles actions des politiques. La question du rôle de la BCE semble être compliquée au regard de la position de l’Allemagne qui s’oppose catégoriquement à une fonction de « prêteur en dernier ressort ». De plus, les capacités du FESF devront être discutées. Sa force de frappe représente aujourd’hui une interrogation. Les jours à venir s’annoncent donc toujours aussi volatils et incertains.

 

Matières Premières :

 

Au chapitre des matières premières, on a pu observer que l’or n’est pas parvenu à casser sa résistance technique des 1800 $ l’once. Malgré la baisse généralisée des marchés, l’or n’a pas joué cette semaine son statut de valeur refuge puisque sa variation hebdomadaire affiche -3.5%. L’explication technique, peut être complétée par l’appréciation du dollar face à l’euro ; l’EURUSD ayant perdu près de 2% cette semaine. Peu avant l’ouverture des marchés américains en ce dernier jour de la semaine, l’once d’or s’échange contre 1730$ soit 65$ de moins qu’en début de semaine. L’once d’argent présente une configuration similaire. Les cours ont buté en début de semaine sur le seuil symbolique des 35$ l’once, niveau touché de nombreuses fois au cours des deux derniers mois. Techniquement, une droite de tendance haussière qui avait débuté au mois de septembre a été cassée à la baisse hier. Une forte correction s’en est suivie puisque la baisse hebdomadaire s’établit à -7.5%. Après avoir rebondi sur les 31$ l’once, l’once d’or parvient à se maintenir légèrement au dessus de 32$ l’once en cette fin de semaine.

 

L’amplitude hebdomadaire a également été forte sur le marché de l’or noir. Après avoir renoué avec des plus hauts depuis 5 mois à plus de 103$, le baril américain a fini par inverser la tendance, repassant sous la barre des 100$ (99.2$). Techniquement, la droite de tendance haussière débutant fin septembre a parfaitement joué son rôle de support hier, faisant rebondir le cours de 98$ à 99.75$. Fondamentalement, l’adjudication difficile de l’Espagne et de nouvelles tensions sur les marchés obligataires ont fait à nouveau plier les cours. Les investisseurs ont les yeux rivés sur l’Europe. L’inquiétude est palpable et les dirigeants peinent à trouver des solutions pour enrayer la contagion. Le risque de voir la crise contaminée l’Europe mais également le reste du monde pénalise fortement les cours et soulèvent ainsi des questions quant à la demande de pétrole. Malgré la publication de chiffres macroéconomiques de bonne facture et des stocks en baisse, les marchés ne parvenaient pas à inverser la tendance. En variation hebdomadaire, le baril américain est à l’équilibre, tandis que son homologue de la mer du nord perd près de 4.3% cette semaine. A près de 25$ durant l’été, l’écart entre ces deux qualités de pétrole s’est ainsi considérablement réduit et revient toucher son niveau de mai 2011.

 

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