Rémunérations records pour les gérants de fonds spéculatifs

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La sphère financière refait parler d’elle suite à la révélation de revenus plus que conséquents de fonds spéculatifs (hedge funds) (1). Après les traders et leurs bonus, après les banques et leurs bons résultats, la polémique refait surface face à ce que beaucoup considèrent comme des rémunérations indécentes. Qu’en est-il réellement ? Explications.

 

C’est le magazine américain « AR : Absolute Return +Alpha  », par l’intermédiaire du « New York Times », qui a révélé le classement des 25 dirigeants de fonds spéculatifs les mieux payés en 2009. Avec un total dépassant les 25 milliards de dollars (soit environ 18 milliards d’euros), ces derniers réalisent l’exploit de surpasser les 22 milliards de dollars de 2007 et de doubler leurs revenus par rapport à l’année dernière, crise oblige. Sept d’entre eux peuvent se prévaloir d’un salaire annuel dépassant le milliard.

 

Et c’est David Tepper, du fonds spéculatif Appaloosa Management, qui atteint la première place du podium : en pariant sur le redressement des banques et sur la dette du géant américain de l'assurance AIG, sauvé de la faillite par l'Etat en 2008, celui-ci a perçu 4 milliards de dollars (près de 3 milliards d’euros) en 2009, du jamais vu dans le secteur ! Suivent dans l’ordre George Soros (Soros Fund Management) avec 3,3 milliards, James Simmons (Renaissance Technologies) avec 2,5 milliards, John Paulson (John Paulson) avec 2,4 milliards et Steve Cohen (Sac Capital) avec 1,4 milliard de dollars.

 

Des rémunérations qui laissent rêveurs certains, qui indignent d’autres. Encore faut-il être à même de décrypter un minimum leur système de rémunération.

 

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Pari gagnant en période de crise

 

Avant toute chose, coupons court à toute idée reçue : il s’agit là non pas de salaires de quelques gérants mais bel et bien des revenus générés par les sociétés, revenus distribués (plus ou moins) selon le bon vouloir de leurs dirigeants. A l’image de nos chers traders au cœur des banques, les hedge funds spéculent à partir de l’épargne de particuliers et d’institutions d’épargne. Le système de rémunération de ces fonds est tout aussi simple : ils prélèvent directement 2% des capitaux confiés par leurs clients (dénommés le plus souvent comme « frais de gestion ») et 20% des plus-values potentielles (« commissions de performance »).

 

Nous sommes donc face à des clients qui placent leur épargne au sein d’un hedge fund tant que celle-ci rapporte. La pression et le stress sont donc au maximum pour les gérants qui sont donc poussés à la performance, sous peine d’être remerciés rapidement. Le fait est que si la société engrange quelques milliards, c’est la conséquence mathématique des nombreux autres milliards qu’elle a su faire gagner à ses clients. Bien évidemment, les bons gérants ne courent pas les rues et il s’avère capital de savoir les retenir.

 

On ne peut donc que saluer la performance de ces fonds qui ont su miser judicieusement à une période où tout le monde s’interrogeait encore du sort incertain des banques en proie aux faillites. Suite au redressement spectaculaire des places boursières, il est donc logique qu’ils récoltent aujourd’hui les fruits de leurs investissements.

 

Quel avenir pour cette élite de la finance ? 2010 devrait leur être assurément moins favorable, face à des marchés stagnants et à un mécontentement de l’opinion publique. Le rôle (critiqué) que jouent les hedges funds dans la crise en Grèce ne font que confirmer leur impopularité.

 

(1) Gestion de portefeuilles dont les clients sont des fonds de pension, banques d'affaires, investisseurs institutionnels ou grosses fortunes. L’objectif de ces fonds est de lisser les courbes de rendement par rapport aux marchés tout en optimisant les risques de volatilité.

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