Rétrospective : les "accidents" de la finance récente

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

2 ans après l'éclatement de la crise des subprimes, force est de constater que celle-ci constitue la crise la plus grave depuis celle de 1929. Pour autant, il n’est pas nécessaire de remonter aussi loin pour dénicher les dérives de la finance. Parce que l’industrie financière est capable du meilleur comme du pire, retour sur 8 "accidents" de la finance récente.

 

En l’espace de 10 ans, la sphère financière aura montré à plusieurs reprises un visage honteux, celui d’ "accidents" peu reluisants aux conséquences plus ou moins dévastatrices. Cet article n’a pas pour but de jeter la pierre à l’industrie de la finance mais plutôt d’exposer clairement les faits de ces différents épisodes. Pour ne rien oublier de nos erreurs passées.

 

1. LTCM (Long Term Capital Management) - 1998

 

Créé en 1994, LTCM était un fonds spéculatif (ou hedge fund) composé de grosses pointures du monde de la finance. Gagnant "à tous les coups", il bénéficiait de positions sur les marchés dont le montant s’élevait à 1 200 milliards de dollars, du jamais vu à cette époque. Pariant gros sur un retour à la normale des taux obligataires suite à la crise asiatique de 1997, LTCM voit la totalité de son capital partir en fumée avec la propagation de la crise en Russie.

 

Au bord de la faillite, le fonds se voit recapitalisé par des grandes banques américaines et européennes. Bien que cet incident ait été rapidement circonscrit, il a indéniablement fait courir un risque majeur au système bancaire international et créa de nombreuses perturbations importantes sur les marchés financiers.

 

Perte : 110 milliards de dollars

 

2. Enron - 2001

 

A l’origine producteur et transporteur de gaz, Enron a élargi ses activités en proposant des produits financiers dérivés à ses clients. Grace à des montages financiers complexes (comprenant Enron, ses filiales offshores et des banques), la société avait dressé un système de courtage perfide : alors qu’elle vendait (depuis ses filiales aux banques) et rachetait de l’électricité (les filiales achetaient directement à Enron), elle empruntait de l’argent sous la forme d’opérations commerciales. Son bilan étant ainsi propre, elle a pu se sur-endetter sans éveiller le moindre soupçon.

 

Alors que le cours des actions d’Enron, servant de garantie à de nombreux montages financiers, chute fortement à cause de l’éclatement de la bulle internet, le remboursement de ces « emprunts » réapparait dans ses comptes. Rapidement, Enron se déclare en faillite.

 

Perte : 20,5 milliards de dollars

 

3. WorldCom - 2002

 

Entreprise de télécommunication américaine, Worldcom faisait partie des géants à l’image de AT&T ou encore British Telecom grâce à une politique d’expansion agressive soutenue par d’importants emprunts. Mais suite à l’éclatement de la bulle internet, son action perd de sa valeur. Mais c’est paradoxalement un simple audit de routine révélant des manipulations comptables qui a mis le feu aux poudres : l’opérateur avait en effet déclaré près de 11 milliards de dollars de revenus totalement fictifs.

 

Un an plus tard, WorldCom devient MCI (nom d’une de leurs filiales) afin de tourner la page et prouver les nombreux changements de politique et de gestion.

 

Perte : 48,2 milliards de dollars

 

4. Amaranth Advisors - 2006

 

Hedge fund spécialisé sur le marché de l'énergie où il avait transféré la majorité de ses capitaux, Amaranth Advisors avait su tirer son épingle du jeu en spéculant sur une envolée des prix du gaz naturel en 2005, année du triste avènement du cyclone Katrina. Misant encore plus gros 2 ans plus tard, le prix du gaz a au contraire chuté lourdement, faisant perdre gros au fonds. Les lacunes en termes de contrôle des risques et la surexposition à un marché spécifique sont les causes d’un tel séisme.

 

Perte : 6 milliards de dollars

 

histo accidents finance

 

5. Crise des subprimes – 2007

 

Face à un marché de l’immobilier en plein essor, les banques américaines ont proposé à leurs clients les fameux prêts à risque dits subprimes : souscrits à des taux variables, ces prêts étaient assortis d’une hypothécaire sur l’immeuble (maison ou appartement) acheté, les emprunteurs étant peu solvables. Les établissements bancaires ont alors transformé ces emprunts en titres de créance qu’ils ont ensuite mélangé avec d’autres titres, moins risqués, sur les marchés financiers. Ces actifs ont alors circulés librement sur les marchés mondiaux.

 

A partir de 2004, les taux d’intérêts ont commencé à grimper, à tel point que certains emprunteurs ne pouvaient plus faire face à leurs mensualités. Les banques ont alors saisi les habitations de ces derniers pour couvrir les pertes. Mais face à un marché immobilier en baisse, la valeur des habitations est devenue inférieure à celle du crédit qu'elles devaient garantir. Les établissements de crédit ont alors accusé de lourdes pertes, certaines faisant faillite. La crise s’est alors propagée à l’ensemble du système bancaire : expropriations, faillites, licenciements…

 

Perte : 500 milliards de dollars

 

6. J. Kerviel et la SG – 2008

 

Trader à la Société Générale, Jérôme Kerviel avait pris d’importants risques en spéculant des sommes astronomiques, bien au-delà des limites fixées par sa hiérarchie : 50 milliards d’euros, soit près du double des fonds propres de la banque. Réussissant à masquer l'importance et le risque des positions qu'il avait prises grâce à sa très bonne connaissance des procédures de contrôle interne, ces positions ont été découvertes en janvier 2008 et soldées quelques jours plus tard, à perte.

 

Perte : 6,7 milliards de dollars (4,9 milliards d’euros)

 

7. Lehman Brothers – 2008

 

Célèbre banque d’investissement internationale, Lehman Brothers est le symbole des conséquences directes de la crise des subprimes. Possédant d’importantes positions sur ces crédits hypothécaires à risque, leurs ventes à hauteur de 6 milliards de dollars ont conduit la banque à cumuler d’importantes pertes. Résultat : le cours de son action perd près des ¾ de sa valeur. Sans repreneur ni aucune aide de l’Etat américain (qui affirme sa volonté de montrer ainsi l’exemple), Lehman fait faillite le 15 septembre 2008.

 

Perte : 75 milliards de dollars

 

8. B. Madoff – 2008

 

Homme d’affaires américain, Bernard Madoff était le président-fondateur d’une des principales sociétés d’investissements de Wall Street (bourse new-yorkaise). Ce fonds ne gérait des placements que pour une poignée de clients (banques, fonds d’investissements, grosses fortunes) à qui il promettait un rendement inimaginable de 17% annuel. En réalité, il avait monté un système de vente pyramidale ou chaîne de Ponzi : les intérêts des premiers investisseurs étaient payés avec le capital apporté par les derniers entrés. Suite à la chute des marchés financiers fin 2008, certains clients ont souhaité retirer leurs fonds, faisant alors s’écrouler le système.

 

Perte estimée : 25-50 milliards de dollars

 

Publié dans Marchés boursiers

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