Tensions sur la situation grecque : les marchés s’effondrent !

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La situation de la Grèce ne cesse d’empirer ! Face à l'absence de réelle solution concrète et concertée de la part des Etats membres, les investisseurs ont pris peur et ont fait plonger hier toutes les places financières européennes. Un scénario qui, chaque jour davantage, fait craindre une potentielle contagion à d’autres pays de la zone euro.

 

Malgré l'adoption d'un plan de sauvetage par la France et l'Allemagne la semaine dernière (cf. "L'euro, nouvelle victime de la crise grecque"), nombreux furent les investisseurs à douter des capacités de la Grèce à assurer ses besoins de financement immédiats. Tensions aggravées par des rumeurs persistantes selon lesquelles le gouvernement grec délaisserait l'accord obtenu si difficilement afin d'éviter le recours au FMI, de peur de se voir imposer des conditions trop strictes en échange d'une aide. Selon le Financial Times, la Grèce lancerait un emprunt obligataire de plusieurs milliards de dollars aux Etats-Unis ce mois-ci. Autant de nouvelles peu réjouissantes qui ont eu raison des marchés.

 

Jeudi noir pour l'euro et les places européennes

 

Moins 1,20%, tel fut le triste score de la journée d'hier pour l'indice phare de la bourse de Paris qui est retombée à 3.978,46 points. Et elle ne fut pas la seule à déchanter : Amsterdam, Francfort, Bruxelles, Madrid ou encore Londres, toutes les places ont terminé au plus bas de plus d'une semaine. Conséquence : le taux des obligations grecques explose pour atteindre les 7,322% ! Un record depuis l'adoption de l'euro en 2001 par la Grèce. En d'autres termes, cette dernière doit payer plus du double du taux d'intérêt allemand (référence sur le marché obligataire européen) afin de se refinancer. Une situation peu viable à moyen terme mais qui n'empêchera pas le pays d'y recourir selon Georges Papaconstantinou, ministre grec des finances. Mais ont-ils réellement le choix ?

 

bourse crise

 

Seconde victime : l'euro. Retombant sous sous le seuil de 1,33 dollar, la monnaie unique européenne fait les frais de la politique chaotique de l'Union Européenne. Une véritable descente aux enfers qui pourrait se poursuivre dans les jours à venir si rien n'est fait. Pendant ce temps, les valeurs financières dévissent sérieusement à la Bourse : Société Générale, Dexia, Crédit Agricole et BNP Paribas signent les plus forts replis avec des baisses de près de plus de 3%. La tendance est analogue sur les places européennes, à l'image des banques grecques sérieusement à la peine avec des baisses comprises entre 5% et 8%.

 

Craintes de contagion

 

D'après le Financial Times et le Daily Telegraph, les banques grecques voient leurs gros clients (particuliers comme entreprises) déplacer leurs fonds vers des banques internationales ou à l'étranger depuis plusieurs semaines. Des retraits qui auraient atteint 5 milliards d'euros en janvier et encore 3 milliards en février. Des comportements qui en disent long sur la situation préoccupante du pays et la perception de la crise par ses habitants.

 

Par ailleurs, l'agence de notation financière Standard & Poor's (S&P) a annoncé une potentielle dégradation de la note attribuée à la Grèce si les coûts d'emprunts restent élevés et si le gouvernement ne réagit pas rapidement afin de réduire son déficit. La peur de voir la situation s'étendre à d'autres pays de la zone euro gagne ainsi peu à peu du terrain : Portugal, Italie et Espagne (les fameux "PIGS") ne sont pas à l'abri.

 

Communication déficiente

 

Dans un tel contexte, l'ensemble des investisseurs ont suivi de près les déclarations de nos politiques. Et force est de constater qu'une fois encore, seule la Banque Centrale Européenne (BCE) a su réagir efficacement. Tentant de calmer le jeu, Jean-Claude Trichet (président de la BCE) n'a pas hésité à que "un défaut [de paiement] est hors de question pour la Grèce" et que le plan d'aide était en état de fonctionner. Des propos en contraste avec ceux de George Papandréou, Premier ministre grec, qui estime que les mesures du FMI "sont difficiles et pourraient entraîner de l'agitation sociale et politique". Plusieurs membres du gouvernement ont de plus exprimé leur opposition à une contribution du FMI. Pourtant, la Commission européenne a indiqué ne pas être "au courant d'un éventuel changement" au sein du plan d'aide initié la semaine dernière.

 

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Du côté allemand, un porte-parole du ministère des Finances a estimé avoir fait de son mieux afin de restaurer la confiance envers la Grèce et a exprimé toute sa confiance dans les mesures prises par les dirigeants européens. Position de l'autruche pour l'Allemagne donc qui se refuse à réévaluer son implication dans la gestion de la crise grecque. Un superbe déficit de communication, au point que les Etats-Unis, pourtant très discrets sur le sujet, ont laissé entendre que l'Europe pourra soutenir financièrement la Grèce sans problème. Ou comment renforcer la crédibilité de la zone euro...

 

What next ?

"La situation grecque reste sous-estimée par beaucoup d'investisseurs parce que le problème de fond du gouvernement grec reste non résolu", disait Gerhard Schwarz (UniCredit). Même si le risque de défaut du pays reste toujours très faible à l'heure actuelle, la crise grecque ne peut être minorée. Selon la presse grecque, le déficit du pays pour 2009 risque d'être révisé à la hausse, passant de 12,7% du PIB à 13,5% voire 14,3% dans le pire des cas ! Des prévisions bien alarmantes quand on sait que le gouvernement grec s'est engagé, en connaissance de cause, à réduire le déficit budgétaire du pays à 8,7% du PIB... en 2010 ! Objectif totalement irréalisable mais qui ne doit pas ôter toute volonté de soutien de la part des pays membres.

 

Tandis que l'euro fait les frais du manque total de lucidité et de courage de nos dirigeants, c'est toute la construction européenne qui est remise en cause. Espérons que l'arrivée mercredi dernier des équipes du FMI, pour une durée de 2 semaines, sera le début d'une gestion plus efficace et concertée de cette crise.

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