Tests de résistance : opération de communication réussie

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

Longtemps attendus, plus ou moins redoutés, les résultats des fameux tests de résistance ("stress tests" en anglais) des banques européennes viennent d'être publiés aujourd'hui en fin d'après-midi. Et comme prévu, il s'agit là plus d'une opération de communication que d'une réelle volonté de rassurer les investisseurs. Décryptage.

 

Le Comité Européen des Contrôleurs Bancaires (CEBS pour les intimes) (1) vient de rendre publics les résultats des tests de résistance auxquels ont été soumises les banques européennes. Concrètement, les tests de résistance consistent à soumettre les banques à des scénarios de crise plus ou moins extrêmes, comme une chute brutale de la croissance ou des marchés boursiers. L'objectif est double :

 

- déceler les établissements inaptes à affronter une nouvelle crise : la montée du risque de défaut des Etats suite aux problèmes d'endettement public, le durcissement des contraintes règlementaires ou encore le retournement des marchés financiers nécessitaient un bilan.

 

- rassurer les investisseurs : en révélant la solidité financière de chaque banque européenne, le CEBS entend rassurer les marchés qui restent encore méfiant envers la santé du marché financier européen.

 

Jusqu'au bout, banquiers et gouvernants se sont relayés pour afficher un optimisme inébranlable. Au total, 91 banques de 20 pays de l'Union Européenne ont été passées au crible. Alors, qu'obtient-on au final ?

 

Résultats convenus sans consensus

 

7 sur 91, tel est le nombre de banques recalées lors de l'examen du Comité : 5 espagnoles, 1 allemande et 1 grecque. Elles n'ont pas réussi à maintenir un ratio de stabilité financière Tier 1 d'au moins 6% dans le scénario le plus défavorable (cf. Les objectifs de Bâle 3 dans "Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire"). Le Comité invite ainsi ces établissements à augmenter leurs fonds propres de 3,5 milliards d'euros. Et pour les autres ? Rien à redire ! Et c'est bien là le problème... Car l'échec de ces 7 banques était déjà attendu (dû à des circonstances particulières). On en attendait d'autres sur les 91 banques testées.

 

banques logos

 

A titre de comparaison, sur les 19 banques américaines soumises aux mêmes tests l'année dernière, seules 9 s'en étaient sorties indemnes ! Soit moins de 50%, beaucoup plus que les quelques 7% européens. Certes, il est important de noter que ces stress tests outre-atlantique ont eu lieu au plus fort de la crise. Malgré tout, les résultats des tests européens ne trompent personne. Le manque de transparence et la méthodologie adoptée ont divisé (notamment le choix d'exclure des scénarios un risque de défaut sur la dette d'un Etat européen).

 

Selon Jennifer McKeown, économiste de Capital Economics, "ces tests ne sont pas particulièrement stricts". Pour Neil MacKinnon de VTB Capital, ces tests "ne semblent pas si difficiles, et cela ressemble plus à une opération politique qu'à une tentative véritable de rassurer les marchés financiers". Tout le contraire de ce que pense notre Ministre de l'économie, Christine Lagarde, qui estime que "le test était particulièrement difficile". 

 

On retiendra donc les dires de Ian Stannard de chez BNP-Paribas : "Les tests n'ont pas été aussi sévères qu'ils auraient pu l'être et le marché reste assez prudent".

 

Et la France dans tout ça ? 

 

En France, la Société Générale, BNP-Paribas et la BPCE (Banque Populaire - Caisse d'Epargne) s'en sortent sans aucune difficulté. Rien de bien surprenant après les recapitalisations opérées en 2008. Plus étonnant fut le choix pour le CEBS d'exclure le Crédit Mutuel de ces tests, préférant privilégier "les grandes banques transfrontalières". Pour autant, même si l'opération de communication est plutôt réussie dans l'Hexagone, le problème de fond demeure : face à des réformes jugées trop lentes, voire peu efficaces, la défiance des marchés envers notre économie persiste et pèse dès lors sur nos banques. Même s'il faudra attendre quelques semaines avant de pouvoir dresser un bilan de ces tests, il est certain que la rentrée en septembre aura un rôle bien plus décisif en France.

 

 

(1) Créé en 2004, le CEBS a pour mission de :

- conseiller la Commission Européenne dans le domaine des activités bancaires,

- contribuer à la mise en oeuvre des directives européennes et à la convergence des pratiques des autorités de contrôle bancaire,

- améliorer la coopération en matière de contrôle prudentiel. C'est à ce niveau là que se situent les tests de résistance.

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