Union Européenne, dettes souveraines, DSK & Cie

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La gestion de la dette souveraine demeure la question houleuse du moment, tant aux Etats-Unis qu’au sein de l’Union Européenne. Plus que jamais, la possibilité d’une restructuration de la dette des Etats fait parler d’elle. Et la récente arrestation de Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, n’arrange en rien la situation.

 

L’ensemble des places boursières a fait grise mine en ce début de semaine fortement agité. Le CAC 40 cédait 0,72% pour terminer à 3.989,82 points lors de sa clôture. Sans surprise, les ministres des finances européens ont voté l’octroi d’une aide de 78 milliards d’euros (1) au Portugal, dernier maillon faible en date après l’Irlande et la Grèce. La république helvétique était d’ailleurs au cœur de tous les débats. L’enveloppe de 110 milliards d’euros accordée l’année dernière n’est plus suffisante. Or, l’inaction constante de la BCE n’a jamais été que contreproductive. Il faut dire que la question grecque est stratégique pour l’ensemble de l’UE.

 

La dette grecque ou de l’avenir de l’UE

 

Commençons par quelques chiffres : + 35 milliards en un peu plus d’un an pour un total de 330 milliards d’euros, soit 150% de son PIB, la dette de la Grèce ne respire pas vraiment la sérénité. Tandis que l’Allemagne, le FMI et la Commission Européenne clament pour une restructuration de la dette du pays, la BCE (Banque Centrale Européenne) joue la sourde oreille. Pourquoi donc ? Tournons nous un instant vers ces banques qui ont récemment rendu publique leur exposition à la dette grecque (Crédit Agricole et Dexia en autres), ce qui n’a pas manqué de "rassurer" les marchés. Le message adressé à Bruxelles était clair : les banques, qui détiennent environ le tiers de la dette grecque (2), ne veulent pas de restructuration ! Mais plus grave encore, un autre tiers concernerait des assurances, des fonds d’investissements et de pension ou encore des assurances vie. Les conséquences d’une dette disséminée sont bien connues de tous depuis la crise des subprimes : une restructuration de la dette toucherait d’abord les "petits", particuliers comme banques. Cela impacterait nécessairement leurs actifs, actifs qu’elles cherchent à tout prix à rentabiliser au maximum dans la course aux fonds propres initiée par Bâle 3. Mais surtout, faudrait-il encore venir en aide aux banques ? Une seconde fois ?

 

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Une restructuration de la dette grecque aurait également des conséquences sur l’Union Européenne elle-même. En effet, comment éviter que ce qui aurait été admis pour la Grèce ne le soit pas aussi pour les autres pays de la zone ? Cela ne conduirait-il pas à déplacer le problème sur un autre pays (Italie en tête) ? Peut-on même envisager que la Grèce se déclare en défaut de paiement, à l’image de l’Argentine en 2001 ? Assurément, non, le choc serait tel qu’il emporterait avec lui l’ensemble des pays de la zone euro.

 

Finalement, la "solution" trouvée semble être un rééchelonnement de la dette de la Grèce. Une sorte de restructuration "douce" de la dette qui ne trompe personne.

 

Meanwhile, across the ocean…

 

De l’autre côté de l’Atlantique, le Trésor américain a finalement annoncé aujourd’hui de nouvelles mesures financières d'urgence. Celles-ci devraient permettre à l'Etat fédéral de continuer de fonctionner, tandis que la limite légale de la dette publique devait être atteinte dans la journée. Plus question de reculer désormais.

 

Mais le sujet qui est sur toutes les lèvres, c’est bien celui de Dominique Strauss-Kahn, big boss du FMI, accusé d’agression sexuelle et retenu en détention à New-York. DSK a toujours été très actif dans les programmes d'aide de la zone euro et était considéré comme un allié d'Athènes dans les tractations en cours pour un nouveau coup de pouce financier.

 

En pleine crise de l'euro, l'identité de son successeur pourrait s'avérer cruciale, certains pays ayant déjà ouvert le débat en plaidant pour que le siège (convoité par les pays émergents) reste occupé par un Européen. Pour le FMI, c’est le retour à courte échéance à une politique plus libérale et moins socio-démocrate. Pour la zone euro (et ses pays en difficulté), c’est la disparition à brève échéance d’une politique où le FMI bouchait sans broncher les trous de la raquette européenne. A fortiori, la probabilité d’une restructuration des dettes souveraines augmente, entraînant à sa suite des pertes substantielles pour les banques commerciales européennes… elles-mêmes sauvées par nos Gouvernements ? Encore ?

 

(1) Les 78 milliards d'euros seront supportés à parts égales (soit 26 milliards d'euros chacun) par le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), le Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF) et le Fonds Monétaire International (FMI).

 

(2) 22% détenus par les banques grecques, suivies à raison de 11% par l’ensemble des banques des autres pays européens.

 

 


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