Wall Street et G20 : sur le chemin d'une pseudo réforme

Publié le par Nicolas BOISVILLIERS

La semaine dernière a été le théâtre de nombreuses annonces plus ou moins convaincantes outre-atlantique. Au Canada d'un côté, pour une réunion du G20 sans surprise ; aux Etats-Unis de l'autre, où un accord sur la réforme financière a été trouvé. La volonté de mettre fin aux excès du monde de la finance se heurte toujours à la réalité des considérations partisanes.

 

"La plus grande priorité du G20 est de protéger et de renforcer la reprise, ainsi que de jeter les bases d'une croissance forte, durable et équilibrée, et de renforcer nos systèmes financiers contre les risques", dixit le communiqué officiel publié à l'issue du sommet du G20. De biens belles paroles qui, encore une fois, ont mis en avant les divergeances qui subsistent au sein des pays riches. En définitive, on retiendra l'inefficacité de ce sommet dont l'objet était de traiter de la réglementation du système financier mondial et de la réduction des déficits publics. Au final, qu'obtient-on ? Aucune ligne de conduite n'a émergé, aucune décision n'a été prise !

 

- les banques et le système financier : aucun accord n'a été pris, que ce soit la réglementation bancaire, les réserves des banques, la convergence des systèmes comptables internationaux ou encore la fameuse taxe bancaire. Cette dernière reflète à elle seule le fiasco de ce "G vain" : offrant la  "possibilité de taxer les banques", cette taxe sera facultative et ne bénéficie à l'heure actuelle d'aucune modalité d'exécution !

 

- la réduction des déficits publics : là encore, nos politiques se sont fièrement engagés à réduire de moitié le montant de leurs déficits publics. Un engagement international qui n'est que la redite de ce que chaque Gouvernement avait déjà annoncé individuellement par le passé. Et qui n'est accompagné d'aucune mesure concrète, pas même concernant la relance de la croissance.

 

- la politique chinoise : rien n'a été annoncé afin de contrer la politique monétaire de la Chine, ni leur politique d'exportation massive. Ou plutôt à demi-mots : sans la nommer, nos responsables politiques ont courageusement invité les pays exportateurs à se concentrer sur leur marché intérieur afin de laisser les autres pays exporter pour tenter de trouver un semblant de croissance à l'international. Lamentable.

 

g20_toronto.jpg

 

Pendant ce temps là, les Européens se sont laissés aller à diagnostiquer un euro malade mais qui va s'en sortir, à se donner des leçons les uns aux autres (sans jamais les appliquer eux-mêmes) et à imposer de nouvelles normes comptables pour leurs banques bien plus exigeantes que n'auront un jour les banques américaines.

 

Etats-Unis : réforme simplement dans la forme

 

De l'autre côté de la frontière, le contexte politique trouvait son écho dans l'accord en passe d'être conclu entre démocrates et républicains concernant le projet de réforme financière. Le fait que les deux partis politiques soient en phase sur ce projet démontre à quel point celui-ci est important. L'opinion publique est cette fois-ci du côté de Wall Street. Pourtant, cette réforme ne sera pas "le texte le plus ambitieux depuis la crise de 1929", la faute à un lobby financier bien trop puissant.

 

Premier aveu de faiblesse : ledit texte avoisine les 1 600 pages !!!! La logique anglosaxone a toujours été exhaustive, à l'opposé de la notre qui se veut synthétique. Malgré tout, quel poids donner à un millier de pages aux thématiques ultra détaillées et hypothèses minutieusement étudiées ? De solides concepts et principes de base auraient été préférables au lieu de se perdre en développements inutiles, preuve du manque d'unité dans l'approche de la réforme. Sans vouloir développer les détails des nombreuses mesures adoptées, il est surtout à noter les concessions faites à la dernière minute sur les sujets les plus sensibles.  Des concessions aux allures de reculs :

 

- a propos des activités spéculatives : afin de contrer les spéculations dangereuses et irresponsables (cf. les soupçons de fraude à l'encontre de Goldman Sachs dans "Grèce, nuage islandais et Goldman Sachs : le CAC replonge !"), il avait été demandé d'empêcher les grandes banques de pouvoir spéculer sur fonds propres. Finalement, celles-ci pourront y consacrer une partie et ainsi sauver leurs résultats ! L'interdiction d'intervenir sur le marché des produits dérivés a également été largement assouplie. Ouf, nous voilà rassurés. Il faut dire que les banques disposaient d'un argument en béton : les empêcher de spéculer reviendrait à renforcer le "shadow banking" ou finance de l'ombre, zone où il est impossible d'intervenir. Un aveu presque charitable...

 

En clair, la spéculation sur les marchés financiers reste indemne.

 

- a propos des fonds propres des banques : le Comité de Bâle travaille depuis plusieurs mois sur ce que l'on a l'habitude d'appeler Bâle 3. Ensemble de mesures ayant pour objectif de renforcer les fonds propres des banques (cf. "Bâle 3 : enjeux et modalités de la réforme bancaire"), le texte prévoyait la création de deux indicateurs de liquidités. L'un à court terme (liquidity coverage ratio) et l'autre à long terme (net stable funding ratio), plus pénalisant. Brandissant le spectre d'une restriction de distribution des prêts à l'économie pour cause de coûts trop importants, les banques ont bataillé ferme afin de supprimer ces ratios. Ce qui semble-t-il aurait payé puisque le Comité aurait abandonné le ratio à long terme. Et je ne parle même pas des questions de normalisation comptable qui fausse la donne.

 

Là encore, la rentabilité des banques est préservée. Décidément, on l'a échappé belle.

 

 

Nous voilà donc face à une réforme qui n'en possède que la forme, le fond ayant fondu comme neige au soleil face aux pressions des grands groupes bancaires. Ni l'Europe, ni les Etats-Unis n'auront été en mesure de proposer une véritable réforme de la finance. Cela prouve, si besoin était, que les lobbies financiers n'ont rien perdu de leur influence et de leur réactivité. Décider... de ne rien décider, voilà comment je résume ces réunions "au sommet".

Publié dans Contrôle et risques

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VPN windows 7 08/05/2013 16:08


C'est intéressant, merci pour les détails et les informations :)


Je pense que tout ce qu’ils font c'est que du cinéma :(

Dissertation Writing 30/06/2010 09:46


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